Garde à vue

February 9th, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

Je suis en train de terminer un livre qui fait froid dans le dos, après avoir vu un débat télévisé sur le sujet : Gardés à vue, de Matthieu Aron, rédacteur en chef à France Info. 900.000 gardés à vue par an en France !

Je me dis que j’ai de la chance d’avoir jusqu’à ce jour échappé à ce traitement…Alors que - mes proches le savent - je ne suis pas spécialement aimable, sans jamais être impoli bien sûr, avec les représentants de la maréchaussée qui ont parfois la bien étrange idée de m’interpeller au volant de ma voiture !

Matthieu Aron n’est pas franchement un révolutionnaire, c’est un spécialiste des affaires de justice reconnu et compétent. Son propos n’en a que plus de force. En gros, n’importe qui, en France (dans le débat auquel je faisais allusion, on a dit qu’il en était de même en Belgique ! à vérifier), peut être placé en garde à vue pour n’importe quoi. La loi pénale française, révisée en 2002, ne prévoit aucune échelle de gravité des faits susceptibles de vous faire passer 24 h au poste, les délais étant extensibles pour des crimes ou des actes de terrorisme.

Aron ne fait pas une thèse sur le sujet, il raconte des dizaines d’anecdotes recueillies auprès de citoyens ordinaires, de tous âges et de toutes conditions. Traités comme des criminels en puissance, menottés, humiliés (mis à nu, fouillés au corps), enfermés dans des réduits répugnants de saleté… pour être finalement “relâchés” sans explication ni excuses.

On croit toujours que ce genre de choses n’existe que dans les dictatures ou les pays en guerre, chez les autres en tous cas. On n’est pas très fier d’être citoyen de la patrie des Droits de l’Homme et des Libertés, quand on lit cela.

Il faut certes soutenir la police et la gendarmerie lorsqu’elles traquent les criminels, les conducteurs dangereux, les auteurs de violences, etc. Ils font souvent un “sale boulot”dans des conditions difficles.

Mais la privation arbitraire de liberté, ne serait-ce que pour 24 h, n’est ni admissible ni efficace dans 90% des cas cités par Matthieu Aron.

On n’est jamais assez exigeant lorsqu’il s’agit de défendre le bien le plus précieux de nos démocraties : la liberté.

Gainsbourg actuel

February 8th, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

Avant d’aller le voir, j’avais lu et entendu tout et son contraire à propos de Gainsbourg (vie héroïque), le film ou plutôt comme il l’annonce le “conte” de Joann Sfar.

Dire d’abord ce que ce n’est pas : un “biopic” comme les Américains savent les faire, un docu-fiction comme on voit de plus en plus souvent à la télévision, une reconstitution historique de la vie et l’oeuvre du grand Serge. C’est certes un peu de tout cela, mais le propos, la réalisation - qui emprunte beaucoup à la bande dessinée (et pour cause puisque l’auteur est d’abord un dessinateur), sont très originaux, une sorte d’OCNI (objet cinématographique non identifié).

Je conseille d’aller voir ce film, à ceux qui ont connu Gainsbourg (de la génération de mes parents), ceux qui, comme moi, ont le souvenir de Gainsbarre, provoc à deux balles (le billet de 500 francs flambé sur un plateau de télé, la Marseillaise entonnée devant un parterre de paras offusqués par Aux armes etcetera…) ou qui, comme les moins de 30 ans, se représentent Gainsbourg comme une icône, un révolutionnaire de la chanson…

Le film de Sfar s’éloigne souvent de la réalité - et pourtant la personnalité, le parcours de Gainsbourg, me semblent idéalement restitués. D’abord grâce à des acteurs formidables, Eric Elmosnino en tête, qui, sans chercher à singer son illustre modèle, le fait vivre jusque dans ses moindres détails. Laetitia Casta, qui ne m’avait jamais bouleversé par ses talents d’actrice, compose une Brigitte Bardot confondante, la jeune Lucy Gordon - qui s’est donnée la mort l’an dernier pendant le festival de Cannes - est touchante en Jane Birkin (même si physiquement elle fait plus penser à… Carla Bruni !). Même Anna Mouglalis réussit à convaincre en Juliette Gréco.

Musicalement, le film évite autant la démonstration que la compilation. Et n’emprunte que très peu au vrai Gainsbourg. Et pourtant les grandes étapes créatrices du poète/compositeur sont très bien rendues.

