Je viens de lire dans le supplément TV/Radio du Monde daté des 8/9 novembre un article que je m’autorise à reproduire ici intégralement et qui pose excellemment la problématique à laquelle les orchestres sont confrontés.
La crise financière n’a pas épargné les orchestres. Aux Etats-Unis, certaines formations symphoniques ont même dû mettre la clé sous la porte. Pour trouver un nouveau souffle, elles misent plus que jamais sur les possibilités offertes par Internet.
Le numérique permet de compenser la baisse de ventes des supports physiques. “Nous vendons maintenant chaque année davantage de téléchargements que de CD”, témoigne Chaz Jenkins, directeur du LSO Live, le label de l’Orchestre symphonique de Londres. Les majors de l’industrie discographique suivent le mouvement, à commencer par Universal qui, sous les étiquettes Decca et DG Concerts, distribue des enregistrements symphoniques “live” sur le Web. “Enregistrer un orchestre en studio coûte très cher et, paradoxalement, le public va aujourd’hui davantage vers le lyrique, le piano ou la musique baroque,observe Yann Ollivier, directeur d’Universal Classics France. Nous avons donc trouvé ce nouveau modèle économique, qui est en fait un ménage à trois. L’orchestre négocie avec ses syndicats des droits peu élevés, une radio fait la captation et, en tant que label, nous assurons la promotion et la diffusion sur le Web.” Parmi les prochains Decca Concerts figure un enregistrement de l’Orchestre national de France.
UN FINANCEMENT ASSURÉ PAR LE MÉCÉNAT
La vidéo est de plus en plus utilisée par les orchestres. Le Philharmonique de Berlinretransmet ainsi en direct sur son site Digital Concert Hall la quasi-totalité de ses concerts.”Depuis septembre 2008, nous avons six caméras installées dans la salle de la Philharmonie, que nous contrôlons à distance”, explique Tobias Möller, directeur du marketing au Philharmonique de Berlin. Le site a déjà accueilli 300 000 visiteurs uniques. ”Avec ce dispositif, nous espérons toucher de nouveaux publics”, poursuit Tobias Möller.
Afin d’attirer les jeunes générations vers le répertoire symphonique, les orchestres vont chasser sur leurs terres. C’est ainsi que l’Orchestre de Liverpool a récemment donné un concert “virtuel” sur Second Life. L’idée est aussi de créer une communauté autour des formations, d’où le développement des blogs, comme celui du Philharmonique de Los Angeles, sur lequel les musiciens décrivent leur vie en tournée. Dans le même esprit, on voit se multiplier les comptes Facebook et Twitter de prestigieux orchestres.
Le financement des projets sur le Web est le plus souvent assuré grâce au mécénat d’entreprise. La Deutsche Bank a par exemple alloué plusieurs centaines de milliers d’euros pour le lancement du Digital Concert Hall du Philharmonique de Berlin. De son côté, l’Orchestre de Paris a financé la réalisation de son site Internet avec le soutien de la banque d’affaire Natixis.
Après les ordinateurs, c’est désormais la téléphonie mobile qui est étudiée par les responsables des formations symphoniques. Le Philharmonique de New York vient ainsi d’être le premier orchestre à lancer son application pour l’iPhone.
Antoine Pecqueur.

Nous avons engagé depuis longtemps, à l’OPL, une réflexion sur les modes de communication de la musique à des publics qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ne se sentent pas spontanément concernés par nos répertoires, notre activité, nos propositions. Et, outil parmi d’autres, nous procédons en ce moment à une refonte complète de notre site internet.
Non pas pour suivre une mode, mais parce que, comme le souligne Antoine Pecqueur dans l’article du Monde, un orchestre qui ne s’adapterait pas en permanence (comme nous l’avons fait à Liège depuis dix ans) au monde tel qu’il est, aux pratiques de nos contemporains, serait condamné à disparaître à brève échéance.
Nous ambitionnons, avec certes beaucoup moins de moyens que Berlin ou Chicago, de proposer, d’ici cinq ans, la quasi-totalité de nos concerts et de nos séances “pédagogiques” - de type Dessous des quartes ou L’Orchestre à la portée des enfants - en diffusion haute définition sur internet. Et contrairement à ce que d’aucuns prédisent, une telle diffusion non seulement ne vide pas les salles de concert… mais les remplit de nouveaux spectateurs.
C’est un chantier enthousiasmant auquel, je le sais, les musiciens de l’OPL et leurs représentants sont tout à fait prêts à apporter leur contribution.