Berlioz et Colin Davis

November 7th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Je dois avouer que j’étais très excité, jeudi soir, à la perspective de voir et d’entendre en “live” un chef d’orchestre que j’admire depuis très longtemps, Colin Davis. Surtout dans un programme tout Berlioz, un compositeur qui lui doit une véritable résurrection au disque. L’intégrale Philips est restée justement fameuse et, pour bien des pièces, insurpassée.

C’est grâce à ces enregistrements que j’ai, pour ma part, découvert l’essentiel de l’oeuvre de Berlioz, hors Symphonie fantastique. Par exemple ses ouvertures, qu’on ne joue quasiment jamais au concert (à l’exception du Carnaval romain ou du Corsaire). Jeudi soir, à l’Opéra Comique, Colin Davis avait choisi une oeuvre de jeunesse, pleine d’une fougue irrésistible - et qui met à rude épreuve tous les pupitres de l’orchestre ! - Waverley, d’après Walter Scott.

Puis le sublime cycle de mélodies Les nuits d’été, sur des poèmes de Théophile Gautier, et enfin Harold en Italie, cette symphonie avec alto principal écrite par Berlioz pour Paganini.

Simon Corley a publié une critique de ce concert, que je pourrais mot pour mot reprendre à mon compte :

Simon Corley dans ConcertoNet.com

Déception ? Non, pas vraiment. Je garde mon admiration intacte pour Sir Colin. En revanche, je trouve une fois de plus dommage qu’une chanteuse francophone se montre aussi peu concernée par le texte qu’elle chante. Quand je me rappelle Susan Graham dans ces mêmes Nuits d’été, en tournée avec l’OPL en Amérique du Sud en août 2008, la perfection de sa diction française et de sa déclamation - alors que  la dame, Texane de naissance, ne parle quasiment pas un mot de français dans la conversation courante -, je m’interroge sur l’enseignement du chant en France, à des Français par des Français !

Des jours et des soirs à Paris

November 6th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Je viens de passer trois jours à Paris, après avoir regroupé plusieurs rendez-vous professionnels. Je ne les ai pas vus passer.. Un tourbillon !

Mardi soir, dîner avec Michel B. et Marie-Luce S. improvisé le matin même - comme souvent avec des gens à l’agenda aussi chargé - Lui, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, un déplacement retardé, elle, conseillère d’une des principales agences de communication de la place de Paris, un voyage à l’étranger annulé, et une charmante soirée dans un restaurant très “cosy” du 7e arrondissement. Passée à évoquer les amis, les soucis et les bonheurs de chacun, peu de politique ni de radio ou de médias, une admiration commune pour Frédéric M. si malmené il y a quelques semaines…

Mercredi, discussion-négociation avec un éditeur de disques qui s’est soudain souvenu que les bons comptes font les bons amis et les bons contrats…de bons disques. En jeu, la publication, prochaine on l’espère, d’un double album de l’intégrale des 7 Solos d’orchestre de Pascal Dusapin, enregistrés au cours des deux dernières années par Pascal Rophé et l’OPL.

A midi déjeuner avec mon fils aîné. Le cabinet d’avocats où il travaille jouxte le Conservatoire aujourd’hui “national de région”, jadis “supérieur de musique”, rue de Madrid. Par beau temps, fenêtres ouvertes, il a droit à une belle cacophonie. Repas rapide en face de Saint-Augustin, dans la tradition des grandes brasseries parisiennes (qui, à la différence des cafés et trattorias italiens, ont été un peu trop systématiquement “relookées”), bon, abordable et service efficace.

Une après-midi à courir d’un endroit à l’autre, et une soirée cinéma (cf.mon billet d’hier).

Jeudi au pas de course. Provision de disques et de livres dans mes magasins habituels. Interview (bientôt disponible en podcast !) dans les locaux de QOBUZ / Forum Opera, aux fins fonds du 11e arrondissement. Rendez-vous du côté de l’Opéra Garnier avec la jeune et enthousiaste équipe dirigeante du nouveau centre de musique romantique française installé au Palazzetto Bru Zane à Venise. Beaucoup de projets ensemble. La programmation de l’OPL et de F.X.Roth les passionne. Leur ambition me plaît.

