Archive for November, 2008

Racaille et crapule

Sunday, November 30th, 2008

L’affaire fait grand bruit, et il y a de quoi. Le Monde y consacre toute sa page 3 du week-end:
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/11/29/journaliste-et-pire-que-la-racaille_1124889_3224.html

Un journaliste, ancien patron de Libération, est interpellé chez lui au petit matin, devant ses enfants, traité comme un dangereux criminel, mené au dépôt, menotté, gardé à vue, humilié, traité de “racaille”… parce qu’une plainte en diffamation (datant de 2007 !) a été déposée contre lui par le patron de free.fr à cause d’un “post” publié sur le forum du journal. Scandaleux, révoltant, stupide !

Il y a quelques semaines, interpellé à Bruxelles pour un excès de vitesse, je m’étais fait traiter de “crapule” par un policier (néerlandophone) parce que je lui faisais remarquer que les conditions de l’interpellation n’étaient pas régulières…

Je suis sûr que chacun des lecteurs de ce blog aurait une anecdote personnelle à raconter d’un mauvais souvenir de “contact” avec des forces de police. Sans aller jusqu’à la mésaventure subie par Vittorio de Filippis.

On ne peut évidemment généraliser mais on est en droit de rappeler qu’en démocratie le port d’un uniforme de policier ou de gendarme ne donne pas à celui qui le revêt tous les droits, dont celui de s’asseoir sur les règles de droit justement, et ne l’autorise pas à traiter le citoyen ordinaire en présumé délinquant.

Rachmaninov

Saturday, November 29th, 2008

Aimer Rachmaninov relève du désir inavouable ou de la passion refoulée c’est selon… En tout cas c’est musicalo-politiquement très incorrect. Comme Vaughan-Williams, son quasi-contemporain, que l’OPL jouait cette semaine, Rachmaninov compositeur - parce qu’on ne peut oublier l’extraordinaire pianiste qu’il fut - est à côté, voire en dehors de son époque, la période qui va de la toute fin du 19e au milieu du 20e siècle.

Rien de commun avec la trilogie viennoise (Berg, Schönberg, Webern), Bartok, Stravinsky, Prokofiev, Ravel, pour ne citer que les plus illustres de ses contemporains. Et pourtant Rachmaninov est singulier, n’est l’épigone de personne, même si l’influence de ses maîtres comme Rimski-Korsakov est bien perceptible.

Romantique fourvoyé au 20ème siècle? Le succès mondial de son 2e concerto pour piano (composé en 1901) n’a pas peu fait pour sa caricature. Mais qu’on explore tout le reste de son oeuvre concertante et symphonique, qui n’est pas abondante, mais d’une inspiration constante, en particulier les chefs-d’oeuvre que sont L’île des morts ou les Danses symphoniques. Quant au piano, Rachmaninov a donné à son instrument des pages incontournables de son répertoire.

Bref, Rachmaninov vaut beaucoup mieux que les préjugés que certains milieux en ont. La parution de l’intégrale de son oeuvre chez Brilliant Classics, à un prix ridicule, et dans de très belles versions, constitue l’occasion de redécouvrir ce génie. De même que la lecture du seul ouvrage sérieux qui lui ait été consacré en français, dû à Jacques-Emmanuel Fousnaquer (coll.Solfèges/Seuil). Et pour les curieux, le tout premier disque de Nicholas Angelich qui reste une référence pour les Etudes-Tableaux (Harmonia Mundi / France Musique)

Un Révizor avisé

Friday, November 28th, 2008

Je ne vais pas assez au théâtre, et sans l’insistance d’un ami, j’aurais manqué le Révizor qui se joue jusqu’à demain soir au Théâtre de la Place à Liège. Et je l’aurais beaucoup regretté.

D’abord pour l’oeuvre: Gogol a écrit cette pièce en 1836 avec un succès qui ne s’est jamais démenti. Cette pièce - comme l’essentiel de l’oeuvre de Nicolas Gogol, qu’il faut lire et relire ! - reste d’une modernité, d’une actualité évidentes. L’histoire est simple, donc universelle : le gouverneur d’une petite ville de la province russe est informé qu’un inspecteur (un “revizor”) venu de la capitale, Saint-Pétersbourg, doit prochainement se présenter incognito… pour passer en revue les différents services (école, tribunal, poste hôpital,etc.) de ladite province. Le quiproquo naîtra de ce qu’évidemment on prend un vagabond bien fait de sa personne, qui a du charme et du bagoût, … pour le fameux “revizor”. Tous les ressorts d’une comédie bien ficelée sont rassemblés. Des personnages savoureux, qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à leurs équivalents contemporains, la veulerie, les petites mesquineries et les petites combines, le complexe du provincial à l’égard de la capitale. Deux heures de théâtre qui passent sans temps mort et qui, loin d’être ce qu’on a cru être une satire politique, constituent une charge aussi féroce que bienveillante finalement des travers de la nature humaine.

