Je ne signerai pas cette pétition. Pour plusieurs raisons :
1. Déontologiquement, ni moi ni d’ailleurs aucun collaborateur de l’orchestre ne peut, ès qualités, engager l’entreprise, et si je signais un tel document de nature politique, on pourrait penser que c’est l’OPL in corpore qui signe. Impossible !
2. Si je peux comprendre l’enthousiasme que mettent certains à propager l’idée, je pense que c’est le type même de la fausse bonne idée, qui présente beaucoup plus de risques que d’avantages.
Un petit rappel historique: le 22 novembre 2002, jour de la Sainte-Cécile, patronne des musiciens, toutes les associations musicales de la Communauté, des plus modestes aux plus importantes (comme l’Opéra royal de Wallonie ou l’orchestre) s’étaient donné rendez-vous à l’Hôtel de Ville de Mons. Le choix du lieu et de la date n’était pas anodin: le bourgmestre de Mons étant le patron du PS, Elio di Rupo, le ministre des Arts et Lettres de l’époque, le libéral Richard Miller, étant aussi élu de Mons. Qu’étions-nous venus dire? Que nous voulions du respect et de la considération de la part des politiques, que nous ne voulions plus que la Culture soit éclatée entre plusieurs ministères et qu’on cesse d’opposer sans cesse les villes et les provinces entre elles. Car le grand jeu consistait à l’époque à pointer du doigt Liège qui, à cause (!) de l’Opéra et de l’Orchestre, consommait une grande part des subventions communautaires… Je me souviens du cri du coeur de mon ami J.L. Grinda, alors directeur de l’Opéra: “Assez de querelles sous-régionalistes” !
Pourquoi rappeler cet épisode ici? Parce que certains des promoteurs de l’idée de Liège capitale culturelle 2015 tombent exactement dans le même panneau. C’est en 2004 que le gouvernement de la Communauté a décidé de présenter la candidature de Mons pour être la capitale culturelle de l’Europe en 2015. On n’a entendu personne critiquer cette position !
On ne m’ôtera pas de l’idée que l’initiative liégeoise, quatre ans après, n’est pas dénuée d’arrière-pensées qui n’ont strictement rien de culturel.
L’intérêt de tous ceux qui soutiennent la vitalité culturelle de la Cité ardente est de soutenir… le projet Mons capitale culturelle 2015. Parce que c’est le seul qui a une chance d’être retenu (nous ne sommes pas les seuls en compétition !), parce que, face à la résurgence de la candidature de Mechelen/Malines, la division entre Wallons risque de se payer cher. Parce qu’enfin tout le monde sera impliqué dans l’aventure Mons 2015, et que les grandes entreprises culturelles communautaires (comme l’Opéra royal de Wallonie, l’Orchestre philharmonique ou le Théâtre de la Place) qui ont leur siège à Liège seront inévitablement des partenaires de poids et de choix du projet
En l’occurence, la fierté principautaire qui anime traditionnellement les Liégeois me semble contre-productive.
Ajouterai-je, enfin, que Liège a d’énormes chantiers culturels à mener à bien, que les moyens pour ce faire ne sont pas extensibles, ni même garantis, et que l’engagement, à retardement, dans un projet de type “capitale culturelle” , se ferait au détriment de réalisations aussi lourdes que: la rénovation complète de l’Opéra, l’installation du Théâtre de la Place à l’Emulation, l’ouverture du Grand Curtius, l’inauguration de la gare Calatrava et le projet de nouveau musée à La Boverie… Entre nous, Liège n’a pas besoin d’une pétition… pour être reconnue comme une capitale culturelle !


Bonsoir,
Vous faites référence à une décision de la Communauté française, mais celle-ci n’a nulle compétence pour statuer sur la désignation de la capitale européenne de la culture, décision qui dépend d’un comité de sélection européen. Plus : si la décision de la CF a pour conséquence d’empêcher toute autre ville de se présenter, cette décision est tout simplement illégale. Il existe en effet une procédure, laquelle est tant qu’à présent totalement passée sous le boisseau, au profit de discussions d’alcôves et de petits arrangements dont il est bien compliqué sinon impossible de connaître les termes. Est-ce là la manière dont nous voulons gérer les affaires publiques ?