Et hier soir, à l’Opéra-Comique, ouverture de la saison d’une maison dirigée depuis deux ans maintenant par Jérôme Deschamps et Olivier Mantei. Et pas n’importe quelle ouverture : tout Berlioz (ouverture Waverley, les Nuits d’été, Harold en Italie) par le plus grand chef berliozien vivant, Colin Davis, dans une forme olympique, malgré ses 82 printemps, à la tête de l’Orchestre National de France. Foule et ambiance des grands soirs. J’y reviendrai demain.

Palme d’or

November 5th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Quelques esprits tordus avaient soupçonné le jury, présidé par Isabelle Huppert, d’une certaine partialité dans l’attribution de la Palme d’Or à Michael Haneke lors du dernier Festival de Cannes. On sait  le cinéaste allemand et l’actrice française très proches.

Ce reproche tombe de lui-même quand on a vu Le ruban blanc. Il est évident que la Palme d’Or était pour lui. Un film en tous points admirable. Exceptionnel.

Je ne suis pas un grand cinéphile, et je n’ai pas le jargon du critique de cinéma pour exprimer le choc ressenti et l’admiration éprouvée pour ce chef d’oeuvre.

Tout pourrait, a priori, détourner le public de ce film: sa durée (2h30), le recours au noir et blanc, l’austérité de l’histoire - un petit village allemand à la veille de la première guerre mondiale, des crimes inexpliqués, un monde ancestral, l’éducation rigide, etc. - et la version originale en allemand.

On savait Michael Haneke expert des tréfonds de l’âme humaine (La pianiste, Caché, pour citer les deux films récents que j’ai vus de lui). Dans ce Ruban blanc, les enfants sont en première ligne (tous les acteurs, sans exception, sont absolument fabuleux) et l’immense talent d’Haneke consiste à ne jamais nous imposer un point de vue, mais à laisser planer l’ambiguïté : ces enfants, si sages, si bien élevés par un instituteur (qui est le narrateur en voix off de tout le film) et un pasteur, ces enfants de paysans ou du baron, sont-ils des anges ou des démons? des victimes ou des meurtriers? On ne le saura jamais, à chaque spectateur de se faire son opinion.

Jamais aucun manichéisme chez Haneke, il n’y a pas les bons et les méchants, les opprimés et les dominants, chacun, adulte ou enfant, doit se dépêtrer avec ses propres contradictions, ses pulsions. On est plus d’une fois bouleversé, remué, plus souvent par ce qui est suggéré que par ce qui est montré.

Et cette histoire qui a plus d’un siècle - et que Haneke a scrupuleusement, somptueusement reconstituée (les visages, les décors, les intérieurs étouffants, les vastes étendues sous la neige, etc.) - peut évoquer, en chacun de nous, un souvenir, une histoire familiale, un secret, un trouble aussi.

Un très, très grand film. A voir absolument !

Edition Boulez

November 4th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Anticipant sur son 85éme anniversaire (en 2010), SONY Classical fait reparaître la quasi-totalité des enregistrements de Pierre Boulez des années 60 à 80 (avant que le chef français ne devienne un artiste exclusif Deutsche Grammophon !). Dans la plupart des cas, ces enregistrements avec New York, Cleveland ou le Philharmonia, sont préférables, plus sauvages, moins “polis” que les remakes ultérieurs pour le label jaune. La présentation en coffrets de 3 à 5 CD par compositeurs, à prix très “éco”, est une aubaine.

A la différence de précédents “rhabillages”, ces coffrets ne portent pas que sur la musique symphonique. Ainsi le coffret Debussy comprend le remarquable Pelléas et Mélisande enregistré dans les années 1980. De même que le Berg comporte un Wozzeck d’anthologie, ou le Bartok un impressionnant Château de Barbe-Bleue. Raretés dont la réédition est vraiment bienvenue : des pièces chorales de Schoenberg ou des Lieder de Mahler et Wagner (formidables Wesendonck avec la voix chaude d’Yvonne Minton).

Mais reverra-t-on un jour les incunables que sont devenus une 5e symphonie de Beethoven ou des Royal fireworks de Haendel enregistrés à New York ?

