Les fêtes de fin d’année approchent : les étals des disquaires ploient déjà sous le poids des coffrets en tous genres “à prix sacrifiés”. On a trouvé aujourd’hui un pavé monumental (40 CD) consacré à un artiste bien oublié, György - devenu Georges - Cziffra !

Etrange destin que celui de ce pianiste d’exception. Le beau texte de Jean-Charles Hoffelé qui accompagne ce coffret redit la stupeur qui a saisi le public parisien en ce soir de 1956, lorsque Cziffra trouve refuge dans la capitale française après avoir fui sa Hongrie natale et les terribles événements de Budapest. Parce qu’il est d’une folle virtuosité, ressemble à un tzigane échappé de la puszta magyare, Cziffra est assimilé à une réincarnation de Liszt. Qu’il interprète comme personne, mais qui n’était pas, curieusement, son compositeur de prédilection !
J’ai un seul souvenir de Cziffra en concert, je devais avoir 17 ou 18 ans. C’était à Poitiers, dans l’ancien Théâtre. Un récital. Entre autres la Rhapsodie espagnole de Liszt, hallucinante. (J’ai compris ce jour-là, moi qui pensais ne pas trop mal me débrouiller au piano, que jamais, au grand jamais, je ne me produirais sur une scène !).
Epoustouflant, le virtuose Cziffra l’était, et il a sûrement souffert de l’étiquette qui ne l’a plus quittée de broyeur d’ivoire pas très orthodoxe. A-t-on jamais écouté autrement que d’une oreille distraite ses Chopin, ses concertos de Grieg, de Tchaikovski?
On sait l’admiration que j’ai pour les authentiques musiciens que sont Nicholas Angelich, Nelson Goerner, Eric Le Sage, Frank Braley (pardon pour ceux que j’oublie !), mais on ne m’empêchera pas de regretter que des Horowitz, Rubinstein ou Cziffra n’aient pas eu de véritables successeurs.
L’avantage de cet énorme coffret est qu’il confronte parfois plusieurs interprétations des mêmes oeuvres par Cziffra à différents moments de sa carrière. Si on devait commencer par un disque, sans hésiter, les concertos, la fantaisie hongroise et la Totentanz de Liszt, avec le Philharmonia et cet autre oublié de la mémoire musicale, le grand chef belge André Vandernoot. Splendide !