Archive for May, 2008

Les raisons d’un choix

Wednesday, May 21st, 2008
Le 15 janvier 2007, j’écrivais ici sur ce blog :
“Vendredi soir d’abord à Liège, concert de Nouvel An, avec un programme volontairement hétéroclite et des clins d’oeil à plusieurs pays européens, en cette année marquant les 50 ans de la signature du Traité de Rome et l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l’union. Un jeune chef, François-Xavier Roth, qui nous avait été conseillé par Pascal Rophé. Excellent choix: il s’est parfaitement sorti des pièges d’un programme en apparence “facile”, en réalité très difficile pour les musiciens. Triomphe dans la Salle Philharmonique de Liège, et le lendemain à Lille.”

J’ignorais bien évidemment alors que je serais amené, quelques mois plus tard, à  choisir François-Xavier Roth comme directeur musical de l’OPL. Mais je me rappelle très bien ces concerts de janvier 2007, et en particulier l’interprétation de la valse Wiener Blut de Johann Strauss. Chacun sait qu’une valse viennoise est ce qu’il y a de plus difficile à réaliser pour un orchestre non “natif”. Ecoutant cette valse par l’OPL et F.X.Roth, j’étais à Vienne…

Bien entendu, j’ai entendu F.X. Roth en maintes occasions depuis, et ce qui m’a séduit chez lui - et qui séduira, j’en suis convaincu, les musiciens et le public de l’OPL - c’est sa gourmandise de tous les répertoires, sans tabou, sans exclusive, et surtout son talent, son aptitude à passer de Rameau à Dusapin ou de Monteverdi à Mantovani. J’ai maintes fois dit et écrit qu’un orchestre symphonique ne doit se priver d’aucun répertoire, et, sous réserve naturellement d’adapter son jeu, ses effectifs, son instrumentarium, doit pouvoir jouer aussi bien Bach que Stockhausen. F.X. Roth a cette capacité, et cette envie.

J’ajoute - parce que cela a pesé dans ma décision - que le futur directeur musical est pleinement de son temps, qu’il partage avec nous l’obsession de toucher tous les publics, par tous les moyens qu’offrent les techniques modernes de communication (internet, la télévision, le téléchargement, etc.), que son sens de la pédagogie sera extrêmement précieux pour atteindre les objectifs que nous nous fixons pour les années à venir.

Les auditeurs liégeois et montois auront le privilège d’écouter F.X.Roth et l’OPL dès novembre prochain dans un programme très viennois (5e symphonie de Schubert, Till Eulenspiegel de R.Strauss, et les Lieder sur des poèmes de…Maeterlinck de Zemlinsky, avec une soliste choisie, il y a plusieurs mois déjà, par le chef; et qui est aujourd’hui sous les feux de l’actualité, la mezzo-soprano Isabelle Druet, finaliste de l’actuel Concours Reine Elisabeth !)

http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=422541

François-Xavier Roth nommé à l’OPL

Tuesday, May 20th, 2008
Le suspense est terminé. Le Conseil d’administration réuni ce lundi soir a accepté la proposition que je lui ai faite de nommer François-Xavier Roth comme Directeur musical de l’OPL à compter du 1er septembre 2009. Les musiciens, les collaborateurs de l’orchestre ont pu faire sa connaissance ce midi, la rencontre avec les journalistes a suivi… et grâce (!) à la grève des trains en Belgique, les participants à la séance d’Ecouter la musique ce mardi soir auront la chance de rencontrer aussi François-Xavier Roth.

Pour plus d’informations : www.opl.be ou www.francoisxavierroth.com

Des livres de musique

Monday, May 19th, 2008
Gabriel Fauré : Les voies de clair-obscurDictionnaire de musique : Fac-similé de l'édition de 1768 augmenté des planches sur la lutherie tirées de l'Encyclopédie de Diderot

Brève visite ce dimanche chez mon libraire parisien, et, comme toujours, trop de tentations. Tous ces livres qu’on voudrait acheter…et qu’on n’aura jamais le temps de lire.
Au rayon “musique”, le plaisir de découvrir le dernier opus de Jean-Michel Nectoux, l’oeuvre de sa vie si l’on ose, son Fauré qui vient de paraître chez Fayard. On disposait déjà de l’excellent petit ouvrage paru dans les années 90 dans la collection “Solfèges” du Seuil. Mais cette fois, c’est le pavé de référence. Le préambule de J.M.Nectoux révèle à la fois l’ambition et la modestie de l’auteur; il dit sans détour que sa première tendresse était pour Ravel, mais que, face à Yankélévitch et Roland-Manuel, la compétition était inégale. Et avoue qu’avant de devenir LE spécialiste incontesté de Fauré, il n’appréciait que modérément le parfum de désuétude qui entourait ce compositeur, longtemps considéré comme secondaire.
On va déguster comme un bon vin l’ouvrage de Nectoux, dont l’érudition n’est jamais pédante.

