Archive for September, 2007

Versailles

Sunday, September 30th, 2007

On ne se lasse jamais d’aller à Versailles, même si le domaine tend à se transformer en parc Astérix. On n’échappe pas à une sono surpuissante qui assène certes de la musique baroque au moment des grandes eaux. Insupportable…

En l’occurence, j’avais deux bonnes raisons d’y être ce samedi après-midi: les 20 ans du Centre de musique baroque, qui a fait un prodigieux travail de redécouverte et d’édition de la musique française des siècles de Louis XIII à Louis XVI, et le souvenir de quelques très beaux concerts. Et dans le cadre de cet anniversaire, et d’un week-end voué aux musiques du temps de Louis XVI, la présence du Concerto Köln dirigé par Louis Langrée, qui avaient fait étape à Liège vendredi soir et que je n’avais pu écouter pour cause de Musica strasbourgeoise.

L’orangerie du Château est de dimensions impressionnantes, un orchestre baroque y sonne avec aisance et volupté. Le programme offert par Louis (un prénom prédestiné pour Versailles !!) et la formation allemande est d’inégal intérêt: documentaire pour Vogel et Kreutzer, de la musique comme on en produisait au kilomètre pour divertir les soirées royales, évidemment plus passionnant pour les extraits d’Orphée de Gluck, et génial pour ce qui est de Haydn (l’une des symphonies “parisiennes”, La Poule). Manquait la musique de scène de Thamos de Mozart, donnée la veille à Liège, mais le concert devait être ici plus court. Louis Langrée était tout à son affaire, vif, poétique, élégant, inventif. On a été un peu déçu par le niveau global de l’orchestre, qu’on a entendu plus juste et cohérent en d’autres occasions.

Ovation

Saturday, September 29th, 2007

Je suis souvent fier de “mon” orchestre; je ne suis pas objectif sans doute, mais je suis aussi le premier critique. Et les musiciens le savent !

Hier soir, c’était plus que de la fierté, un bonheur récompensé d’ailleurs par les ovations d’une salle comble…et comblée au Palais des congrès de Strasbourg. Summum de la soirée, un Sacre du printemps pris avec des risques incroyables, des musiciens enivrés par leur virtuosité collective et la qualité des interventions solistes. Pascal Rophé a dû bisser, en reprenant le terrifiant final de la première partie.

Au programme du concert, deux premières françaises: Time Stretch du très très talentueux Bruno Mantovani. Splendide pièce d’orchestre, musiciens et public également enthousiastes. A reprogrammer à Liège… Puis le concerto pour piano du Britannique James Dillon, un long tunnel filandreux, ennuyeux (mon voisin, éminent producteur de France Musique, qui connaît sa musique contemporaine, n’y allait pas par quatre chemins: “Ne sait pas écrire pour le piano, ne sait pas écrire pour l’orchestre”…), mal défendu aussi par la soliste (qui en avait assuré la création aux Proms de Londres en 2006).

En ouverture, discours du président de MUSICA et de la Ministre française de la culture, Christine Albanel. Rien de transcendant, mais l’un et l’autre ont souligné la qualité de l’Orchestre de Liège. La ministre, au dîner qui a suivi, a reconnu que si plusieurs Belges éminents occupent des postes en France, elle était fière que deux Français président aux destinées de l’orchestre wallon. Je n’étais pas mécontent, il est vrai, de prouver qu’un orchestre non français pouvait donner l’exemple dans la défense et illustration de la musique française et de la musique d’aujourd’hui.

Strasbourg

Friday, September 28th, 2007

Les restaurants de Strasbourg où j’ai fait étape depuis mon arrivée semblent s’être donné le mot: ils appliquent d’ores et déjà l’interdiction de fumer qui ne sera obligatoire en France qu’à compter du 1er janvier 2008. La Belgique s’est mise à ce nouveau régime au début de 2007. Et tout le monde s’en porte mieux.