On avait adoré la mise en scène de Jean-Louis Benoît à la Comédie-Française, avec Denis Podalydès dans le rôle du Révizor et une fameuse troupe à ses côtés (Roland Bertin, l’extraordinaire Michel Robin, Sylvia Bergé, etc.)
http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=invention&num_notice=1&total_notices=101.

Le spectacle proposé par Michel Dezoteux est une réussite, mais juste un peu “too much”. L’excès d’intentions étouffe au lieu d’exalter les vertus comiques de la pièce. Un peu de Deschiens, un peu de Christian Clavier dans Les Visiteurs, beaucoup (trop?) de burlesque surjoué, les portes qui claquent comme chez Feydeau. Et des personnages tellement soulignés, outrés, qu’on prête moins attention à ce qu’ils disent ou ce qu’ils sont, qu’à la caricature qu’ils incarnent. Un peu comme si le metteur en scène craignait que le public ne saisisse pas d’emblée la force du texte et la nature des personnages..

Mais rien qui doive empêcher ceux qui ne l’ont pas encore vu de se précipiter à cet excellent spectacle.

Dérèglements

Thursday, November 27th, 2008

Puisé dans l’actualité toute récente ces infos…d’un monde qui ne tourne pas toujours très rond. Mais est-il encore bien utile de dénoncer l’injustice et la bêtise?

- D’abord la mort brutale, il y a deux jours, du chef britannique Richard Hickox, à 60 ans. Un seul très beau souvenir avec lui: je l’avais invité à Genève, il y a vingt ans - c’était encore un jeune chef très talentueux mais peu connu - pour diriger une Messe en ut de Mozart. Depuis il a fait, au concert et au disque (voir http://bestofclassic.skynetblogs.be ), la carrière exceptionnelle que l’on sait. So long Richard !
Richard Hickox

- Lui est toujours vivant, mais telle la girouette, il passe sans hésiter de Paris à New York, ou de Bayreuth à Madrid. Celui que Paris a mis à la retraite de la direction de l’Opéra de Paris, celui qui aurait dû présider aux destinées du New York City Opera en septembre 2009, et qui vient d’en démisionner, celui qui postulait à la succession de Wolfgang Wagner à Bayreuth l’été dernier, vient d’être nommé, à partir de 2010, patron du Real Madrid (non pas le club de foot.. l’opéra !). Au moins, Gérard Mortier a le sens de l’opportunité…

- Dans un autre domaine, on lit que la star absolue de youtube et de quelques autres bêtisiers télévisés, qui  raconte s’être fait lifter (ah bon?) pour plaire encore plus aux femmes, revendique la tête de liste du PS à Liège pour les élections européennes.
Côté français, c’est pas triste non plus: Ségolène embrasse Martine, vante l’unité et le rassemblement et annonce, dans une charmante vidéo (coachée par Dominique Besnehard?) sur le site de Désirs d’avenir, qu’elle prépare 2012.

- Allez, pour ne pas désespérer, cette phrase, marquée au coin de la plus haute philosophie, lue dans le nouveau numéro du Monde de la musique : “Il faut être obsessionnel sans être obsédé”.
De qui cette maxime? le concours est ouvert. Faites vos jeux !

The voices

Wednesday, November 26th, 2008

Je ne crois pas avoir déjà évoqué ici l’une de mes passions pour ceux que l’on a coutume d’appeler des “crooners”. Le terme n’est pas toujours adéquat, mais on voit à peu près ce que cela veut dire: en négatif, des mélodies un peu trop sucrées, voire niaises, des chanteurs/teuses un peu trop glamour et “oldfashioned”, en positif, de grandes et belles voix comme on n’en trouve plus, mon bon monsieur !