Quant au Dictionnaire de la Musique de mon illustre homonyme, il s’agit de la réédition en fac similé de l’édition de 1768, augmentée des planches sur la lutherie tirées de l’Encyclopédie de Diderot. Pas vraiment un ouvrage pratique, mais émouvant à feuilleter.

On lira avec intérêt la notice consacrée à Rousseau musicien par la musicologue Jacqueline Weber:
http://www.espace-rousseau.ch/pdf/rousseau_musicien_f.pdf

Bonnes tables

Sunday, May 18th, 2008
Cela fait longtemps que je n’ai pas consacré de “billet” à l’un des aspects essentiels de notre existence : le bien manger. En ce dimanche changeant de printemps, un petit récapitulatif, sans ordre précis, des confirmations et découvertes de ces derniers mois.

A Liège, je garde intactes mes références (Saintes Chéries, Jardin des Bégards, Menta e rosmarino, Héliport, etc.) plus quelques autres à Tilff ou Flémalle. Mais j’ai fait découvrir à Louis Langrée une adresse qui confirme, à chaque passage, une réputation d’excellence et de qualité de service Sotto piano rue Louvrex. Dominante italienne évidente, originalité et fraîcheur toujours au rendez-vous (une daurade en croûte de sel parfaite ).

A Paris, un phénomène pourrait inquiéter les amateurs de gastronomie traditionnelle, le rachat par de grands groupes (Flo, Bertrand, les Frères Blanc) de presque toutes les grandes brasseries qui ont fait la légende de Paris. Je pense à La Lorraine près de Pleyel place des Ternes ou Les Grandes Marches à côté de l’Opéra Bastille. Je trouve, au contraire, que ces établissements préservent, dans un cadre certes modernisé, ce qui a fait leur réputation, sans rechercher à tout prix la touche mode. Mais pour le plaisir de revoir des amis et un restaurant qui n’a jamais varié - dans la qualité de l’accueil, du service, l’originalité de la carte et la modestie des prix ! - depuis son ouverture au début des années 1990, l’incontournable Dos de la Baleine, rue des Blancs-Manteaux.

A Budapest, il y a encore un peu de travail pour sortir des clichés goulash-paprika et d’une cuisine pas très aventureuse. Un bon point, depuis que des équipes de vignerons français ont entrepris, au début des années 1990, de réhabiliter le vignoble du Tokay (“le vin des rois, le roi des vins”), on peut enfin déguster d’excellents vins doux, qui ne vous torturent pas les papilles et l’estomac. Par exemple sur un foie gras, autre spécialité hongroise. Je conseille le restaurant, vraiment fameux, de l’hôtel Méridien, sur Erszebet ter. Autre bonne adresse, non loin de l’Opéra de Budapest, sur l’avenue Andrassy, le Goa, au look très branché, cuisine métissée mais de première fraîcheur. En revanche, éviter, sauf pour boire un verre, tous les restaurants qui s’étalent sur la rue Franz Liszt (on se croirait dans la rue des Bouchers à Bruxelles) et qui semblent rivaliser de médiocrité.

La musique “aimable”

Saturday, May 17th, 2008
Le numéro de juin (!) de la revue Gramophone fait sa couverture sur les “grands compositeurs d’aujourd’hui”, avec ce sous-titre : How they made contemporary music lovable again. Suivent les noms et les portraits en pied de John Tavener, Philip Glass, Steve Reich, Arvo Pärt, John Corigliano, Thomas Ades, Jennifer Hugdon et Osvaldo Golijov. Le parti-pris est évident, la provocation au rendez-vous. Pas sûr que ces compositeurs se reconnaissent eux-mêmes comme auteurs de musique “aimable” (lovable). Et pourquoi aucun Allemand, aucun Français?