Après avoir vu le film, on (re)lira avec intérêt le bouquin de Bertrand Dicale :

Et surtout on réécoutera les chansons éternelles comme La Javanaise :

La Javanaise par Gainsbourg

La Javanaise: extrait du film Gainsbourg vie héroïque

Barenboim et Beethoven

February 7th, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

J’ai eu la chance de pouvoir assister, hier soir, à l’un des trois concerts que donnent Daniel Barenboim et la Staatskapelle Berlin, à la salle Pleyel à Paris, avec les cinq concertos de Beethoven et des pièces de Schönberg (ce soir rien moins que L’Empereur et Pelléas et Mélisande !).

J’évoquais, dans mon billet du 5 février, le “frisson” qu’on attendait du concert (billet qui a suscité des commentaires bien intéressants !). Avec Barenboim, à chaque fois que j’ai eu le bonheur de l’entendre ces quinze dernières années, c’est bien au-delà du frisson.

A Vienne, en octobre 2005, deux jours après la prestation mémorable de l’OPL dans la grande salle dorée du Musikverein (avec Louis Langrée et Claire-Marie Le Guay), j’avais pu voir et entendre Barenboim diriger l’orchestre philharmonique de Vienne, de son clavier d’abord, un 22e concerto de Mozart absolument magique - son dialogue avec les vents de l’orchestre ! - puis un programme Ravel qui culminait par un Boléro fabuleusement construit, sans la moindre concession à l’esbroufe et au clinquant.

Alors les concertos de Beethoven? Déjà il y a douze ou treize ans, Barenboim et ses Berlinois étaient venus les donner au Châtelet (France-Musique les avait captés), était-il bien utile de rééditer la performance même dans une autre salle ? Réponse : mille fois oui. Parce que - c’est le propre de ce grand artiste - le Wunderkind qui donnait ses premiers concerts à 7 ans toujours remet sur l’ouvrage son coeur de répertoire, les Mozart, Beethoven qu’il n’a jamais cessé de fréquenter.

Hier, il enchaînait les 2e et 3e concertos. On a si souvent entendu ces chefs d’oeuvre, au disque comme au concert… Et, une fois de plus, le miracle s’est produit : Barenboim nous donnait le sentiment de redécouvrir ces concertos, d’en avoir exploré de nouveaux aspects. Absolument fantastique !

En sortant de Pleyel, j’achète Le Monde et je lis la critique de Marie-Aude Roux du premier concert (celui du 5 février). Je la donne à lire ici, j’aurais pu signer ce papier : Daniel Barenboim le chef-piano.

Comme l’écrit M.A.Roux en conclusion : Et le public subjugué d’applaudir le grand musicien certes, mais aussi l’homme Barenboim, unique, indispensable.


Rafael Kubelik

February 6th, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

Faisant le point sur la discographie de Ma Patrie de Smetana ( http://bestofclassic.skynetblogs.be/archive-week/2010-05 ), donnée dimanche dernier en clôture du festival “Visa pour l’Europe” à Liège, je me suis de nouveau penché sur la carrière et la personnalité d’un chef d’orchestre qui, pour ceux qui ont lu mes précédents billets, faisait incontestablement partie des “humanistes” : Rafael KUBELIK.

Né en Bohème en 1914, mort à Lucerne en 1996 - les dernières années de sa vie furent assombries par une maladie dégénérative qui l’éloigna des podiums dès la fin des années 1980 - Kubelik a eu une carrière  liée aux grandes secousses historiques du XXème siècle. A 28 ans, il prend la succession du grand Vaclav Talich à la tête de la Philharmonie tchèque, mais la prise de pouvoir des communistes le contraint à l’exil, en 1948 on lui offre le poste à Chicago (c’est là qu’il gravera pour Mercury la première intégrale de Ma Patrie de Smetana). Puis de 1961 à 1079, il fera vivre à l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise, fondé par Jochum au lendemain de la seconde guerre mondiale, une période exceptionnellement féconde. Lors du festival Printemps de Prague en 1990, il revient pour la première fois depuis 1948 dans sa mère patrie et, malgré la maladie, il dirige l’une des plus poignantes versions qui soient du cycle de Smetana. Il en resté un CD et un DVD, incontournables l’un et l’autre :

Kubelik dirige La Moldau / Prague 1990

J’ai eu la chance d’entendre une seule fois Kubelik en concert. C’était à Paris, dans l’horrible salle du Palais des Congrès porte Maillot, la 9e symphonie de Mahler avec l’Orchestre de Paris. Je n’étais pas encore très familier ni de l’oeuvre de Mahler, ni a fortiori de ce chef d’oeuvre. Je me souviens seulement que j’étais bouleversé, au-delà de ce que je pouvais imaginer ressentir à un concert.