Toussaint à Turin

November 3rd, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Week-end un peu écourté à Turin. Ce n’est pas la ville italienne qui fait immédiatement rêver, comme Venise, Rome, Florence ou Naples. Et pourtant… que d’élégance, de richesses architecturales, d’échos de l’Histoire ! Certes, une météo typique de la Toussaint ne m’a pas permis d’apprécier le panorama alpin auquel s’adosse la cité qui fut longtemps la capitale des royaumes de Savoie.

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Quelques adresses à recommander. Le magnifique complexe du Lingotto, construit en 1929, à la demande d’Agnelli, pour y installer ses usines FIAT, a été confié à Renzo Piano, après la fermeture du site de production automobile en 1992. Deux hôtels de la chaîne Méridien y ont été aménagés (voir photo ci-dessus). Ce n’est pas central certes, mais c’est exceptionnel !

Pour ce qui est de la restauration, on n’a, comme dans toute l’Italie, que l’embarras du choix. On a testé la trattoria Porta di Savona, tout ce qu’il y a de plus simple et “authentique” sur la magnifique Piazza Vittoria Veneto, et, avec encore plus de plaisir, un établissement qui ne désemplit pas - et pour cause ! - SoFashion, au 13 de la rue Cesare Battisti. Cadre “branché” mais cuisine copieuse, goûteuse à des prix incroyablement bas.

Légendes des photos : 1.Palazzo Valentino, 2.Place de l’Hôtel de Ville, 3.Château de Rivoli, 4.Palazzo Madama, 5.Lingotto, 6.Palazzo Carlo Alberto, 7.Hôtel Méridien Art+Tek (Renzo Piano), 8.Restaurant SoFashion, 9.Café Fiorio, 10.Reggia di Venaria, 11.Palazzo Reale, 12. Reggia di Venaria, Grande Galerie, 13.Le vrai café italien !

Eugène et César

November 2nd, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

L’un et l’autre sont natifs de Liège. Vénérés, respectés, ils le sont. Leur musique est-elle pour autant aussi célèbre que leur nom? On a eu la preuve du contraire la semaine passée. Pascal Rophé dirigeait tout un programme de vraies raretés : d’Eugène Ysaye, une pièce pour deux violons et orchestre de 1926, intitulée Amitié, de César Franck un bref cantique choral Cantemus domino et l’imposant oratorio (Franck l’a appelé “poème-symphonie”) Rédemption, pour mezzo-soprano, grand choeur et orchestre.

Une anecdote à propos de l’oeuvre d’Ysaye : à l’automne 2008, le jeune chef Alain Altinoglu (qui vient d’ailleurs en décembre prochain diriger Bizet, Offenbach et Tchaikovski) vient à Liège écouter son épouse Nora Gubisch chanter les Wesendonck-Lieder de Wagner avec Pascal Rophé. Il aperçoit dans les couloirs de l’orchestre une imposante photo d’Ysaye, et me signale que le festival de Radio-France et Montpellier a remis au jour une oeuvre inconnue du compositeur liégeois. Il m’en envoie l’enregistrement quelques jours plus tard. C’est ainsi que nous avons décidé de programmer cette Amitié rare, et de la confier aux deux jeunes premiers solistes du pupitre de premiers violons de l’OPL, Olivier Giot et Emilie Belaud. Qui en ont donné une très belle version, sensible et chaleureuse.

Quant au père Franck, on avait dans l’oreille la grande version Plasson (EMI) - aujourd’hui épuisée, à quand une réédition en série économique ? -

La version dirigée par Pascal Rophé a fait, heureusement, l’impasse sur les interventions du récitant, pour ne garder que celles de la mezzo-soprano, ici Marie-Ange Todorovitch, voix puissante et chaude. Le choeur symphonique de Namur, reconstitué après quelques mois d’absence, avait très bien travaillé sous la conduite de Patrick Baton. Et la direction de Rophé a évité, à juste titre, les pompes un peu trop bruyantes d’une oeuvre qui ne mérite absolument pas l’oubli ou l’ignorance.

Souvenirs de Marie-José

November 1st, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Je connais une fidèle lectrice de ce blog (ma mère !) qui ne manquera pas d’être surprise à la vue de ce titre.

Séjournant à Turin durant ce week-end de Toussaint, j’ai visité, outre une ville magnifique que je ne connaissais pas, plusieurs lieux historiques auxquels est attachée la dynastie de Savoie, l’une des plus anciennes d’Europe (puisque remontant à Humbert aux Blanches-Mains au XIème siècle !).