Evidemment, pour une revue aussi sérieuse que Gramophone, l’intérêt est de susciter, voire relancer le débat sur le niveau “d’acceptation” de la musique contemporaine.

La question est déjà, à mon sens, dépassée. Toute une génération de compositeurs, les moins de cinquante ans souvent, se moque comme d’une guigne des dogmes érigés (parfois à leur corps défendant) par leurs aînés, tout en reconnaissant le tribut qu’elle doit aux Boulez, Stockhausen, Berio ou Ligeti. Ces compositeurs écrivent la musique qu’ils portent, et veulent être entendus/compris du public. On pense évidemment à Dusapin, Mantovani, Rihm, Benjamin, Lindberg et tant d’autres qui ont le souci, donc le respect, de l’auditeur. Est-ce à dire qu’ils se compromettent à rendre leur musique “lovable”?

On a encore eu la preuve, la semaine passée, à Liège, de la pertinence d’une oeuvre comme le concerto pour clarinette de Lindberg. La question n’est vraiment pas/plus de savoir si cette musique est “aimable”. Elle est tout simplement admirable, et le public ne s’y trompe pas. Quand Louis Langrée donna, il y a deux ou trois ans, en direct à la télévision, Harmonielehre de John Adams, personne ne s’est demandé s’il s’agissait d’une musique facile, aimable. La force intrinsèque de l’oeuvre, la puissance créatrice qui s’y dévoile, sont évidentes.

Aujourd’hui, comme hier, le génie, à tout le moins le talent, d’un compositeur rencontre toujours les attentes du public.

Click to find out more about Gramophone Magazine

Pronostics

Friday, May 16th, 2008

La nouvelle a été annoncée aux musiciens et aux collaborateurs de l’orchestre fin avril, quelques medias s’en sont, depuis, fait l’écho : l’actuel directeur musical de l’OPL, Pascal Rophé, en poste jusqu’en août 2009, ne “rempilera” pas au terme de son mandat. Il restera associé à l’orchestre. Chacun est libre d’analyser cette décision comme il le souhaite. Et je ne vais pas ici rendre publiques les discussions que nous avons eues, Pascal et moi, avant de prendre ensemble cette décision.

Un mot pour rappeler aux “profanes” comment se font le choix et la nomination du directeur musical d’un orchestre. Dans quelques cas, assez rares (comme à Berlin), ce sont les musiciens qui élisent leur chef; dans d’autres, ils sont complètement tenus à l’écart (ce qui peut conduire à des situations ubuesques, comme la vraie-fausse nomination du directeur musical de La Monnaie de Bruxelles). Dans bien d’autres cas, le processus est assez opaque et fait intervenir beaucoup de monde, responsables politiques, ministériels, locaux, etc. Et il y a fort à parier que des “pressions” s’exercent en tous sens.

A Liège, dans un pays où pourtant on croit que tout se joue sur les accointances politiques et qu’aucune nomination importante n’échappe à la puissance des partis, je peux attester qu’aucune pression d’aucune sorte n’a jamais joué dans le choix et la nomination des directeurs musicaux de l’orchestre…depuis 1999, date de ma nomination comme directeur général.

Je mesure le poids de la responsabilité qui m’incombe - et qui m’a été confiée par le Conseil d’administration de l’OPL - de devoir choisir le directeur musical. Je ne regrette pas, bien loin s’en faut, d’avoir demandé à Louis Langrée (pendant 5 ans) puis à Pascal Rophé, d’occuper cette fonction, capitale pour un orchestre en pleine évolution.
Avant de prendre ces décisions, j’ai naturellement écouté les avis des uns et des autres, consulté, pris des conseils, mais je n’ai jamais subi aucune pression. Le Conseil d’administration qui est, seul, habilité à nommer aux postes de direction de l’orchestre, a toujours suivi mes recommandations et m’a donc fait confiance pour ce choix.

Dans quelques jours, nous annoncerons le nom du successeur de Pascal Rophé. Les pronostics vont bon train, j’entends des noms circuler, on s’accroche à toutes sortes d’indices (j’ai simplement dit aux musiciens que leur futur directeur musical avait déjà dirigé l’orchestre…), on se perd en conjectures. Le suspense ne durera pas longtemps. Ce que je peux assurer, c’est qu’une fois de plus - la troisième ! - j’ai eu à coeur de choisir une personnalité forte, un grand talent, qui s’accorde à la personnalité de l’orchestre et qui mobilise les envies, les énergies, les curiosités des musiciens et du public. Un chef à l’unisson de ce qu’est un orchestre symphonique du XXIème siècle.

