Archive for October, 2008

Intégralite

Friday, October 31st, 2008

En prévision du bicentenaire de la mort de Haydn (1809) et des 250 ans de celle de Haendel (1759) - qu’est-ce qu’on aime célébrer les morts !! - les éditeurs de disques fourbissent leurs armes, espérant sans doute renouveler le “jackpot” de l’année Mozart (2006).

Certains (Harmonia Mundi) proposent déjà de très belles rééditions en coffrets très soignés et à petit prix d’oratorios, de concertos, ou de récitals de Haendel (par exemple, l’extraordinaire et immensément regrettée Lorraine Hunt-Lieberson). Warner fait de même de manière inégale: les Gardiner ou Minkowski jadis édités par Erato conservent toute leur pertinence et leur fraîcheur, mais pourquoi ressortir un Messie “planplan” par Raymond Leppard?

Quant à Haydn, Brilliant Classics sort un premier volume (de 150 CD !!) qui contient la belle intégrale des symphonies dirigée par Adam Fischer, mais aussi beaucoup de seconds choix. Et nombre d’oeuvres qui, comme chez Mozart, présentent un intérêt très relatif.
HAYDN: Edition - Complete Works

Mais le prix très attractif de ces coffrets qui sortent avant les fêtes comblera les acheteurs atteints d’”intégralite” aiguë. C’est décoratif dans une bibliothèque…

La belle Hélène

Thursday, October 30th, 2008

Je l’avais rencontrée il y a une quinzaine d’années, un peu perdue dans un cocktail d’après-concert. Elle était, au Théâtre des Champs-Elysées, la soliste invitée du formidable orchestre de Göteborg dirigé par le non moins formidable Neeme Järvi. Et déjà ses yeux m’avaient fasciné, comme m’avaient fasciné ses tout premiers enregistrements chez Denon.

Depuis, je ne l’ai revue qu’une fois en concert, bataillant contre un 4e concerto de Beethoven qui lui résistait. Je suis de plus en plus perplexe à son égard. Si elle n’a rien perdu de sa beauté, Hélène Grimaud me décontenance comme interprète, comme personnalité. Qu’y a t il de vrai, de sincère, dans tout le cirque médiatique qui accompagne chaque nouveau disque, chaque tournée de concerts, chaque nouveau livre?

Je l’entendais l’autre jour interviewée sur France 2 par Françoise Laborde, à l’occasion de la sortie de son nouvel “album” (Bach DGG). D’abord cette étrange manière de parler français, pour une native d’Aix-en-Provence, on croirait Kristin Scott-Thomas, et puis ce salmigondis pseudo-philosophique ou religieux sur la musique de Bach, et en général sur le sens de la vie, de son art, etc… On ne fait pas mieux au café du commerce! Cerise sur le gâteau: priée par la journaliste de “nous jouer quelque chose”, du Bach forcément - c’est bon pour la promo -, la belle Hélène, sans doute nerveuse ou crispée, nous a servi un prélude du “Clavier bien tempéré” ferraillant, brutal et bousculé…
Par curiosité, j’ai écouté des extraits de ce nouveau CD (qui enchante le critique de Diapason et déçoit celui du Monde de la Musique). Je n’irai pas plus loin…

Je préfère garder le souvenir de cette jeune fille timide, formidablement douée, et réécouter ses premiers disques. Et oublier les loups et les livres.
Hélène Grimaud plays Rachmaninoff, Chopin, Liszt, Schumann, Brahms, Ravel (Box Set)

Jargon

Wednesday, October 29th, 2008

Entendu quelques minutes hier soir une émission de radio… qui évoquait une exposition de photos ! Intéressant comme concept: écouter pour voir ! J’entendais une dame, très experte sans aucun doute, parler de la représentation de l’érection masculine chez Sophie Calle et Robert Mapplethorpe….

J’ai surtout eu droit à un condensé de phrases et d’expressions malheureusement typiques d’un certain milieu culturel qui se croit ou se veut “branché”.

Petit lexique à l’usage des non-initiés : ne dites pas “exposition”, mais “installation”, ne parlez pas d’une “oeuvre” mais d’un “travail”, n’évoquez pas une “représentation” mais une “performance”.