Suivant un amical conseil, je me suis rendu à la Basilique de Superga, située en promontoire sur la colline qui domine Turin et le Po. C’est ici que sont inhumés 63 membres de la famille de Savoie.

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Mais ce n’est pas ici que repose la dernière Reine d’Italie, Marie-José, décédée en 2001, mais bien à l’Abbaye de Hautecombe en Savoie. En revanche, son souvenir est très présent au Château de Reggia di Venaria, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Turin. Palais et jardins ont été magnifiquement restaurés et rouverts au public en 2008. J’y reviendrai, tant la présentation muséographique m’en a semblé exemplaire.

Revoir quelques beaux portraits de Marie-José d’Italie, tante de l’actuel Roi des Belges Albert II, et fille d’Albert Ier et d’Elisabeth (cette fameuse Reine Elisabeth qui a donné son nom au Concours musical non moins fameux !), a réveillé en moi quelques souvenirs.

Dans les années 1980, j’ai eu plusieurs fois l’occasion d’approcher cette femme, demeurée d’une grande beauté et d’une élégance rare malgré l’outrage des ans. Elle demeurait, comme ses enfants, dans les environs de Genève, où elle avait trouvé refuge après l’exil forcé de 1946 (la proclamation de la République en Italie) et sa séparation d’avec Umberto II. Comme sa mère, elle adorait les arts et la musique en particulier. Et avait créé un concours international de composition musicale qui portait son nom. La Radio suisse romande, où je travaillais alors, assurait l’appui logistique et la garantie artistique dudit Concours. Et les oeuvres primées étaient naturellement toujours créées en présence de Marie-José.

Mais il lui arrivait fréquemment d’assister incognito à de nombreux concerts, notamment de jeunes artistes qu’elle admirait et soutenait discrètement. Incognito, il faut le dire vite, tant cette grande dame passait difficilement inaperçue…

La bonne presse

October 31st, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

De qui ces déclarations, auxquelles on souscrit sans réserve ? :

“Une presse libre et pluraliste - libre parce que pluraliste, j’insiste sur cette relation de cause à effet - est essentielle au débat démocratique”

“J’estime inquiétante l’extrême concentration de la presse, qui va de pair avec un balisage sans précédent du débat….Plus grave, les sources mêmes de la presse se raréfient : la presse régionale, qui reste le moteur essentiel de l’opinion de la France profonde (NdA : c’est le cas en Belgique aussi !), ne fait que reprendre les dépêches, voire les articles livrés clés en main par les agences qui elles-mêmes se raréfient.”

“Et qu’on ne me dise pas qu’Internet prend le relais : l’information sérieuse et la rumeur étant mises sur le même plan, la question de la fiabilité des sources reste entière. De même que trop d’impôts tuent l’impôt, trop d’informations tuent l’information”.

D’un grand journaliste, d’un patron de presse, d’un leader politique ?

C’est une des surprises d’un bouquin que j’avais ouvert avec des pincettes, craignant d’y trouver des petits secrets peu ragoûtants, en raison de la réputation sulfureuse de son auteur, Yves Bertrand, patron des Renseignements Généraux français de 1992 à 2004. Le titre accrocheur Je ne sais rien mais je dirai (presque) tout ne laissait pas supposer d’aussi pertinentes réflexions.

Sur la presse, la politique, les mouvements sociaux, l’état de la France. A observer ses contemporains par le petit bout de la lorgnette, M.Bertrand ne s’est pas contenté de consigner dans ses cahiers un “misérable petit tas de secrets”. Il se fait moraliste, un comble sans doute !

La vie de couple

October 30th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Il n’y a pas que les stars du cinéma, de la chanson ou du rock à faire les choux gras des magazines “people”, Voici, Gala et autres Closer ou Paris-Match. Il y a quelques mois, c’était le mariage du talentueux Renaud Capuçon avec Laurence Ferrari.

Une authentique histoire d’amour entre Savoyards (la famille Capuçon est de Chambéry, Laurence est la fille de l’ancien député-maire d’Aix-les-Bains).

Mais on apprend au détour d’une interview dans le très sérieux mensuel Classica de novembre, que le couple Alagna-Gheorghiu, c’est fini.