L’événement à Strasbourg c’est bien sûr le festival MUSICA, mais le Palais de la Musique et des Congrès où nous jouons ce soir accueille aussi les journées parlementaires de l’UMP. Arrivant hier après-midi à mon hôtel, j’ai eu droit à un comité d’accueil prêt à m’embrigader; j’ai manifestement déçu mes interlocutrices en leur disant que je n’étais ni ministre ni député. Ce serait amusant, ce soir, que certains se trompent de salle. Entre nous, le concert de l’OPL sera nettement plus drôle qu’un discours de Copé ou Fillon…

Boulez

Thursday, September 27th, 2007

En général, si on veut évoquer le repoussoir absolu, le symbole même de la musique contemporaine inaudible, absconse, on cite le nom de Boulez. Surtout depuis qu’un ancien président de la république (Chirac) voulant attester de la vastitude de sa culture avait annoncé que “Le marteau sans maître” était sa musique de chevet (on avait bien ri…)

Cela fait des années que je suis convaincu du contraire. Et l’éclatante démonstration nous en a encore été faite hier soir: j’ai eu la chance d’assister, avec Pascal Rophé, à un concert de bout en bout passionnant, dans une salle que je découvrais, le nouveau Festspielhaus de Baden-Baden (une totale réussite acoustique). Pierre Boulez y dirigeait un orchestre rassemblé pour l’occasion, à partir des forces de l’Ensemble Modern. Une création du Français à peine quadragénaire Mark André, Amériques de Varèse, puis une courte pièce de la coqueluche de la musique contemporaine, l’Allemand Matthias Pintscher, et quatre des sept Notations de Boulez.

Quand je dis passionnant, on peut me faire crédit de ne pas céder au snobisme: je suis sûr que le public de Liège, tout le public, aurait été, comme nous, captivé par ce périple sonore.

Mark André construit une cathédrale sonore, en tirant de tous les instruments de l’orchestre des sons qu’on n’attend pas d’eux. Cela pourrait relevé du procédé et rester vide de sens, on est captivé durant quinze minutes. Une telle étude de timbres serait-elle aussi réussie dans une acoustique moins parfaite?

Amériques de Varèse, qui date des années 1920, garde une puissance évocatrice, émotionnelle, intacte. C’est au programme de l’OPL à Liège et BRuxelles en janvier 2008 !

La pièce de Pintscher (Towards Osiris) est brève et indéniablement bien troussée. Le garçon est doué, mais ne raconte pas grand chose dans un morceau passe-partout.

Quant aux Notations de Boulez, c’est l’une des pièces orchestrales modernes les plus géniales, sensuelles, que je connaisse. A conseiller d’urgence à ceux qui croient ne pas aimer Boulez ou la musique contemporaine. Boulez est dans une vraie lignée française qui part de Debussy. Il écrit admirablement pour l’orchestre, et il n’a jamais oublié que la musique ce sont des mélodies et des rythmes!

Au dîner après-concert sur la photo de famille on pouvait voir autour de Boulez (qui s’est “excusé” auprès de nous de n’être pas venu à Liège…depuis ses jeunes années!) Wolfgang Rihm, Mark André, Matthias Pintscher, Emanuel Nunes.

Demain c’est au tour de l’OPL et de Pascal Rophé de passer l’épreuve du feu devant le tout-Europe de la musique d’aujourd’hui (et même nous dit-on la ministre française de la Culture). Seul bémol à la fête: il pleut sans discontinuer sur la capitale alsacienne.

Projets

Wednesday, September 26th, 2007

Je viens de passer l’essentiel de ces deux derniers jours à Paris pour évoquer et construire des projets pour et avec l’OPL. Je ne vais évidemment pas les révéler ici; il s’agit de perspectives 2009 ou 2010 ! Donc très proches… lorsqu’il s’agit de montages complexes. C’est l’occasion de mesurer le chemin parcouru depuis bientôt huit ans que j’ai la charge de cet ensemble : aujourd’hui l’OPL n’est plus considéré comme un honorable orchestre de province (qualificatif qui n’est pas forcément flatteur pour le microcosme parisien!), mais comme une grande formation qui compte à l’échelle européenne, une “valeur sûre” notamment dans la “défense et illustration” du répertoire français (au sens large) et contemporain en particulier.