Vous dites aussi que Mons est la seule ville qui a des chances d’être retenue… Sur quoi vous basez-vous pour dire cela ? Si Liège a autant d’atouts que vous dites, pourquoi ne pourrait-elle pas monter un dossier convaincant ? Il reste au minimum dix mois (délai légal courant à partir de l’appel à candidatures qui n’a pas encore eu lieu), plus probablement quinze, pour ce faire.
Quant aux “arrières-pensées qui n’ont strictement rien de culturel”, il serait heureux que vous précisiez votre pensée et que vous étayiez votre propos de quelques éléments tangibles. Pour être des deux promoteurs de l’appel liege2015.eu, je pense en effet que vous vous trompez et que de telles accusations gratuites sont regrettables.
Dernière chose : beaucoup de monde sera d’accord pour refuser le sous-régionalisme. Mais, pour polémiquer un peu, qu’est-ce que la candidature de Mons sinon du sous-régionalisme ? Le lieu de centralité en Wallonie, c’est Liège. L’argument selon lequel Liège devrait éviter d’entrer en concurrence avec Mons au motif que les principales institutions culturelles sont… à Liège est en outre plus que curieux, franchement bizarre.
Bien à vous,
François Schreuer
Je m’attendais à votre réaction, et je ne vous reproche nullement d’avoir lancé cette initiative, qui ne peut que susciter la sympathie.
Juridiquement, je n’ignore pas, en effet, que la décision de désigner telle ville d’Europé “capitale européenne de la culture” revient à… l’Europe, et que tant que la décision n’est pas prise, toute ville qui s’estime en avoir les capacités, peut se porter candidate.
Ensuite - et on est parfaitement libre de ne pas partager mon raisonnement - je pense que la candidature éventuelle de Liège réduirait, voire anéantirait, les chances d’une ville belge d’être désignée pour 2015. Parce que je n’entends évidemment pas - relire attentivement mon billet - que Mons soit la seule à organiser l’événement ni à profiter de ses retombées. Si Mons est choisie comme “capitale culturelle” en 2015 c’est toute la Wallonie, et même toute la Belgique qui doit en bénéficier.
Autre question - à laquelle vous ne répondez pas! - pourquoi lancer maintenant, en 2008, une inititative concurrente, alors que Mons, et le gouvernement de la COmmunauté (bicolore à l’époque !) a annoncé la couleur dès 2004 ? Je ne vous dénie pas la noblesse de vos intentions, mais il est certain que les motivations de plusieurs de vos soutiens sont moins honorables. Certains se cachent à peine de vouloir embêter le bourgmestre de Mons, ou éprouver l’autorité qu’on dit chancelante du président du PS. Je vous concède que ce n’est pas très reluisant, mais je n’invente rien !
Pour moi “Mons capitale culturelle européenne” n’a de sens que si c’est l’affaire de toute la Wallonie, et que si le projet est porté par tous les acteurs culturels de la Communauté. Et je ne peux pas être suspecté de ne pas aimer Liège au moins autant que les promoteurs et signataires de la pétition!
Je viens de supprimer un commentaire “anonyme” à ce billet. Le débat sur “Liège capitale culturelle” est suffisamment important, pour qu’on ait le courage de signer ses opinions. De manière générale, si on s’exprime sur un blog - c’est fait pour ! - c’est pour émettre une idée, une critique, une opinion qui font progresser le débat démocratique. A visage découvert !
Bonsoir,
Si vous me le permettez, j’aimerais éclaircir l’un ou l’autre point de procédure juridique. Une éventuelle candidature de Liège n’hypothéquerait en rien les chances d’une ville belge d’accéder au titre de capitale européenne de la culture en 2015.
En effet, une ville belge et une ville tchèque seront désignées en 2015, selon un calendrier pré-établi par les instances européennes. Or, après Anvers en 1993, Bruxelles en 2000 et Bruges en 2002, la logique d’alternance veut qu’une ville wallonne soit désignée cette fois. Yves Leterme s’est prononcé en ce sens.