C’est le chanteur lui-même qui évoque des difficultés survenues dans son couple depuis 2005 et une demande de divorce de son épouse.

Pourquoi évoquer cela ici sur mon blog? Parce que, côtoyant depuis longtemps des artistes, plus ou moins célèbres, je suis, parfois contre mon gré, confronté à des situations humaines, intimes, compliquées, douloureuses.. ou heureuses. J’ai déjà écrit ici que, pour rien au monde, je ne voudrais vivre la vie de ces chefs et solistes qui passent l’essentiel de leur existence dans des avions, des chambres d’hôtel (et des salles de concert !), loin des personnes qu’ils aiment, de leurs familles lorsqu’ils en ont. La carrière, pour la plupart de ces musiciens, se fait au détriment de leur vie personnelle et affective.

Souvent, selon l’adage “qui se ressemble, s’assemble”, ces artistes sont en couple avec d’autres artistes. Lorsqu’ils travaillent dans des disciplines différentes, on peut penser qu’ils trouvent une sorte d’équilibre, lorsqu’ils opèrent dans le même champ d’activité, c’est très souvent la source de difficultés, de jalousies, d’une sorte de compétition mal vécue. Ou - j’en ai quelques exemples - pour préserver le lien du couple, certains, en l’occurrence certaines, renoncent à leur carrière pour suivre leur illustre conjoint.

Je ne souris pas quand j’apprends qu’un tel divorce, que telle autre déprime, ou qu’on angoisse de ne pas voir grandir ses enfants. Je compatis.

Le guide Penguin

October 29th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Le mélomane, le discophile, ont toujours eu besoin de guides pour se repérer dans l’univers de plus en plus vaste de la musique enregistrée. Il y eut, jusque dans les années 1990, d’excellentes publications françaises, chez Fayard ou dans la collection “Bouquins” de Laffont, notamment un Guide de la musique baroque dû à une équipe de journalistes spécialisés pilotée par Ivan Alexandre. Epuisés, disparus, ces guides, à part les exemplaires en consultation (ou les lambeaux qui restent !) dans les rayons des FNAC et autres VIRGIN.

Mais, résistant à toutes les crises, demeurent les pavés édités chaque année, en Grande Bretagne, par GRAMOPHONE d’une part, PENGUIN d’autre part.

Le premier est une compilation ordonnée des critiques parues dans le prestigieux mensuel britannique, et n’est ni très objectif ni très complet (et pourtant on sait l’admiration que j’ai pour ce magazine).

Le second a, depuis longtemps, mes faveurs, car il est, comme il est écrit sur la couverture “the best, the biggest and the most comprehensive”. Et je n’ai pas eu besoin d’aller l’acheter à Londres, puisque je l’ai trouvé à la FNAC de Liège !

Ce “Penguin Guide” 2010 a bénéficié d’une très importante actualisation des références (c’est important dans un marché du disque et du DVD aussi mouvant !). C’est une mine d’informations, et pas seulement pour le mélomane/discophile averti. Les notices (certes en anglais !) sont concises, avec juste ce qu’il faut de précisions sur les compositeurs, les oeuvres, les interprètes, et ne négligent aucun éditeur, aucun pays (un label comme Naxos est souvent “oublié” par la critique musicale, dans le guide Penguin rien de tel).

Evidemment, on est très heureux de lire page 370 (l’ouvrage en contient 1310, pas précisément un livre de poche !) :

It is good too that the Franck Symphony should be coupled with Chausson Symphony and under Louis Langrée the interpretation of the Franck could hardly be more idiomatic, with subtle nuances of phrasing and variations of tempo consistently reflecting the players’ affection for the music and, helped by well-balanced recording, the playing has splendid dramatic bite”.

A la rubrique Chausson, page 240, le compliment s’amplifie encore :

“Louis Langrée draws a persuasive, totally idiomatic performance from his finely drilled Belgian orchestra, opting for a flowing speed in the central slow movement, marked Très lent (very slow), but never sounding at all rushed. The clarity and immediacy of the sound adds to the impact and, as in the Francks, Chausson’s syncopated rhythms come over most persuasively”.

Pour mémoire, l’enregistrement de ces symphonies est paru en 2005, et est constamment resté présent dans les éditions du Penguin guide et noté 3 étoiles.