Archive for March, 2008
Le bonheur
Thursday, March 27th, 2008Vacances
Saturday, March 22nd, 2008Quelques bons livres, pas d’ordinateur, peu de musique….et sans doute du soleil…
Bonne écoute
Saturday, March 22nd, 2008Je suis frappé par le fait que, malgré l’uniformisation du marché du disque classique, on continue à trouver en Allemagne des collections “super budget”… qui ne franchissent quasiment pas les frontières. Fonds de catalogue certes, mais avec souvent des pépites.
Dans cette dernière, j’ai trouvé une des plus belles versions (l’orchestre! la prise de son! la conception!) que je connaisse des 8e et 9e symphonies de Dvorak, avec James Levine et la somptueuse Staatskapelle de Dresde, ou encore une splendide Shéhérazade de Rimski-Korsakov par Ozawa et le symphonique de Boston (Joseph Silverstein violon solo !). Dans la collection Esprit, une intelligente “compilation” de Lieder de Richard Strauss avec orchestre par plusieurs “stars” des catalogues RCA ou Sony, un beau disque Brahms (2e Sérénade, les variations Haydn et les seules Danses hongroises qui ont été orchestrées par Brahms lui-même ou son ami Dvorak) avec Michael Tilson Thomas et le London symphony.
Quant à la collection “Eloquence”, je l’ai depuis longtemps dévalisée, mais si je dois noter deux des acquisitions dont je suis le plus fier, ce serait une 1ere symphonie de Brahms par Böhm avec le philharmonique de Berlin en 1959 (tout simplement la plus prodigieuse version de cette symphonie que je connaisse) et les 4 symphonies de Schumann par Levine…et Berlin.
Evidemment, tout le monde n’a pas la possibilité de faire ses courses à Cologne ou Düsseldorf. Je conseille un site très bien fait, très pratique, et surtout très fiable de vente par correspondance www.jpc.de . Faites-vous plaisir, écoutez de la bonne musique pendant ces fêtes.
Un dîner avec Pascal Dusapin
Friday, March 21st, 2008Un compositeur “contemporain” intrigue ou impressionne selon les cas. Rares sont les auditeurs qui osent l’interpeller, exprimer une opinion. La haute taille, la chevelure romantique, le cursus considérable de Dusapin pourraient l’emprisonner dans un statut de star inapprochable. C’est évidemment tout le contraire.
D’abord c’est un joyeux convive - c’est d’ailleurs une qualité partagée par plusieurs de ses illustres confrères, je pense à Magnus Lindberg ou Bruno Mantovani -, heureux de se retrouver hier soir à L’Ogenblick (une de nos tables fétiche à Bruxelles). Ensuite, il ne s’embarrasse d’aucune précaution de langage, il garde intacts ses enthousiasmes et ses flèches contre les poseurs, les imposteurs. Le commentaire de la très récente actualité ne manquait pas de sel, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais on sent Dusapin constamment curieux des autres arts, qui l’inspirent, le provoquent, de la littérature, de la philosophie, bref un créateur dans la vie, et non dans sa bulle. Il feignait de s’étonner que son Medea, donné actuellement au Théâtre de Gennevilliers, sous la direction de François-Xavier Roth, recueille un tel succès public. Il est vrai que l’équation musique contemporaine = succès public est loin d’être toujours vérifiée.
P.S. France-Musique a (enfin!) un nouveau directeur, un autre compositeur français “forestier”, Marc-Olivier Dupin, annoncé depuis plusieurs semaines “dans les milieux bien informés”, et qui était dans l’actualité récente de l’OPL, avec son Robert le cochon joué pour les enfants dans le cadre de “L’Orchestre à la portée des enfants”.
Belgitude: encore un effort
Thursday, March 20th, 2008Je me suis amusé à répondre récemment à un “quizz” sur Facebook sur ma connaissance de la Belgique. Résultat honorable (8/10). Pourtant j’aime le pays où je travaille, la ville où je vis (même si m’on a reproché la tonalité trop parisienne des billets de ce blog!). Mais je mesure chaque jour tout ce que j’ignore encore de la culture, des moeurs et usages, de l’histoire, de la politique de ce pays.