< http://www.lesoir.be/culture/la_une/reperes-2008-05-15-598394.shtml >
En outre, si un accord a bel et bien été adopté en 2004, il n’est toutefois plus d’actualité actuellement. Il faut à cet égard prendre en considération une décision du Parlement européen de 2006 selon laquelle seul un jury international a compétence pour désigner le lauréat, à l’exclusion de toute juridiction gouvernementale. En clair, les gouvernements doivent formellement s’abstenir de soutenir une ville ou un projet en particulier.
Si je puis intervenir sur ce point avec une opinion personnelle, la lecture que d’aucuns donnent de cette pétition en termes d’agression du PS ou de son président me semble être l’exact pendant, l’autre face ou, si vous préférez, le revers caché de la médaille qui consiste à prôner le respect de la procédure européenne.
Comme les promoteurs de l’appel public l’ont déjà exprimé à de nombreuses reprises, le but poursuivi n’est pas de s’inscrire contre qui que ce soit, mais bien de promouvoir la ville de Liège, son milieu culturel et sa candidature au titre de capitale européenne de la culture.
En vous remerciant pour votre attention,
François Thoreau
http://www.periscope.be
Pourquoi ne pas avoir lancé notre appel plus tôt ? Plusieurs réponses.
Tout d’abord, ainsi que l’indique François Thoreau, la procédure de sélection a été modifiée par le parlement européen en 2006. C’est seulement à partir de ce moment qu’une procédure ouverte a été imposée, qui interdit aux Etats de prendre une décision unilatérale en faveur d’une ville, et dans laquelle l’accent est mis sur la participation citoyenne. Cette modification de la procédure invalide les décisions gouvernementales précédentes (et notamment celle de 2004).
Ensuite, nous avons le sentiment qu’une fenêtre d’opportunité pour Liège s’est ouverte avec la conjonction d’une série d’éléments : le fait qu’un consensus semble établi sur la nécessité d’une communauté urbaine liégeoise (indispensable à mon sens à porter une candidature), le fait que la dette historique de la ville a enfin été reprise et que Liège retrouve en conséquences quelques marges de manoeuvres (et l’attribution de fonds FEDER importants à Liège va dans ce sens également), le fait que beaucoup de projets urbains et/ou culturels sont en train d’arriver à maturité et pourraient être achevés en 2015: gare et esplanade des Guillemins, première ligne de tram, cinéma Sauvenière, Master Plan de Seraing, Mnéma,… et beaucoup d’autres.
Concernant une candidature montoise “profitant à toute la Wallonie”, je n’ai pas le sentiment qu’il y ait là autre chose qu’un argument rhétorique (130 km séparent Liège de Mons, deux villes qui appartiennent à des sphères géographiques différentes) ou l’expression du volontarisme exacerbé qui caractérise parfois les décideurs de cette région quand il s’agit de la constition d’un espace symbolique (la Wallonie). Par conséquent, je pense qu’il est souhaitable que Mons et Liège (et éventuellement d’autres) présentent chacune un projet. Pour autant, je tiens à souligner que je ne plaide en aucune manière (et j’ai eu plusieurs occasions de le répéter ces derniers jours) pour qu’une candidature liégeoise éventuellement victorieuse prive le Borinage des investissements qui lui ont été promis. À mes yeux, l’enjeu de la candidature liégeoise est d’ailleurs assez différent de celui de la candidature montoise : dans le cas de cette dernière, la candidature est l’occasion de doter la ville d’une série d’équipements qui lui font défaut. À Liège, la question serait plutôt de mieux utiliser des outils déjà existants, de faire connaître un potentiel fabuleux parfois mal mis en valeur.
Concernant enfin l’instrumentalisation que vous redoutez de notre appel à des fins partisanes, je vous répondrai simplement que je me refuse à assimiler la discussion sur les enjeux politiques au combat de quelques personnalités politiques en vue. Qu’à réfléchir de cette manière, on est vite conduit à ne plus réfléchir autrement (car bien sûr, quoi qu’on fasse qui ait un peu d’audience, certains en prendront ombrage et d’autres en tireront avantage, et c’est bien naturel). J’ose espérer - ce qui n’est malheureusement pas évident au vu des commentaires que cette affaire suscite - que “Mons 2015″ ne se réduit pas à être la chose de M. Di Rupo et constitue au contraire un projet largement porté par le monde culturel montois et au-delà.