La discographie officielle (Decca, DGG) de Kubelik a évidemment nourri ma discothèque (ses symphonies de Dvorak, de Schumann, ses Smetana, etc.) et elle reste évidemment très recommandable, ainsi qu’un coffret de “raretés” :

Mais j’ai trouvé sur internet - et épisodiquement distribués en magasin - de splendides éditions de bandes de concerts, remarquablement captées par la radio bavaroise, et qui restituent, à mon sens, beaucoup mieux que les enregisrements de studio, ce qui faisait la richesse de la personnalité de Kubelik.

Il n’est que de comparer ses symphonies de Mahler (DGG) et les “live” de ces mêmes oeuvres : toute la différence entre la froideur du studio et la vie, le… frisson, du concert.

Mais j’ai aussi trouvé, sur internet, un extraordinaire Requiem allemand de Brahms - jamais gravé à ma connaissance par Kubelik - d’une puissance, d’une ferveur uniques. Des symphonies de Beethoven conquérantes (2,4,5 et 6).

Frisson

February 5th, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

Sans relation avec mon billet d’hier (quoique…), je lisais dans Le Monde daté du 4 février un article de Renaud Machart sur les concerts que viennent de donner à Paris l’orchestre philharmonique de New York et son nouveau chef, Alan Gilbert : Clair, équilibré et ennuyeux.

Je n’ai pas assisté à ces concerts, mais je souscris totalement à ce qu’écrit Machart en particulier ceci :

Sur le papier, Alan Gilbert a donc tout pour être le prototype du jeune chef du XXIe siècle, ouvert, accessible, intelligent, polyglotte (il parle aisément le français, a travaillé en Suède, est métis américano-japonais). Mais il nous semble lui manquer l’essentiel : cette chose indicible, mais qui fait l’indéniable différence entre le bon musicien et l’artiste inspiré. Dans tout ce qu’on l’a entendu diriger jusqu’à présent, Alan Gilbert est équilibré, clair, mais très vite banal et ennuyeux.

Aucune passion, aucune “aura”, aucune singularité dans les idées, le son, le ton. Une sorte de”juste milieu” qui le situe entre deux chefs qui ne sont pas des braseros de la direction : au pire,Kent Nagano (l’une des carrières les plus inexplicables de l’époque) ; au mieux, Esa-Pekka Salonen (dont la froideur peut créer des chocs thermiques paradoxaux).

Mais peut-être ce profil artistique convient-il au Philharmonique de New York, beau bolide symphonique, vrombissant et huilé, mais sans âme ni fêlure.

J’ai retrouvé un billet du 14 janvier 2008, où j’écrivais ceci :

A Pleyel à Paris, un autre orchestre philharmonique, celui de Radio France, proposait une affiche alléchante: un chef, Alan Gilbert, qui prendra l’an prochain la succession de Lorin Maazel à la tête du Philharmonique de New York, un pianiste allemand qu’on suit au disque depuis des années, Lars Vogt. Je n’avais encore entendu ni l’un ni l’autre en concert. Disons, pour résumer et sans insister que je n’ai pas été convaincu.

Le cas de M. Gilbert n’est pas isolé. Machart parle de la carrière “incompréhensible” d’un Kent Nagano, mais on pourrait aisément allonger la liste de ces chefs qui ont du métier assurément, qui sont parfois d’excellents Orchestererzieher - des “éleveurs” d’orchestre qui font progresser techniquement - . Sans parler de ces innombrables pianistes qui savent incontestablement jouer du piano et qui, au disque comme au concert, nous laissent indifférents.

Nous avons besoin, nous auditeurs - mais c’est aussi vrai pour des musiciens d’orchestre à l’égard du chef qui les dirige - d’éprouver un frisson, de ressentir un supplément d’âme, d’inspiration, tout simplement d’éprouver quelque chose de l’ordre de l’irrationnel, de l’inattendu, de l’inouï.