Dans le seul domaine culturel, on a le sentiment que les frontières entre France et Belgique ne sont pas que géographiques ou administratives. Ainsi, pour une Amélie Nothomb, ou plus récemment (grâce à leur éditeur Actes Sud) Jacqueline Harpmann ou Henry Bauchau, qui ont une notoriété établie en France, combien d’auteurs, d’écrivains, considérés comme illustres ou reconnus en Belgique, sont inconnus des Français. J’avoue - à ma grande honte ! - que le nom d’Hugo Claus ne me disait rien jusqu’à ce qu’on m’apprenne sa mort hier. Cette disparition est à peine évoquée sur les sites français d’information….sauf pour rappeler que l’écrivain est mort le même jour que cette femme française à qui on avait refusé le recours à l’euthanasie.
Même constat dans les arts de la scène: le nom de l’illustre comédienne Jacqueline Bir n’évoque rien pour le grand public français. On pourrait citer quantité de vedettes de la télé ou du cinéma que la France ignorait superbement, jusqu’à ce qu’elles soient “adoubées” par les faiseurs d’opinion parisiens (on pense à un Benoît Poelvoorde); mais quand Michel Drucker vient réaliser une émission en direct de la Grand Place de Bruxelles, la presse française ne cite même pas sa partenaire Fabienne Vande Meerssche…
Si je voulais être plus cruel, je soulignerais que la formation du gouvernement Leterme (très dur le titre du Soir hier : Le Terne Ier !!) n’a pas fait une ligne dans la presse et les médias français.
Promis, je vais continuer à prendre des leçons de belgitude…
Herbert, Karel et Joseph
Wednesday, March 19th, 2008L’excellent mensuel allemand Fonoforum rappelle, quant à lui, que deux autres très grands chefs du XXème siècle sont centenaires en ce mois d’avril: Karel Ancerl (né le 11 avril 1908) et Joseph Keilberth (né le 19).
Keilberth est demeuré peu connu en dehors de la sphère germanique, il est mort jeune en 1968, mais il a laissé nombre de très beaux enregistrements, à commencer par le premier Ring en stéréo, récemment réédité par Testament. J’ai, pour ma part, découvert Der Freischütz de Weber par la version, pour moi insurpassée, de Keilberth (EMI) avec, entre autres, la voix céleste d’Elisabeth Grümmer. Mais on trouve encore de belles symphonies de Beethoven, des Reger, des Brahms, sous la baguette de cet excellent chef. Notamment avec l’Orchestre de Bamberg, constitué après guerre de nombre de musiciens de l’Est, tchèques en particulier, qui voulaient échapper au joug communiste.
Ancerl est plus connu, comme Mravinski en Russie, il incarne LE chef tchèque, et une sorte d’âge d’or de la Philharmonie tchèque qu’il dirigea de 1950 à 1968. Aucun de ses enregistrements n’est négligeable et très souvent demeure une référence (Concerto pour orchestre de Bartok, Le Sacre du printemps et Petrouchka de Stravinsky, les symphonies de Martinu, bien sûr tous les Dvorak, de sublimes Janacek, mais aussi Beethoven, Brahms et d’extraordinaires Mahler).
La vie de Karel Ancerl est une tragédie: deux fois il sera martyrisé pour le simple fait d’être un artiste qui refuse la compromission politique. En 1942, il est interné dans le camp “modèle” de Terezin, il en revient affaibli et gravement malade, sans sa femme et sa fille déportées et gazées à Auschwitz, en 1968, il réprouve l’étouffement du “printemps de Prague” et l’invasion des troupes soviétiques. Il fuit son pays, son orchestre, alors qu’il est une star. Il se réfugie à Paris; on l’invite à diriger à Amsterdam, mais alors que l’Orchestre de Paris, tout juste fondé (en 1967) perd son premier chef, Charles Munch, décédé brutalement le 6 novembre 1968 lors d’une tournée aux Etats-Unis, des esprits inspirés conseillent aux autorités françaises de faire appel à Karel Ancerl. Réponse: “pas assez connu”…..!!! (C’est Karajan qui, au prix d’un cachet faramineux, acceptera durant deux saisons le poste de “conseiller musical” de l’Orchestre de Paris). Ancerl s’exile une deuxième fois, et trouvera à Toronto au Canada son dernier port d’attache. Il y meurt d’un cancer en 1973.
Livres d’amis
Tuesday, March 18th, 2008Actes Sud en collaboration avec Classica publie une jolie collection de monographies de compositeurs, en forme de livres de poche dépassant rarement les 200 pages. Une vingtaine de titres parus à ce jour (et la réédition bienvenue du Haendel de Romain Rolland). Rien à voir avec les pavés imposants de Marc Vignal sur Haydn ou de Brigitte Massin sur Mozart parus chez Fayard. Plutôt des essais, une approche plus sensible, subjective, qu’exhaustive ou “musicologique” des compositeurs abordés.