On ne cesse d’invoquer la démocratisation de la culture, l’accès des plus larges publics à la culture. Et on continue de “jargonner” entre soi. Est-ce si difficile de parler comme tout le monde, de rendre précisément accessibles au plus grand nombre des données techniques, historiques, artistiques? A moins que la pompe du langage ne masque le vide de la pensée…

Les feuilles d’automne

Tuesday, October 28th, 2008

Chaque fin de mois apporte sa livraison de mensuels musicaux, Diapason, Le Monde de la musique, Classica, etc. On y glane toujours des informations intéressantes, on s’amuse aussi de comparer les critiques de disques (le dernier CD d’Hélène Grimaud consacré à Bach ne fait pas l’unanimité loin de là!), et les dossiers sur tel compositeur, tel interprète, sont bien documentés, même s’ils restent en terrain très connu (Mahler, Kathleen Ferrier…).

Dans Diapason un papier général sur le dernier festival MUSICA de Strasbourg illustré par une photo…de l’OPL, Pascal Rophé, Christophe Bertrand et les deux pianistes qui ont créé “Vertigo”. Une interview du violoniste belge Iossif Ivanov - qui est le soliste du concert de l’OPL le 7 novembre prochain.

Dans Le Monde de la Musique un éditorial inhabituellement pessimiste de Benoît Duteurtre intitulé “Le krach musical” qui se conclut par cette sombre prédiction: “On peut craindre que toute politique culturelle ambitieuse et démocratique ne soit sacrifiée au nom des urgences”…
Une interview aussi d’un personnage-clé de la vie musicale, quelqu’un qui n’a jamais cherché la lumière des projecteurs, “le passeur de musiques” comme l’écrit LMDM : Alain Lanceron, “un cas à part dans le monde du disque”. Créateur et président du label Virgin Classics, président d’EMI France. On lui doit quasiment tout le catalogue de musique française d’EMI (les glorieuses années Plasson/Capitole), et dans le domaine lyrique et baroque, les premiers disques de Natalie Dessay, Rolando Villazon, Emmanuelle Haïm, Louis Langrée, Philippe Jaroussky… Ce qu’il dit du monde de la musique classique, et du marché du disque, est évidemment à prendre en considération. Pessimiste sans doute, résigné sûrement pas.

L’île inconnue

Monday, October 27th, 2008

Le tunnel sous la Manche et Eurostar n’y ont rien changé, la musique anglaise des XIXè et XXème siècles reste, à quelques exceptions près, une totale inconnue sur le Continent. Et je ne m’explique pas pourquoi !

Certes on monte régulièrement sur les scènes européennes des opéras de Britten comme Peter Grimes, Billy Budd ou A midsummer night’s dream, mais où trouve-t-on dans les programmes des orchestres symphoniques les symphonies d’Elgar ou Vaughan-Williams, sans parler des Bantock, Bridge, Delius…Heureusement que Gustav Holst a écrit Les Planètes et Elgar les Enigma variations et un beau concerto pour violoncelle !

La jeune génération de compositeurs britanniques est un peu mieux représentée dans les festivals de musique contemporaine, de Birtwistle à Harvey, de Benjamin à Ades, de Turnage à Maw. On peut remercier un Simon Rattle d’avoir contribué à faire connaître et “exporter” ces auteurs.

EMI vient, coup sur coup, de rééditer, en coffrets très économiques, l’essentiel du catalogue des oeuvres de Britten, Elgar et Vaughan-Williams (mort il y a 50 ans). Il y a beaucoup à découvrir…

Elgar: The Collector's Edition (30 CDs)
Vaughan Williams: The Collector's Edition
Britten - The Collector's Edition

Longévité

Sunday, October 26th, 2008

Intéressant documentaire de François Lanzenberg sur la 5 sur les 50 ans de la Ve République.

On y démontre qu’en réalité la Constitution votée en 1958, et substantiellement modifiée depuis (l’élection du président de la république au suffrage universel en 1962, les modalités de saisine du Conseil Constitutionnel en 1976, la récente réforme initiée par Nicolas Sarkozy) est d’une souplesse à toute épreuve ! La preuve: les trois “cohabitations” que la France a connues, de 1986 à 1988 (Mitterrand président, Chirac premier ministre), de 1993 à 1995 (toujours Mitterrand, mais cette fois Balladur comme premier ministre) et enfin, pendant 5 ans, de 1997 à 2002 (Chirac président et Jospin premier ministre).