Me revient le souvenir - puisque Machart l’évoque dans son article - d’un concert de Lorin Maazel en tournée avec son orchestre de l’époque, celui de Pittsburgh, au Victoria Hall de Genève. Au programme notamment la 3e symphonie Héroïque de Beethoven. Déjà il y a vingt ans, Maazel traînait cette réputation de chef infaillible, impeccable technicien de l’orchestre, mais souvent en panne d’inspiration, et mes amis m’avaient dissuadé d’assister à ce concert, pensant que le chef n’aurait pas grand chose d’intéressant à dire dans Beethoven. Et ce soir-là, le miracle survint : Maazel redevint le jeune loup ultra-doué qu’il était à trente ans et nous fit éprouver le grand frisson.

Il ne faut donc jamais désespérer de personne…

Ego

February 4th, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

Je ne surprendrai personne en disant que de ma longue fréquentation des musiciens, chefs, solistes, je retire le sentiment qu’ils ont, pour la plupart, un ego très développé. Il faut sûrement s’aimer beaucoup pour faire un métier très exposé, très incertain aussi, il faut en tout cas affirmer sa personnalité pour convaincre le public ou simplement exister dans un univers par bien des côtés impitoyable !

Souvent j’ai la petite chanson écrite par Guy Béart et chantée par Jeanne Moreau qui me trotte dans la tête, quand je pense à tel ou tel…

Parlez-moi d’moi
Y a qu’ça qui m’intéresse
Parlez-moi d’moi
Y a qu’ça qui m’donne d’l'émoi
De mes amours mes humeurs mes tendresses
De mes retours mes fureurs mes faiblesses
Parlez-moi d’moi
Parfois avec rudesse
Mais parlez-moi, parlez-moi d’moi

Dieu sait si j’aime les artistes, leur talent, leur génie parfois, leurs fêlures, leurs faiblesses aussi. Il ne faut jamais, nous spectateurs, auditeurs, oublier qu’après les applaudissements, le triomphe éphémère d’un concert, il y a souvent la solitude des chambres d’hôtel anonymes, les voyages à pas d’heure, le travail en solitaire des partitions et/ou de l’instrument, l’angoisse aussi du lendemain, quand les engagements se font moins nombreux ou sont annulés.

Lorsque j’évoque ce sujet avec mes collaborateurs ou des gens du métier, nous tombons assez vite d’accord pour reconnaître qu’un ego surdimensionné n’est pas forcément négatif, et que nombre d’artistes que nous côtoyons ou apprécions ont aussi cette formidable capacité de rayonner, de donner, de partager, de s’intéresser aux personnes qui les entourent. Je ne citerai personne… pour n’en oublier aucun, mais les lecteurs de ce blog connaissent mes affinités.

En revanche, et cela ne diminue en rien leur talent, on peut être surpris ou déçu de l’ego-isme d’interprètes qui, sortis de leur job, s’enferment dans leur tour d’ivoire, et se privent, en privant les autres, d’échanges, de sentiments, sans parler des grands mots d’affection ou d’amitié.

A tous je dédie cette valse de Strauss, cette Vie d’artiste, interprétée par le chef qui incarnait probablement le mieux ce mélange de génie et de solitude… mais qui, de toute évidence - il suffit de le regarder - savait donner, partager, Carlos Kleiber :

Carlos Kleiber dirige Künstlerleben

Des nouvelles des amis

February 3rd, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

Le public de Liège a la chance de les applaudir régulièrement, chefs, solistes, ensembles, mais - et c’est bien normal pour qui n’évolue pas dans le milieu musical - ignore ce que deviennent ces artistes en dehors de leurs prestations à et avec l’Orchestre philharmonique de Liège. J’ai donc pensé utile de donner ici, de temps en temps, de leurs nouvelles…

Louis Langrée, qui avait un moment pensé réduire son activité à l’opéra, est, depuis qu’il a quitté la direction musicale de l’OPL en 2006, invité par les plus grandes maisons et les festivals les plus prestigieux. On ne refuse pas des invitations au Lyric Opera de Chicago, au Metropolitan Opera de New York, à Covent Garden…En décembre, il triomphait à Paris, à l’Opéra-Comique, avec la résurrection de Fortunio de Messager.

Lire la critique parue dans La Croix, qui résume le sentiment général de toute la presse (et du public) : La critique de Fortunio.