Pas très difficile me répondra-t-on, dès lors que les grandes formations parisiennes ont délaissé ce “créneau” !

Il n’empêche que si le festival MUSICA de Strasbourg a, aussitôt après un premier concert en octobre 2006, immédiatement réinvité l’OPL à faire l’ouverture de son édition 2007 (c’est ce vendredi au Palais des congrès de Strasbourg) et nous redemande en 2008, ce n’est pas un hasard.

Invocation

Tuesday, September 25th, 2007

La presse française est pleine de ces désillusions qui s’emparent des électeurs (et des journalistes!) cinq mois après la présidentielle. La croissance n’est pas au rendez-vous, le déficit de la Sécurité sociale se creuse (12 milliards pour cette année, une broutille!), les prix augmentent, Fillon annonce une situation de faillite. Mais que fait le Président?

L’invocation n’a jamais tenu lieu de politique, et ce n’est pas parce que M.Sarkozy déclare à la une du Monde, il y a quelques jours “Je veux 3% de croissance”, que la croissance lui obéit…

Le plus irritant, dans toute l’histoire, est la dualité du comportement présidentiel: souvent il fait oeuvre de pédagogie, met en lumière les problèmes non résolus - pour se démarquer de ses prédécesseurs certes- et “dit la vérité” aux Français, mais encore plus souvent il fait l’inverse en annonçant fièrement: Ne vous inquiétez pas, je vais résoudre tous les problèmes, ou il suffit de vouloir pour réussir…Et là ça ne marche pas, et les dures réalités nous retombent sur le coin de la figure.

Elixir d’amour

Monday, September 24th, 2007

C’est en traînant les pieds que je suis allé voir “L’elixir d’amour” de Donizetti, réservé de longue date à l’Opéra Bastille hier après-midi. Trois heures plus tard, j’en sortais heureux, sans réserve.

Certes la scène et la fosse de Bastille sont trop grandes pour un ouvrage de ce type, mais on l’oublie vite d’abord à l’écoute du magnifique orchestre dirigé par Evelino Pido, avec le raffinement, le sens du rubato, l’élégance sans lesquels cette musique paraît vite bruyante et vulgaire. Ensuite avec une distribution parfaite, idéale, dont on a intérêt à retenir les noms: ce ne sont pas encore des stars, des Villazon, Netrebko ou Gheorghiu, mais ils/elles sont tous exceptionnels. Désirée Rancatore en Adina, timbre pulpeux, agilité incroyable, Ambrogio Maestri, un bon gros géant, parfait en “docteur” Dulcamara, Laurent Naouri, qui n’en fait pas des tonnes en Belcore, Jeannette Fischer en Jeannette (!), et surtout une révélation, le tout jeune Moscovite Dmitri Korchak en Nemorino. Un Russe dans un rôle si évidemment italien? On ne se posait même pas la question; dans le fameux air “Una furtiva lagrima” il a ému toute la salle, par sa retenue, la beauté de sa voix et l’intelligence du style.

Et la mise en scène de Laurent Pelly ! ce diable d’homme réussit tout ce qu’il touche. La Belle Hélène et la Grande Duchesse au Châtelet (avec Felicity Lott) c’est lui, Orphée aux enfers à Genève et Lyon (avec Natalie Dessay) c’est encore lui. Il situe son Elixir dans l’Italie des années 50 (à la façon De Sica ou Scola), et cette histoire d’amours contrariées sur fond de lutte des classes avant l’heure retrouve une vitalité, un allant, une “vis comica” qui sont le ressort même de l’ouvrage.

P.S. Le Mime est mort. En 2002, il était l’invité du fameux cycle de concerts d’été du Hollywood Bowl (à Los Angeles)…où il faisait ses débuts, dans un programme de musique française (Ravel essentiellement) dirigé (mal) par John Mauceri. C’est l’unique fois où j’ai eu la chance de voir Marcel Marceau en public. Hommage !

