Archive for August 2nd, 2008

Celibidache, Karajan, Mehta, Menuhin…I

Saturday, August 2nd, 2008
L’actualité étant en vacances, j’ai envie de dévider ici, pendant quelques jours, le fil de souvenirs marquants, de rencontres qui se sont gravées dans ma mémoire.

Hier, avec deux collaborateurs de l’orchestre, la conversation est venue sur Lucerne et son célèbre festival. C’est aussi le berceau de ma famille coté maternel.

En 1974, on m’offre la possibilité d’être “ouvreur” - non rémunéré - pendant toute la durée du festival. J’ai été pistonné par deux cousins qui ont de l’ancienneté dans cette fonction très convoitée. En effet, c’est pour une trentaine de jeunes filles et garçons l’occasion rêvée d’assister à tous les concerts, et même à certaines répétitions.

Le festival s’ouvre autour du 15 août par un concert de l’orchestre suisse du festival - en fait un rassemblement des meilleurs musiciens du pays - sous la direction d’un monstre sacré Sergiu Celibidache. J’ai demandé l’autorisation d’assister à une partie des répétitions. Faveur exceptionnelle accordée ! Le chef à la crinière blanche arrive..en lunettes noires. Silence absolu. On a disposé les partitions sur son pupitre, il les écarte d’un revers de main. Il s’adresse doucement aux musiciens et dit vouloir commencer par… les Variations op.31 de Schönberg.

Tout le monde s’accorde à dire que c’est une des oeuvres les plus difficiles d’exécution (et d’écoute !) et voilà que Celibidache s’y attaque de mémoire, sans partition. On se doute que les musiciens sont estomaqués.

Le lendemain répétition d’une autre oeuvre au programme, la délicate 6e symphonie de Schubert. Autant la répétition du Schönberg était précise et taciturne, autant je sens poindre chez les musiciens un agacement certain devant le long exposé, un peu fumeux il faut le dire, de Celibidache sur la nécessité de respecter les équilibres sonores, le “poids” des basses par rapport aux cordes aiguës, etc..

Concert d’ouverture fabuleux bien sûr avec, outre Schubert et Schönberg, une magnifique 2e symphonie de Brahms.

Dommage que - pour des raisons de droits ? - aucun de ces concerts légendaires de Lucerne n’ait jamais été édité en disque.

Demain, la suite de ces souvenirs de “mon” festival de Lucerne…