2010 est une année faste pour Louis Langrée qui dirige actuellement Don Giovanni de Mozart à la Scala de Milan - où il fait ses débuts - avant de reprendre Hamlet d’Ambroise Thomas au Met, avec l’équipe victorieuse de Covent Garden (Natalie Dessay, Simon Keenlyside, la mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser). En juin et juillet, il est de nouveau l’invité de Bernard Foccroulle au Festival d’Aix-en-Provence, et en octobre, il fait d’autres débuts cette fois à l’Opéra de Vienne (avec les Wiener Philharmoniker of course !) dans La Bohème.

Puisque j’évoque le Met, je me réjouis du succès considérable qu’y remporte actuellement dans Carmen Alain Altinoglu - sa première invitation à New York ! - qui dirigeait l’OPL en décembre dernier.

Pascal Rophé, qu’on se réjouit de revoir la semaine prochaine à Liège, vient à sa manière de fêter le 85e anniversaire de Pierre Boulez à Paris. Lire l’excellente critique parue dans ResMusica :Rituel par Rophé

On voudrait aussi parler de Cédric Tiberghien, que j’ai raté à Londres il y a deux semaines, qui rejoue demain soir à Paris, et qui confirme, concert après concert, qu’il est l’un des pianistes les plus doués et cultivés - ce qui ne va pas toujours de pair ! - que je connaisse.

Ou revenir à ce merveilleux choeur d’hommes de l’Université d’Helsinki qui, samedi dernier, a laissé le public liégeois…sans voix ! Ces soixante gaillards si bien chantants sont partis pour l’Amérique, où ils vont redonner Kullervo à Minneapolis, puis au Carnegie Hall de New York. En tous cas, nous les avons d’ores et déjà réinvités à Liège…

Chers disparus

February 2nd, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

La chronique nécrologique des musiciens a été particulièrement nourrie en ce mois de janvier. Parce que, comme le reste de la population, certains d’entre eux meurent très âgés, on avait fini par les oublier ou penser qu’ils étaient déjà morts..

Ainsi de Camille Maurane, mort le 21 janvier, à presque 99 ans ! Un chanteur, baryton léger (ou baryton Martin), vénéré par des générations de musiciens qui ont appris de lui l’art si subtil de la mélodie française (comme une Jessye Norman et tant d’autres), Maurane inoubliable Pelléas. Lire cet article : Camille_Maurane.

(La légendaire version de Pelléas due à Ansermet / DECCA)

(La tout aussi légendaire version de “L’enfant et les sortilèges” de Ravel enregistrée par Maazel - à 28 ans ! - )

Autre grand interprète dont la disparition est passée relativement inaperçue en Europe : Earl Wild. Décédé le 23 janvier à Palm Springs à 94 ans… à peine retiré des scènes et studios d’enregistrement.

Lire sur lui un long portrait publié par Abeillemusique.com : Earl Wild.

Formidable virtuose, il est entré très tôt dans la légende, adoubé par Toscanini. Il se réclamait de la lignée flamboyante de ces grands pianistes qui, depuis Liszt, repoussaient toutes les limites techniques du clavier. Comme Liszt c’était un grand transcripteur.

Parmi les multiples enregistrements qu’il a laissés - et jusqu’à une date récente ! - on retiendra ceux-ci :

Pour moi, la version inégalée des concertos pour piano de Rachmaninov, pianiste, chef (Jascha Horenstein tout de même !) survoltés et portés par une prise de son de référence :

Formidable aussi dans la Rhapsody in blue et le Concerto en fa de Gershwin dans la version multi-rééditée d’Arthur Fiedler et de ses Boston pops (RCA)

Moins facile à trouver, mais tout aussi essentiel, un magnifique couplage du 1er concerto de Tchaikovski et des Variations sur Ah vous dirai-je maman de Dohnanyi (déjà évoquées ici à l’occasion du concert de Nouvel An de l’OPL), sous la direction du petit-fils du compositeur Christoph von Dohnanyi !

On trouvera sous étiquettes Ivory ou Dorian ou d’autres labels américains quantité de récitals de piano solo gravés par Earl Wild tout au long de sa carrière. Certains étant disponibles sur les sites de téléchargement.

Le sens de la fête

February 1st, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

Un fidèle lecteur de ce blog - merci Hugues ! - écrit dans son commentaire sur mon billet d’hier : “ Quelle folie de programmer une symphonie de Szymanowski, Kullervo et Ma Vlast dans la même semaine…” Il a raison, et c’était un point de vue partagé par plusieurs musiciens de l’OPL qui n’ont pas vraiment chômé depuis quinze jours !