Trois parutions récentes à signaler, dues à mes amis Renaud Machart et Philippe Cassard. Du premier un “John Adams” paru en 2007 et un tout récent “Leonard Bernstein”, du second un “Franz Schubert”.
Le critique musical du Monde est redouté, voire détesté par l’establishment musical parisien; il a le tort de ne pas avoir sa plume dans sa poche, et de ne jamais résister à une flèche, une pique, un trait qui font mouche. On ne retient de lui que ses papiers assassins, on oublie ses articles enthousiastes. Et, à la différence de nombre de ses confrères, il connaît la musique, pour l’avoir pratiquée longtemps. Et puis d’un ami, on ne prend pas que les bons quartiers, on l’accepte qualités et défauts compris ! Renaud Machart a, depuis très longtemps, une passion, une tendresse pour l’Amérique, New York en particulier. On lui doit la traduction du Journal parisien du compositeur, toujours vivant, Ned Rorem, complètement oublié de ce côté-ci de l’Atlantique. Ses monographies de Bernstein et Adams sont écrites d’une plume légère, alerte et bien tournée, parfois anecdotique à l’excès. Machart un auteur “bobo”? Peut-être…
Quant à Philippe Cassard, il est le pianiste raffiné et surtout très cultivé, que l’on aime et comme la France aime en produire. Je le connais depuis plus de vingt ans, et ses affinités avec Schubert sont une permanence de son art. Son tout premier disque, si je ne me trompe, était d’ailleurs consacré au compositeur viennois. Sans trahir un secret d’Etat, je peux déjà dire que Cassard/Schubert seront au programme de la prochaine saison de l’OPL. En attendant, qu’on lise son “Schubert” qu’il présente comme un “petit lexique amoureux”.
Grosses claques et petites manoeuvres
Monday, March 17th, 2008D’abord un coup de chapeau à mon ami Jean-Pierre Abelin qui réalise l’exploit de reprendre la Mairie de Châtellerault que sa mère (qui avait elle-même succédé à son père mort brutalement en 1977) avait dû “céder” à Edith Cresson en 1983. Amical salut aussi à Philippe Meyer qui, malgré son bon score, n’a pu éviter que Jean Tibéri ne conserve de quelques voix la mairie du 5e arrondissement de Paris.
Mais bonnet d’âne à Thonon, où pour la troisième fois depuis 1995, le maire sortant n’est réélu qu’avec un tiers des voix, les deux listes concurrentes incapables de s’allier arrivant dans un mouchoir. Super bonnet d’âne à l’impayable J.M.Cavada qui réussit à faire le plus mauvais score jamais réalisé par la droite dans le 12e arrondissement de Paris; il en a fallu du temps aux dirigeants politiques du MoDem comme de l’UMP pour se rendre compte de la vacuité, de la vanité, de l’arrogance, et surtout du manque de “fiabilité” de ce personnage qui, naguère, n’avait pas hésité à écrire à J.P.Raffarin, premier ministre, pour l’ enjoindre de le nommer ministre. Il avait fait la même demande à l’actuel président !!
Bonnet d’âne aussi à François Bayrou, qui manque Pau de peu, dont la stratégie depuis ses 18,6% à la présidentielle, est devenue illisible, marécageuse.
Quant à la gauche, sa victoire est incontestable, éclatante, surtout dans des fiefs traditionnellement conservateurs.
Mais que va devenir le PS? Les couteaux sont déjà sortis. Sitôt comptabilisés les succès municipaux et départementaux, la lutte va reprendre de plus belle pour le leadership du parti, et la stratégie, et le projet. Parce que les divergences n’ont jamais été aussi fortes entre Royal, Delanoé, Aubry, Valls, Hollande etc.
Culture et apparences
Sunday, March 16th, 2008MM. Luc Ferry et Jack Lang, ci-devant ministres de l’éducation nationale (avec les résultats que l’on sait!) font l’alliance de la carpe et du lapin pour dénoncer l’indigence des nouveaux programmes mis en place par leur successeur (et ami?) Xavier Darcos. La belle affaire ! Apprendre à lire, écrire et compter, est-ce si grave que cela?