Pour le reste, je me permets de vous renvoyer à la conférence de presse que nous avons tenue vendredi dernier.
Cordialement,
François Schreuer
Cher Jean-Pierre,
Toutes les opinions sont bonnes au débat démocratique et je respecte tes convictions même si je ne les partage pas.
Mais lorsque que tu vois des calculs machiavéliques contre le président du PS, ton attitude ne pourrait-elle pas incliner à penser qu’en tant que directeur de l’OPL, tu as des intérêts à ne pas décevoir le prince. Les subsides sont si durs à recevoir !
Mais si tu le permets, je te reprocherai amicalement de n’avoir pas observé une réserve à laquelle le président de la chambre française de Liège qu tu es,aurait dû observer. En effet, l’intérêt économique de ses membres est fortement influencé par l’image et la réussite de Liège.
Et cela, tu vois c’est le regret que ton ancien secrétaire général, profondémment attaché à son terroir, te reproche.
Amitiés
René G. Thirion
Cher René, ta réaction me surprend… mais ne m’étonne pas! Il me semble que tu as toi-même, dans un mail que j’ai reçu, appelé à signer la pétition. Tu me demandes, comme président de la Chanbre française, “d’observer une réserve”. C’est bien ce que je fais en disant pourquoi je ne signe pas la pétition en question ! Sauf si le Conseil d’administration de la CFCILL (qui couvre aussi la province de Luxembourg!) prenait une position contraire, je me tiendrai à ce “devoir de réserve”.
Quant aux “calculs machiavéliques contre le président du PS” et à une supposée corrélation avec les subsides perçus par l’OPL, je trouve, permets-moi de te le dire franchement, l’insinuation déplacée, voire insultante. Depuis que je suis à la tête de l’OPL, j’ai toujours farouchement défendu l’indépendance de cette magnifique entreprise culturelle. Je n’ai jamais pris aucune position politique (je ne suis d’ailleurs pas électeur en Belgique….). Je traite les dossiers de l’OPL avec les pouvoirs en place: c’est un ministre communautaire libéral qui a signé l’actuel contrat-programme de l’orchestre, c’est très vraisemblablement un(e) ministre socialiste qui signera le prochain. Et pardon de rappeler que l’engagement des pouvoirs publics (Communauté, Ville, Province) en faveur de l’Orchestre ne dépend ni des prises de position du directeur général ni des soubresauts politiques du moment.
Heureusement !
Mais je répondrai plus en détail aux précédents “commentaires” et je complèterai ma prise de position, pour me faire mieux comprendre. Au risque du paradoxe !
Cher Jean-Pierre,
Si je t’ai blessé, je tiens à m’en excuser.
Tu as eu, en la circonstance, la démonstration de ce que le détournement des motifs d’une action honorable par des sous-entendus de connivences politiques cachées est désagréable pour tous, même pour les défenseurs sincères de Liège 2015.
Peux-être ta pensée a-t-elle été au-delà de tes convictions ?
Quand à moi, je n’ai plus à observer un devoir de réserve, n’étant plus secrétaire de la CFCILL.
Ce dont je me réjouis. Cela m’a permis de retrouver ma liberté de pensée et d’action.
Toujours aussi amicalement
René G. Thirion
http://www.liege-france.be
Cher M. Rousseau,
Faisons fi du procès d’intention! Et concluons sur votre mode…
“L’intérêt de tous ceux qui soutiennent la vitalité culturelle montoise est de soutenir… le projet Liège capitale culturelle 2015. Parce que c’est le seul qui a une chance d’être retenu (nous ne sommes pas les seuls en compétition !), parce que, face à la résurgence de la candidature de Mechelen/Malines, la division entre Wallons risque de se payer cher. Parce qu’enfin tout le monde sera impliqué dans l’aventure Liège 2015, et que les grandes entreprises culturelles communautaires qui ont leur siège à Mons seront inévitablement des partenaires de poids et de choix du projet”.
Ricardo Gutiérrez