Mais si un “festival” qui se prétend tel ne sort pas des sentiers battus, ne propose pas au public comme aux interprètes une aventure, un grain de folie sans doute, un challenge, alors - et c’est ma conviction profonde - il ne mérite pas son appellation.

Tant mieux si pour l’essentiel du public qui a suivi, de plus en plus nombreux au fil des jours, tout ce festival “Visa pour l’Europe”, l’émotion s’est conjuguée avec la joie de la découverte.

Le festival s’achevait ce dimanche par l’intégrale du cycle de poèmes symphoniques de Smetana “Ma patrie” (Ma Vlast), dont on ne donne généralement que le second épisode, la célèbre Moldau. Tout n’est pas du même intérêt dans cette vaste fresque, et il faut saluer la performance de F.X.Roth et de l’orchestre qui nous ont magnifiquement tenu en haleine en restituant le caractère de chacun des poèmes symphoniques sans surligner, si surcharger une orchestration parfois trop marquée par Wagner.

img_1307

Auparavant, nous avions prévu un concert surprise. J’avais demandé à trois des meilleures harmonies et fanfares de la province de Liège, animées par trois solistes de l’OPL (François Ruelle, Sébastien Lemaire et Gerald Evrard) de venir jouer sur la scène de la Salle Philharmonique des pièces de caractère, des marches inspirées du folklore d’Irlande, de Grèce, d’Auttriche, d’Espagne etc. . A chaque fois, je suis impressionné par la qualité, l’homogénéité, de ces ensembles dont la moyenne d’âge ne doit pas excéder la vingtaine. Comme nous l’avions fait lors d’un précédent festival (Amériques), nous avons rassemblé les trois groupes, soit près de 180 musiciens, pour deux “bis” sous la houlette de F.X.Roth : L’entrée des gladiateurs de Fucik et Alte Kameraden de Teike. Ambiance assurée !

En plein choeur

January 31st, 2010 | Jean-Pierre Rousseau

J’ai vécu, et partagé avec quelques centaines d’auditeurs, deux moments musicaux exceptionnels, hier samedi à la Salle Philharmonique de Liège.

Grâce au YLIOPPILASKUNNAN LAULAJAT ! autrement dit le Choeur d’hommes de l’Université d’Helsinski (en anglais YL Male Choir).

img_1303

Un concert a capella d’abord, d’une très grande variété de compositeurs et de styles, une formidable carte de visite pour cet ensemble plus que centenaire. Une homogénéité parfaite en même temps qu’une très grande subtilité. Une émotion extrêmement vive dans le public lorsqu’au terme d’une heure et quart de récital, le chef de choeur annonce que ses chanteurs vont offrir en bis une “sérénade” traditionnelle finlandaise en s’approchant des spectateurs pour les regarder les yeux dans les yeux. Puis le fameux chant de Finlandia : L\’hymne de Finlandia.

Le même hymne était repris, à la demande de F.X. Roth, à l’issue du concert de 20 h, en hommage aux victimes de la tragédie de Liège.

Au terme là encore d’une soirée d’exception. Je rêvais depuis longtemps de programmer une oeuvre fabuleuse de Sibelius, Kullervo, vaste épopée chorale et orchestrale due à un compositeur de 28 ans (qui l’a longtemps reniée). Parce que, bien que chantée en finlandais et racontant des épisodes de la légende du Kalevala, j’étais convaincu que pareille fresque ne devait pas rester l’apanage des interprètes finnois et qu’elle passionnerait autant les musiciens que le public liégeois. François-Xavier Roth et l’OPL se sont complètement approprié l’oeuvre et, s’appuyant sur les forces du choeur d’hommes d’Helsinki, en ont donné hier soir une interprétation au-delà de tout éloge. Tous les auditeurs rencontrés à la sortie me faisaient part de leur émotion, et de leur sentiment d’avoir vécu “le clou du festival”, un concert à marquer d’une pierre blanche dans leur vie de mélomanes.

A voir un court extrait de la répétition de Kullervo : Kullervo en répétition

Le choeur d’Helsinki a participé à 5 enregistrements discographiques de Kullervo. On n’a que l’embarras du choix ! Je conseillerai personnellement deux des versions les plus récentes, et les plus authentiques. Celles de Leif Segerstam avec le philharmonique d’Helsinki (Ondine) et d’Osmo Vänskä et de l’orchestre symphonique de Lahti (BIS).