Aimez-vous Brahms 2

Thursday, May 15th, 2008
Comme l’annoncent les affiches, c’est la saison 2 d’un festival commencé en mai 2007 qui commence ce soir. “Aimez-vous Brahms”? Le public a répondu OUI en grand nombre, il devrait logiquement confirmer son engouement pour cette nouvelle aventure proposée par Louis Langrée et l’OPL ( www.opl.be ).

J’ai profité du week-end pour lire un petit ouvrage, réédité en Folio, de Françoise Sagan : Avec mon meilleur souvenir. Pas à proprement parler des mémoires, juste une série de portraits et de rencontres (avec Billie Holliday, Tennessee Williams, Orson Welles, Jean-Paul Sartre…). Tout ce qu’on aime chez Sagan, la musique d’une langue fluide, raffinée, la justesse du portrait, l’art d’évoquer sans insister.

Avec mon meilleur souvenir

De musique il va être amplement question, dès la séance du “Dessous des quartes” consacrée ce soir à la Troisème symphonie de Brahms. De musique et de clichés colportés sur un compositeur malmené par les beaux esprits critiques. Lourd, pesant, “nordique”? Allons donc, je connais peu de musiques aussi sensuelles, attirées par la lumière méditerranéenne, fascinées par la mélancolie typiquement “Mitteleuropa” (c’est à Vienne, et non dans sa ville natale de Hambourg, que Brahms écrit tous ses chefs-d’oeuvre symphoniques).

http://www.rtc.be/content/view/5048/166/

La tragédie contemporaine

Wednesday, May 14th, 2008
Il peut paraître futile d’évoquer sur un blog tel week-end ensoleillé, tel souvenir musical, lorsque la mort frappe par centaines de mille le coeur de la Chine ou le sud de la Birmanie. Ou déchire Beyrouth ou l’Irak. Aussi paradoxal que cela paraisse, je n’éprouve ni le besoin ni la nécessité de m’exprimer publiquement sur ces sujets.

Ajouter ma voix à ceux qui condamnent la junte birmane? Oui, mille fois oui, mais en quoi cela atténuerait-il l’horreur de tous les Birmans qui ont provisoirement survécu au cyclone et qui sont froidement abandonnés à leur triste sort par des dictateurs sans scrupule? Compatir au malheur des Chinois de la province du Seichuan? Je le fais du fond du coeur.

Mais le reste, l’émotion ressentie, les gestes à faire, je le garde pour moi, comme j’ai toujours répugné à l’étalage des “bons sentiments”, à la surexposition médiatique de la compassion générale. Parce que, dès qu’on a épuisé le sujet, la tragédie sort de la mémoire collective.

P.S. J’apprends qu’un attentat a touché Jaipur, la ville rose, capitale du Rajasthan. Toucher les touristes pour soutenir certaines revendications indépendantistes du Cachemire, c’est bien la marque de fabrique du terrorisme ordinaire ! Pensée pour les Indiens croisés, rencontrés il y a quelques semaines.

Buda-les-Bains

Tuesday, May 13th, 2008
Séjournant à Budapest, on ne peut éviter - ce serait dommage - ce qui fait la réputation de la capitale hongroise, outre le goulash et la musique: les sources chaudes. On en dénombre plus de 80 le long du Danube en contrebas de la colline de Buda. Ce sont les Turcs qui, les premiers, au XVIème siècle, ont eu l’idée d’exploiter les vertus thérapeutiques de ces eaux, très chargées de soufre, et d’édifier les premiers bains…turcs. Il en reste deux beaux exemples, même si la vétusté apparente des lieux n’est pas très engageante. Aux touristes, on recommande de visiter le fameux complexe Art Nouveau du Gellert, comprenant un hôtel au lustre bien fané et surtout de magnifiques bains et piscines
Bains Thermaux Gellert

En ce très beau lundi férié, j’ai préféré l’île Marguerite située au milieu du Danube, à l’écart des circuits touristiques, le rendez-vous des familles hongroises, des sportifs, des cyclistes. L’île est interdite à la circulation automobile. Une véritable oasis de calme, et au milieu, un gigantesque complexe nautique, le Palatinus, composé de multiples bassins, dont un thermal, avec une eau à 38° à l’odeur et à la teneur caractéristiques des bains de Buda. Excellente pour la peau.
 