Au sommet de mon petit panthéon, je mets, sans m’en lasser, Dean Martin et Doris Day.
Daydreaming: The Very Best of Doris DayDino: The Essential Dean Martin

Un peu compliqué de choisir parmi les multiples éditions et rééditions, pas toutes de première qualité, de ces deux “voix” exceptionnelles. Doris Day comme Dean Martin ont eu la chance d’avoir un “matériau”, un timbre de voix uniques, et une technique qui leur a permis de jouer de toute une palette de couleurs et d’expressions. Exactement comme un chanteur d’opéra.
Qu’on écoute simplement Dean Martin chanter la Berceuse (Wiegenlied) de Brahms, ou une chanson napolitaine… irrésistible !

Je pourrais citer ensuite Julie London, Peggy Lee, Judy Garland, Nat King Cole, et seulement après Frank Sinatra - dont le timbre métallique ne me séduit pas toujours!.

Et si je devais trouver aujourd’hui des successeurs à ces grandes voix du passé, je serais bien embarrassé. On a bien essayé de lancer des gens comme Harry ConnickJr  (musicalement très doué, vocalement plus contestable) ou - carrément catastrophique Peter Cincotti (qui est à Dean Martin ce qu’André Rieu est à Vadim Repin !). Chez les femmes, la mode est à la non-voix (Katie Melua, Lisa Ekdahl…) qui a des séductions réelles - auxquelles on cède volontiers - mais aussi des limites évidentes.

Puisqu’on approche des fêtes de fin d’année, et que les magasins commencent déjà à regorger d’inévitables compilations de chants de Noël, je peux recommander - les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes ! - :
A Winter RomanceThe Doris Day Christmas Album

Revue de blogs

Tuesday, November 25th, 2008

L’inactivité forcée à laquelle une poussée de grippe m’a contraint ces dernières 48 heures m’a permis de “surfer” à mon aise sur le net, à la recherche de blogs intéressants ou amusants. Et de constater que la “blogomanie” s’est répandue comme une épidémie: tout le monde blogue, mais il y a peu à prendre et beaucoup à laisser…

Remarque liminaire : le blog est censé remplacer le journal intime, le carnet quotidien. Pour certains, c’est devenu l’occasion d’étaler leur culture, cela dit sans connotation péjorative, mais comme lecteur, j’ai parfois du mal à suivre certains blogs amis, où le sujet du jour prend plusieurs pages et nécessite de longs développements. Si, comme c’est mon cas, on veut lire régulièrement ces blogs, on peut être découragé ou…renoncer faute de temps.

Sur la musique, je rappelle :
http://jmomusique.skynetblogs.be/, le blog de J.M.Onkelinx (qui n’échappe pas toujours à la tentation décrite ci-dessus !)
http://ciemusique.blogspot.com, le blog déjà signalé de P.Y.Lascar, qui prouve que le talent n’attend pas le nombre des années !
http://dupuissebastien.blogspot.com/, le blog d’un tout jeune pianiste belge installé à Bordeaux

Bien sûr, lire aussi les blogs des collaborateurs de l’OPL, qui ne sont pas, de loin, exclusivement orientés sur la musique classique.
http://stephanedado.blogspot.com/, Stéphane Dado, ci-devant délégué artistique de l’orchestre, a rendu son blog hebdomadaire, et du même coup plus lisible (on avait parfois du mal à suivre ses développements quotidiens !)
http://tritrileblog.blog.com/, dû à Pierre-Jean Tribot qui a rejoint l’équipe de programmation de l’OPL au début de cette saison, un blog qui révèle la diversité de ses intérêts - le cinéma, l’architecture, l’histoire, la musique, etc. - et dont la présentation pour le moins spartiate gagnerait à être améliorée.

Repéré aussi des blogs sur Liège:
http://liege-urbain.skynetblogs.be/, bien fait, pluraliste, où on peut, par exemple, lire le texte de la chanson de Brel qui était d’actualité ce week-end “Il neige sur Liège”
Original en raison de la personnalité de son auteur, http://recteur.blogs.ulg.ac.be/, le blog de Bernard Rentier, recteur de l’Université de Liège.
Evidemment on pourrait citer les blogs des personnalités politiques, des partis - qui ont ainsi trouvé un moyen moderne de faire leur promotion !
Et enfin, même si je ne partage pas - c’est un euphémisme !  les positions exprimées par son auteur sur l’opportunité de “Liège capitale culturelle européenne 2015″, je conseille la lecture de : http://bulles.agora.eu.org/accueil.html
qui a au moins le mérite d’animer le débat démocratique et de ne pas parler la langue de bois !