Philosophie

Sunday, September 23rd, 2007

Il paraît qu’Hélène Grimaud ne parle plus à l’oreille des loups, mais qu’elle se consacre à la philosophie (dixit un très sérieux journal allemand). Si l’on en juge par ses précédents ouvrages, elle devrait plutôt persévérer dans l’élevage des perles de (in)culture; sinon je crains que Bernard-Henri Lévy ne prenne ombrage du succès de sa nouvelle consoeur en philosophie. Mais Madame Grimaud est pianiste (si!) et elle fuit désormais tout le tapage publicitaire fait autour de sa personne, de ses loups, de ses pensées. Vous n’y croyez pas? mauvais esprit que vous êtes…

Il paraît que Lang Lang joue avec “doigté” (et légèreté). C’est ainsi que Marie-Aude Roux (d’ordinaire plus inspirée), décrit dans “Le Monde” la dernière “apparition”  (sachez une fois pour toutes qu’en bon franglais de cuisine showbiz on ne dit pas “concert”, mais “apparition” lorsqu’il s’agit d’une star) du prodige chinois à Paris.

Intéressant de relever qu’un pianiste joue avec doigté, on se demande ce que ça donnerait sans…

N.B. Qu’on ne se méprenne pas sur mes positions à l’égard de ces deux pianistes, déjà égratignés plus d’une fois dans ce blog. L’un et l’autre sont doués, et j’ai souvenir de beaux concerts et de beaux disques d’Hélène Grimaud (et elle a réellement des yeux fascinants, magnifiques… mais c’est une autre histoire!). Mais elle est irrégulière, inégale, comme tous les véritables artistes, qu’on cesse de la statufier vivante. Quant au jeune Chinois, il est techniquement ultra-doué mais joue comme un chien fou, seulement préoccupé de jouer les rock stars sur scène. Qu’il mûrisse, qu’il apprenne, et il deviendra un grand pianiste… Pas sûr qu’il en prenne le chemin !

Je ne parlerai pas…

Saturday, September 22nd, 2007

Du spectacle (?) d’opéra que j’ai vu hier soir…

Des chaussures d’un ministre qui fait la couverture d’un hebdomadaire…

Des tests ADN qu’on va expérimenter (!!) sur les immigrés…

De la victoire des Bleus contre l’Irlande…

Pas envie d’être déprimé tout le week-end, qui s’annonce pour une fois ensoleillé !

Joyeuse rentrée

Friday, September 21st, 2007

On a beau vouloir échapper aux traditions, elles perdurent, au moins dans l’esprit collectif. L’orchestre a donné son premier concert de la saison le 8 septembre dernier, puis rejoué le 15 (dans le cadre des Nuits de Septembre). Mais pour les officiels comme pour le grand public, la véritable rentrée, c’était hier soir (et pour les Bruxellois ce soir au palais des Beaux arts).

Programme emblématique de notre ligne artistique: une oeuvre connue, le double concerto de Brahms, deux pièces symphoniques moins fréquentes au concert: la Suite de danses de Bartok et les Danses de Galanta de Kodaly. Très hongrois tout ça, et bien dans les “cordes” de l’orchestre. Un duo de choc Laurent Korcia/Marc Coppey dans Brahms, une très belle entente, encore plus sensible dans leur “bis”, un extrait d’un duo de Kodaly pour violon et violoncelle. Deux artistes que je connais et admire depuis longtemps. Et, bien entendu, le directeur musical de l’OPL, Pascal Rophé, aux manettes (pas à la baguette, puisqu’il dirige sans !). Rien n’est plus délicat de mise en place, et de caractère, que ces oeuvres très marquées par des rythmes hongrois ou tsiganes: trop de raideur, et ça ne fonctionne pas, trop de laisser-faire et ça cafouille. Ni l’un ni l’autre hier soir, Bartok et Kodaly en fête et un orchestre éclatant de couleurs.

Concert prolongé par un dîner avec les artistes, qui ne s’est pas terminé dans la mélancolie…