Mais trève de soleil et de baignade bienfaisante, j’avais aussi prévu une visite à l’Opéra de Budapest, magnifique édifice qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Vienne, sur la belle avenue Andrassy (à moins de 100 mètres de la Salle Franz Liszt). Au programme, un opéra que les hasards des festivals et des saisons m’ont fait voir plus que de raison, Turandot de Puccini. Mais j’adore l’oeuvre - comme presque tout Puccini d’ailleurs- la modernité de l’orchestration et du récit dramatique.

Comme toujours à l’opéra de Budapest, pas de star internationale, la troupe locale… d’un niveau que bien des scènes occidentales pourraient lui envier. Le public a ses favoris, en l’occurence sa favorite, Ilona Tokody en Liu. On s’attend à une frêle servante, on a une femme d’une maturité rayonnante, Tokody rappelant plus d’une fois… la Callas. C’est elle l’héroïne incontestée de la soirée. La Turandot de l’inconnue Emese Pesti ne tient pas la distance: joli timbre, insuffisant pour cette tessiture écrasante, aucune présence en scène, une gestuelle mécanique. Quant au Calaf du vétéran Andras Molnar, n’est pas Placido Domingo qui veut. Mauvais soir sans doute pour le chanteur qui n’a pas réussi à sortir le seul grand air de la partition Nessun dorma, et qui était, de surcroît, accoutré comme un Robin des Bois de série Z. En revanche, splendide Timur de Kolos Kovats. Et très belle direction de Geza Török.

 


(Le célèbre Café…Callas à côté de l’Opéra)

Budapest la ville musique

Monday, May 12th, 2008
C’est la cinquième ou sixième fois que je reviens à Budapest. D’abord pour le plaisir de retrouver une ville devenue familière au fil des séjours, ensuite pour des rencontres professionnelles. Saisons et tournées se préparent longtemps à l’avance…

Retrouvailles et découverte au menu du concert de l’orchestre du Festival de Budapest - aujourd’hui la meilleure formation hongroise, fondée il y a plus d’une vingtaine d’années par Zoltan Kocsis et Ivan Fischer - dans la merveilleuse salle Franz Liszt.


Retrouvailles avec un soliste, que je connais depuis la fin de ses études au Conservatoire de Paris, et qui, aujourd’hui, joue sur les scènes du monde entier. Il était, il y a encore quelques jours, à Edimbourg, pour enregistrer Mozart avec Louis Langrée et le Scottish Chamber orchestra. Renaud Capuçon a cette assurance des talents précoces, et il en faut pour jouer le vétilleux concerto pour violon de Schumann, décidément mal fichu: un premier mouvement qui tourne sur lui-même, un bel épanchement romantique dans le deuxième et un finale qui frôle la débandade. Mais Renaud - qui en a réalisé un bel enregistrement (Virgin) - se sort avec aisance du moins aimé des concertos de Schumann et recueille un triomphe.

Découverte d’un chef, un Français dont j’avais à peine entendu prononcer le nom, très actif aux Etats-Unis (assistant de James Levine à Boston !) : Ludovic Morlot. Un nom (et un physique) de BD. Mais un vrai chef qui pourrait devenir grand. Gestique efficace et mesurée. Pas de baguette.

En guise d’apéritif, trois brèves pièces Three illusions pour célébrer le centenaire du toujours vert Eliott Carter. Pas inoubliable… On préfère le compositeur américain ailleurs. Et en plat de résistance, la Symphonie fantastique de ce cher Hector, dont la musique n’est pas dépaysée chez Liszt ! Culotté, ai-je pensé, de la part d’un jeune chef de s’affronter à pareil monstre symphonique. Pari tenu, et même très bien. Morlot ne cède à aucun des pièges de cette partition, il en exalte l’incroyable modernité en même temps que le romantisme exacerbé. Manque peut-être un grain de folie. Mais, depuis Louis Langrée avec l’OPL, je n’avais pas entendu Fantastique aussi convaincante.

Quand je dis que Budapest respire la musique, que - cliché suprême ! - les Hongrois paraissent nés dans la musique, une preuve : je ne connais aucun autre public au monde qui soit capable de scander ses applaudissements selon un accelerando parfaitement synchronisé.