La lecture du deuxième tome des Cahiers secrets de Michèle Cotta (voir supra) ravive le souvenir d’une période, la campagne des élections législatives de 1978, où l’on n’imaginait pas qu’il pût y avoir opposition entre le président et le gouvernement (Jacques Chaban-Delmas, pourtant du même parti politique que Pompidou, en avait fait la cruelle expérience en 1972 en croyant conforter sa position de premier ministre par un vote de confiance de l’Assemblée nationale, il avait été immédiatement remplacé !).
Il y a trente ans, en 1977, une vague rose avait remporté les élections municipales et tous les responsables politiques imaginaient que la même vague allait submerger l’Assemblée nationale au printemps 1978. Certes, entre temps, les partis de gauche s’étaient divisés sur l’actualisation du “Programme commun” signé en 1972.

C’est alors que Giscard, président de la république, eut une idée de génie: dans un discours resté fameux à Verdun sur le Doubs il indiqua que il n’aurait aucun moyen constitutionnel ni politique de s’opposer à un gouvernement de gauche… mais qu’il resterait président en se retirant au château de Rambouillet pour assumer la continuité de l’Etat. Coup de génie politique, puisque, ce disant, il instillait dans l’esprit des électeurs une incertitude, une peur du lendemain, la crainte d’une crise majeure de gouvernement. Résultat: divine surprise, la droite et le centre ont gagné confortablement les élections législatives de 1978 !

Puis, ce n’est pas le moindre des paradoxes de sa présidence, François Mitterrand, une fois élu en 1981, saura faire un usage à sa main d’une Constitution qu’il avait farouchement combattue. Quand, à l’été 1986, Chirac premier ministre voudra faire promulguer par ordonnances tout un train de réformes - qui prenaient le contrepied de celles de la gauche -, Mitterrand se chargera, dans un entretien télévisé le 14 juillet, de lui rappeler ses prérogatives constitutionnelles (c’est le président qui promulgue les lois !). Chirac courbera l’échine…

Certains ne manqueront pas d’observer que la Ve République d’aujourd’hui n’a plus qu’un lointain rapport avec celle des origianes, voulue par De Gaulle et son fidèle Michel Debré…

Wagner (suite)

Saturday, October 25th, 2008

Il en avait rêvé (moi aussi!), il l’a fait hier soir : Pascal Rophé a dirigé un programme “tout Wagner” avec l’OPL. Après pareil concert, on se demande pourquoi on ne joue pas plus souvent Wagner dans un cadre symphonique. Ce sont des partitions très exigeantes pour les musiciens (que de notes dans l’ouverture et le Venusberg de Tannhäuser ! ), mais extrêmement valorisantes pour les qualités de l’orchestre. Justesse des vents, rondeur des pupitres de cors et de cuivres, homogénéité des cordes, tout cela resplendissait hier soir sous l’impulsion d’un Pascal Rophé qui en a sans doute surpris plus d’un dans ce répertoire.

Le sommet émotionnel de la soirée résidait dans les Wesendonck Lieder. La voix chaude et longue de Nora Gubisch, dans l’écrin d’un orchestre transparent (le moins qu’on puisse dire est que Felix Mottl n’a pas trahi Wagner en orchestrant les quatre premiers Lieder), a bouleversé un auditoire qui, dans sa très grande majorité, n’avait jamais entendu l’oeuvre en concert. A commencer par le propre mari de la chanteuse, chef d’orchestre et pianiste, qui m’avouait avoir accompagné souvent Nora Gubisch au piano dans ces mélodies et les entendre pour la première fois à l’orchestre.

Je rappelais à mon voisin que si les occasions d’entendre Wagner à l’OPL avaient été rares jusqu’à hier soir, elles avaient laissé un souvenir…inoubliable. En particulier, dans le cadre du festival “symboliste” de 2004, un Prélude et Mort d’Isolde inouï, en état de grâce, sous la direction d’un chef qu’on rêve d’entendre un jour à l’opéra dans un grand ouvrage de Wagner, Louis Langrée.

L’éloge de la folie

Friday, October 24th, 2008

J’ai été très touché par le présent d’un ami universitaire récemment invité à dîner: une édition ancienne (de la Grande Librairie de la Faculté à Bruxelles) de L’éloge de la folie d’Erasme. Avec les illustrations originales de Hans Holbein.

Erasme : Eloge de la folie

Je dois bien avouer qu’à ma grande honte, je n’en avais jusqu’alors lu que des extraits et encore dans le cadre du cours de philo au lycée. Or l’ouvrage qui date de 1509 (!) n’a rien perdu de sa pertinence et demeure d’une étonnante actualité. Dans ces temps troublés, il n’est pas utile - c’est même recommandé - de revenir à des fondamentaux, et notamment à la lecture des penseurs et des philosophes.

