Intéressant documentaire de François Lanzenberg sur la 5 sur les 50 ans de la Ve République.
On y démontre qu’en réalité la Constitution votée en 1958, et substantiellement modifiée depuis (l’élection du président de la république au suffrage universel en 1962, les modalités de saisine du Conseil Constitutionnel en 1976, la récente réforme initiée par Nicolas Sarkozy) est d’une souplesse à toute épreuve ! La preuve: les trois “cohabitations” que la France a connues, de 1986 à 1988 (Mitterrand président, Chirac premier ministre), de 1993 à 1995 (toujours Mitterrand, mais cette fois Balladur comme premier ministre) et enfin, pendant 5 ans, de 1997 à 2002 (Chirac président et Jospin premier ministre).
La lecture du deuxième tome des Cahiers secrets de Michèle Cotta (voir supra) ravive le souvenir d’une période, la campagne des élections législatives de 1978, où l’on n’imaginait pas qu’il pût y avoir opposition entre le président et le gouvernement (Jacques Chaban-Delmas, pourtant du même parti politique que Pompidou, en avait fait la cruelle expérience en 1972 en croyant conforter sa position de premier ministre par un vote de confiance de l’Assemblée nationale, il avait été immédiatement remplacé !).
Il y a trente ans, en 1977, une vague rose avait remporté les élections municipales et tous les responsables politiques imaginaient que la même vague allait submerger l’Assemblée nationale au printemps 1978. Certes, entre temps, les partis de gauche s’étaient divisés sur l’actualisation du “Programme commun” signé en 1972.
C’est alors que Giscard, président de la république, eut une idée de génie: dans un discours resté fameux à Verdun sur le Doubs il indiqua que il n’aurait aucun moyen constitutionnel ni politique de s’opposer à un gouvernement de gauche… mais qu’il resterait président en se retirant au château de Rambouillet pour assumer la continuité de l’Etat. Coup de génie politique, puisque, ce disant, il instillait dans l’esprit des électeurs une incertitude, une peur du lendemain, la crainte d’une crise majeure de gouvernement. Résultat: divine surprise, la droite et le centre ont gagné confortablement les élections législatives de 1978 !
Puis, ce n’est pas le moindre des paradoxes de sa présidence, François Mitterrand, une fois élu en 1981, saura faire un usage à sa main d’une Constitution qu’il avait farouchement combattue. Quand, à l’été 1986, Chirac premier ministre voudra faire promulguer par ordonnances tout un train de réformes - qui prenaient le contrepied de celles de la gauche -, Mitterrand se chargera, dans un entretien télévisé le 14 juillet, de lui rappeler ses prérogatives constitutionnelles (c’est le président qui promulgue les lois !). Chirac courbera l’échine…
Certains ne manqueront pas d’observer que la Ve République d’aujourd’hui n’a plus qu’un lointain rapport avec celle des origianes, voulue par De Gaulle et son fidèle Michel Debré…