Enthousiasme

Sunday, November 23rd, 2008

Un mauvais accès de grippe m’a empêché de suivre samedi soir l’OPL à Mons, où il redonnait le concert donné la veille à Liège, avec François-Xavier Roth et Isabelle Druet. Et pourtant j’aurais vraiment aimé revivre l’intense émotion et la magnifique réussite musicale de cette rencontre entre l’orchestre et son prochain directeur musical.

Dans mon billet du 16 octobre dernier, j’évoquais le concert de l’Orchestre de Paris avec Paavo Järvi, son futur chef, et l’un de mes lecteurs se demandait si le couple OPL/Roth offrirait la même “belle promesse”.
La réponse a été apportée au-delà de toute attente.

Je ne suis pas objectif certes, mais je ne vois pas pourquoi je tairais mon enthousiasme, mon admiration pour des musiciens si manifestement inspirés par F.X.Roth. Une cinquième symphonie de Schubert, jouée en petit effectif, comme de la musique de chambre, sonnant souvent comme une formation baroque, vitalité, tendresse, élégance, une forme de perfection ! Des mélodies de Zemlinsky, génial orchestrateur, sur des poèmes de Maeterlinck, où un orchestre transparent et sensuel enveloppait la voix idéalement chaude et ronde d’Isabelle Druet. Quant au Till Eulenspiegel de R.Strauss, on sait que c’est une démonstration d’orchestre, où pas un pupitre n’est épargné, et la cohésion collective mise à rude épreuve. L’OPL dans un très grand soir, et un accueil du public digne de la réputation de la Cité ardente (Il paraît qu’à Mons c’était un peu plus turbulent…)

On comprendra qu’au-delà de la réussite de ces concerts, cette semaine de travail et de rencontre, la première depuis l’annonce de sa nomination en mai dernier, revêtait pour François-Xavier Roth, pour les musiciens, pour les collaborateurs de l’orchestre…et pour moi une importance toute particulière.

Si j’ai proposé au Conseil d’administration de l’OPL de nommer ce chef comme directeur musical (à partir du 1er septembre 2009), c’est parce que j’étais évidemment convaincu que c’était hic et nunc le meilleur, que j’avais senti de la part de F.X.Roth une envie, un désir de s’investir dans le travail avec cet orchestre - alors qu’il est sollicité de toutes parts - Il entre dans une décision de ce type une très grand part d’intuition, mais nul ne peut savoir, à l’avance, si la relation si délicate entre un chef et un orchestre se passera comme on le souhaite. Les sourires et les commentaires des musiciens vendredi soir ne laissaient aucun doute, et l’impatience est déjà grande de se retrouver en septembre 2009.

Turner chez Courtauld

Sunday, November 23rd, 2008

J M W Turner - Margate Pier - Courtesy Courtauld Institute

J’ai profité de mon trop court séjour à Londres, le week-end passé, pour…découvrir un musée que je n’avais jamais eu/pris le temps de visiter (certes, on n’est pas en manque dans la capitale britannique !), attiré par une exposition temporaire des aquarelles de Turner: la Courtauld Gallery, située dans une aile de Somerset House, sur le Strand.

L’art de Joseph Mallord William Turner (1775-1851) n’en finit pas de me fasciner, de “m’interpeller”. Certaines de ses toiles s’apparentent déjà au dernier Monet. Je ne suis pas un spécialiste, loin s’en faut, et quantité d’ouvrages savants expliquent la place très singulière de ce peintre des atmosphères, des ombres et des lumières. Ils n’expliquent pas l’émotion qu’on ressent, à chaque fois, devant les chefs-d’oeuvre rassemblés à la Tate Britain ou à la National Gallery.

La très belle collection d’aquarelles exposées à la Courtauld gallery est évidemment passionnante pour qui aime ce peintre, impressionniste avant l’heure et plus libre dans l’usage d’une large palette de couleurs que dans ses huiles. A voir jusqu’à fin janvier 2009.

Drôles de d(r)ames

Saturday, November 22nd, 2008

Hier soir, on annonçait Ségolène en tête, ce matin on annonce officiellement Martine vainqueur par 42 voix d’avance (sur 137000 électeurs!). Marlène ou Ségotine? Le PS français est dans de beaux draps.

Ségolène Royal à Reims, dimanche.