Lorsqu’on retrouve les jeunes à l’autre bout des études, en fac ou en école supérieure - lorsqu’ils y sont parvenus ! - on rencontre des têtes souvent bien pleines d’un tas de savoirs, mais bien faites? cultivées?
Le mot est lâché: la culture fait-elle partie de l’éducation?
Soyons clairs, je n’entends pas la culture comme l’accumulation de connaissances dont on fait ensuite étalage pour épater la galerie (c’est bien connu “la culture, c’est comme la confiture, moins on en a….”). Je ne la conçois pas non plus comme le bourrage de jeunes crânes auxquels on voudrait faire ingurgiter le maximum, et qui, dégoûtés de ce gavage, se détournent, leur vie durant, de matières culturelles qu’ils ont fini par détester (j’en parle d’expérience !).
On ne peut contraindre personne, encore moins des enfants, à se cultiver, on peut, en revanche, donner envie de culture, susciter le désir de lire, d’écouter (voire d’apprendre) de la musique, de regarder de la peinture, etc.
Donner envie, montrer tous les chemins à explorer, éveiller l’imaginaire, plutôt qu’inculquer et contraindre.
Rappeler aussi à tous ceux qui pensent que la culture est une perte de temps, ou n’est pas indispensable pour se préparer à la vie professionnelle et sociale, un gadget en somme, que, dans les procédures de recrutement, c’est aujourd’hui devenu un discriminant essentiel. A formations, expériences ou parcours professionnels comparables, on donnera toujours la préférence à celui ou celle qui possède un bagage culturel.
Revoir à ce sujet l’excellent premier film d’Abdellatif Kechiche (qui vient de remporter trois Césars pour La graine et le mulet), sorti en 2004, L’Esquive, qui met en scène des jeunes de banlieue… répétant Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, et qui accessoirement (?) a permis à plusieurs de ces jeunes paumés et désoeuvrés de découvrir le théâtre, le cinéma…et le métier de comédien. Comme Osman Elkharraz (qui joue le petit Krimo) ou Sabrina Ouazami ou beaucoup d’autres, formidables !
L’avenir de la télévision publique
Saturday, March 15th, 2008On n’est pas surpris de la clairvoyance et de la pertinence de l’analyse et des propositions. Et je trouve très sain qu’au lieu de s’abriter derrière une sorte de neutralité ou de “devoir de réserve”, le président de l’instance de régulation de l’audiovisuel prenne parti et rappelle les exigences du service public.
J’ajouterai, pour ma part, trois observations complémentaires.
Pour pouvoir répondre à ses missions, l’audiovisuel public (radio comme télévision) doit impérativement être géré comme une entreprise moderne, efficace, allégée des innombrables poids morts qui hantent encore bureaux, placards et studios. L’organigramme de ces établissements publics ressemble encore trop à une armée mexicaine. Il y aura sûrement des décisions impopulaires à prendre et à assumer
Parce que pour produire mieux, et notamment des émissions à vocation culturelle, pédagogique ou documentaire, il faut que les moyens financiers et humains soient recentrés sur le coeur de la mission de la télé et de la radio publique: la haute qualité des programmes.
Enfin il faut cesser de penser que la culture en “prime time” fait fuir les téléspectateurs. Le divertissement de qualité, c’est-à-dire accessible aux plus larges publics, fait aussi de l’audience! Pour ne prendre que des exemples récents sur France 2, les deux pièces de théâtre diffusées un samedi à 20h50, ont fait un carton, la série des Maupassant programmée le mardi soir est un véritable succès.
Reste encore un vrai effort à faire en matière de musique: je n’aurai pas des mots aussi durs que Jacques Drillon dans Le Nouvel Observateur pour parler de la dernière soirée des Victoires de la musique classique, dont je n’ai vu que la fin, mais ce n’est pas exactement cela qu’on attend de la télé publique. Pas non plus la retransmission, telle quelle, de concerts ou d’opéras. Non des émissions construites, élaborées, autour d’une oeuvre, d’un compositeur, d’un interprète. Est-on incapable aujourd’hui de concevoir, de produire des soirées comme Le Grand Echiquier de Jacques Chancel? C’était un autre temps, me dira-t-on, il n’y avait que deux ou trois chaînes publiques. Et alors? les téléspectateurs se forçaient-ils à rester assis devant leur poste à regarder et écouter Menuhin, Rubinstein, Karajan, Brassens, Rostropovitch, Devos, et tant d’autres, en direct?
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