Nos rythmes de vie trépidants, l’urgence de l’actualité, nous égarent trop souvent sur des chemins somme toute superficiels et éphémères.

Noté au vol cette réflexion d’Erasme : “Dites-moi, l’homme qui se hait lui-même peut-il aimer quelqu’un? Celui qui est mécontent de soi s’accordera-t-il avec un autre? Celui qui meurt d’ennui récréera-t-il son voisin?”

A méditer…

Réseaux

Thursday, October 23rd, 2008

Il n’est plus un dîner entre amis où la conversation ne finisse par tourner autour de la folie qui s’est emparée des nouveaux modes de communication sur internet, je veux parler des réseaux qui ont nom facebook, lindekin, myspace, etc. Et chacun d’avouer qu’il s’y est mis, alors que ces sites étaient, au départ, plutôt l’apanage des adolescents ou de jeunes professionnels frais émoulus de leurs études.

Certains résistent encore, craignant de livrer leur intimité à la curiosité publique, d’autres sont victimes d’une véritable addiction. Comme ils ont  pu l’être des diverses messageries ou de sites de “rencontres”, qui paraissent aujourd’hui complètement dépassés.
Les spécialistes en communication recommandent même maintenant d’utiliser ces réseaux pour mieux “cibler” les clientèles potentielles.

On peut toujours faire la liste des avantages et des inconvénients, pointer les excès ou les déviations - internet, en général, offre le meilleur…et le pire -, je vois dans le succès phénoménal de ces nouveaux réseaux le signe d’un besoin social, que les modes de vie contemporains n’assouvissent pas ou plus. Familles éclatées, amis d’enfance ou d’études séparés par les aléas de la vie professionnelle, éloignement géographique, toutes bonnes raisons pour tenter de se reconstituer un environnement amical, recréer, même virtuellement, un cercle de relations personnelles. Ou retrouver les traces de son passé (on n’en finit pas de vouloir revenir à ses racines !). Ou encore faire des rencontres inattendues avec des personnes qui partagent avec vous les mêmes centres d’intérêt, les mêmes orientations politiques, philosophiques ou personnelles. Sans parler bien sûr de réseaux strictement professionnels (je constate qu’il y a beaucoup de musiciens sur facebook !).

Cela étant dit, il en est de ces réseaux comme de la musique: de même que la meilleure chaîne hi-fi du monde ne remplacera jamais le concert “live”, de même l’amitié “virtuelle” ne sera jamais qu’un palliatif de l’amitié “réelle”.

Wagner et moi

Wednesday, October 22nd, 2008

Devant animer ce soir une séance d’écoute comparée des Wesendonck Lieder de Wagner, je me suis évidemment replongé dans un univers que j’ai longtemps refusé d’aborder.

Il y aurait matière pour un psychanalyste à s’interroger sur l’étrange attirance-répulsion qui a caractérisé, jusqu’à une période récente, la relation entre le germaniste de formation que je suis et le compositeur le plus “allemand” qui soit.

Je continue de n’avoir qu’une considération très limitée pour le personnage, et une aversion définitive pour son antisémitisme - qui n’est en rien excusable, parce que c’était dans “l’air du temps” ! - Quant à sa mégalomanie, à son ambition démesurée d’inclure dans son oeuvre toute la germanité, les mythes fondateurs de l’identité européenne, on sait ce que cela a produit sur le plan politique !

Mais soit, Wagner vaut mieux que Richard, et on est bien obligé de reconnaître le génie du compositeur de Tristan ou de Parsifal (j’ai encore du mal avec le Ring). Sans doute parce qu’ils n’ont pas la dimension héroïque de ses ouvrages lyriques, les Lieder que Wagner a écrits sur les poèmes de la femme aimée, Mathilde Wesendonck, me sont familiers depuis longtemps. Je me réjouis de les entendre chantés par Nora Gubisch vendredi soir, et de partager avec elle ce soir l’écoute des versions de ses illustres aînées.

Comme deux de ces mélodies (Im Treibhaus et Träume) sont des “études tristanesques”, autrement dit des “essais” pour Tristan et Isolde, j’ai réécouté une grande partie de cet opéra - notamment le sublime duo d’amour de l’acte II - dans la version inégalable de Carlos Kleiber (avec Margaret Price et René Kollo)
Wagner: Tristan und Isolde