Le spectacle du Congrès de Reims, en plein milieu du G20 réuni à Washington pour trouver des solutions à la crise économique mondiale, était déjà surréaliste. Le combat - il n’y a pas d’autre mot - entre Ségolène Royal et Martine Aubry est en train de tourner au vinaigre. Des boulevards s’ouvrent pour l’extrême gauche autour de Besancenot d’un côté, pour Bayrou et son Mo(u)dem de l’autre.

Le camp Royal conteste le résultat de l’élection, et il a raison de demander un nouveau vote. Le camp Aubry joue les magnanimes sur l’air de “embrassons-nous Ségo”. Mais quelle que soit l’issue de la procédure, le Parti Socialiste n’existe plus en tant que principale force de gauche, porteuse d’avenir et de propositions. Triste !

Seule nouvelle qui me réjouit ce matin, il neige sur Liège (titre d’une chanson méconnue de Brel) et mon jardin a revêtu ses habits d’hiver.

Liège encore

Friday, November 21st, 2008

Le Paris musical vient de vivre un de ces psychodrames microscopiques dont la France a le secret. Et, comme mon nom a été cité à cette occasion, je profite de ce billet pour faire une mise au point à l’intention des lecteurs de ce blog et de leurs amis !

L’Orchestre de Paris a nommé le 12 novembre dernier son nouveau directeur général, qui sera épaulé (secondé?) par un responsable de la “politique artistique”. La place du futur directeur musical, Paavo Järvi, dans le dispositif? Pas un mot.

En soi la nouvelle n’a rien d’extraordinaire, sauf que le précédent directeur général, Georges-François Hirsch, a quitté son poste le…7 mai 2008, que, depuis lors, les musiciens et le personnel de l’Orchestre, et tout le milieu musical, en étaient réduits à démêler le vrai du faux de toutes les rumeurs qui couraient sur la procédure de nomination et le nom du successeur. Plus de six mois d’incertitude ! Et les amis qui vous poussent, vous encouragent, vous annoncent même que c’est vous, pour vous. J’ai assez d’expérience (on sait ce que valent les promesses…) pour ne pas me laisser entraîner sur ce terrain. Même si je suis reconnaissant à beaucoup d’amis qui pensaient sincèrement que je devais avoir ce poste.

Mais, d’une part, je n’ai jamais eu l’intention ni l’envie de quitter Liège et l’OPL… surtout au moment où une nouvelle page - que j’ai, sans fausse modestie, largement contribué à écrire ! - de l’histoire de l’orchestre va s’ouvrir, avec l’arrivée en septembre 2009 de François-Xavier Roth comme directeur musical. Mon enthousiasme, mon intérêt pour les musisiciens, l’équipe de l’OPL, pour Liège, n’ont fait que croître au fil des années.

D’autre part, je dois à la vérité de dire que, la procédure de recrutement à l’Orchestre de Paris étant au point mort, les “candidats” auditionnés et pré-sélectionnés n’ayant pas satisfait aux exigences du Conseil d’administration, j’ai été “approché” en octobre dernier et j’ai eu une longue conversation avec le président et quelques administrateurs de poids de l’orchestre, à qui j’ai fait part de mes convictions et de mon expérience…à Liège. Conviction, appuyée sur l’expérience, par exemple, qu’il faut une unité de direction, un directeur général fort, doté de l’ensemble des compétences, gestionnaires et artistiques, pour bien piloter une entreprise aussi riche et complexe qu’un grand orchestre. Un directeur général qui assume pleinement toutes ses responsabilités pour pouvoir travailler en totale confiance avec le directeur musical, l’encadrement et les musiciens, en lien étroit avec le conseil d’administration et les tutelles. On m’a écouté avec intérêt, politesse et même curiosité. Mais, de toute évidence, je n’ai pas convaincu mes interlocuteurs de la pertinence de cette structure, puisque le Conseil d’administration de l’Orchestre de Paris a fait exactement le choix inverse, en nommant un binôme administratif/artistique, donc en réduisant sciemment les pouvoirs de la direction.

Liège donc, encore et demain. Et mille projets pour l’avenir. Si l’on voulait encore s’en convaincre, qu’on vienne ce soir à Liège ou demain à Mons écouter l’OPL dirigé par François-Xavier Roth (avec Isabelle Druet en soliste des Lieder de Zemlinsky sur des poèmes de Maeterlinck). L’avenir est de notre côté !