Archive for January, 2009

Crépusculaire

Saturday, January 31st, 2009

Hier au programme - très copieux - du concert en deux parties de l’OPL dirigé par Pascal Rophé (dans le cadre du festival WIENMUSIK), le chef d’oeuvre de Schönberg, Verklärte Nacht (La Nuit transfigurée) dans sa version pour grand orchestre à cordes. Chapeau aux musiciens et au chef !

C’est une oeuvre que je fréquente depuis longtemps… au disque, puisque les exécutions publiques dans cette formation sont relativement rares. Et je ne m’en suis jamais lassé. C’est une oeuvre de bascule; Schönberg quitte l’univers romantique de Wagner et Bruckner sans oser encore entrer de plain pied dans la modernité.

TESTAMENT vient de publier l’un des derniers concerts de Karajan et du philharmonique de Berlin en 1988 au Royal festival hall de Londres, avec un programme tel que les affectionnait le vieux chef: Nuit transfigurée justement et 1ere symphonie de Brahms. Bouleversant. Crépusculaire. Dans les deux oeuvres.
Brahms: Symphony No. 1Schoenberg: Verklärte Nacht, Pelleas und Melisande / Karajan, Berlin Philharmonic Orchestra

Pour La Nuit transfigurée, il faut aussi se référer à la version légendaire de Karajan en studio (DGG), insurpassée.

Mais, parmi beaucoup de versions plus ou moins abouties, je place très haut les visions exceptionnelles de Giuseppe Sinopoli avec le Philharmonia (DGG) - couplée comme Karajan avec une version de référence du Pelléas et Mélisande du même Schönberg - et le trop oublié George Sebastian qui a enregistré, en 1964, une version hallucinée et brûlante avec le Gewandhaus de Leipzig (Berlin Classics)
Debussy: Prélude à l'après-midi d'un faune; Schoenberg: Verklärte Nacht Op4Schoenberg: Verklärte Nacht; Pelléas et Mélisande

A propos de cette version Sebastian/Leipzig, une anecdote: j’ai eu le privilège de rencontrer George Sebastian à la fin de sa vie et de l’interroger sur sa carrière extraordinaire. Et notamment sur ce disque, qui est l’un des premiers que j’ai acquis: quand j’évoquai l’intensité, la “chaleur” de cette Nuit transfigurée, il partit dans un grand éclat de rire en me racontant les circonstances de cet enregistrement. C’était l’hiver, la nuit (pour éviter les bruits parasites) et il faisait à peine 10 degrés dans la salle, les musiciens devaient porter des mitaines. Et du coup, pressés d’en finir, ils n’ont fait que deux prises, d’une intensité inversement proportionnelle à la température ambiante !!
Précision: cette version Sebastian/Gewandhaus Leipzig est aussi disponible sous étiquette EMI.

Fierté

Friday, January 30th, 2009

La fameuse TRIBUNE DES CRITIQUES DE DISQUES de France-Musique, disparue après le départ en retraite (ou le décès) de ses figures historiques, Armand Panigel, Jacques Bourgeois, Antoine Goléa, a été ressuscitée par la volonté du nouveau directeur de la chaîne, Marc-Olivier Dupin, et confiée depuis septembre 2008 à François Hudry (avec qui j’avais fondé, fin 1987, à la Radio Suisse Romande, une émission de même inspiration Disques en Lice - le monde est petit !).

La Tribune de dimanche dernier était consacrée à la Symphonie en ré mineur de César Franck. Je n’ai pas pu l’écouter et c’est F.Hudry lui-même qui m’a alerté sur le résultat de la confrontation, à l’aveugle, de six versions discographiques de l’oeuvre (Herreweghe, Karajan, Beecham, Monteux, Janowski et l’Orchestre de la Suisse romande… et Langrée et l’OPL). Verdict sans appel, et à écouter les commentaires des participants à cette Tribune (Christian Merlin, Jean-Charles Hoffelé et comme invité Thierry Escaich) après chacun des mouvements de la symphonie, c’est toujours la même version qui sort du lot :


Pour l’avoir longtemps pratiquée dans l’émission Disques en lice et maintenant, à Liège, dans notre série Ecouter la musique, je sais que l’écoute à l’aveugle est souvent redoutable, et que des versions que l’on aime ou considère comme des “références” se font dézinguer.

On n’en est que plus fier de voir la version de l’OPL et de Louis Langrée, enregistrée fin 2004 et parue en 2005 (sous le label ACCORD/Universal), distinguée par la Tribune de France-Musique.

On peut écouter l’émission - et les commentaires particulièrement laudatifs à l’égard non seulement du chef, mais aussi de l’orchestre (“le plus beau cor anglais”…) sur :
http://www.radiofrance.fr/francemusique/em/critiques/emission.php?e_id=65000059

Quintessence

Thursday, January 29th, 2009

Dans les années 1970, j’avais vu trois fois de suite au cinéma le film-portrait d’Artur Rubinstein par François Reichenbach L’Amour de la vie.

Je suis convaincu que ce film est en grande partie à l’origine de mon amour…de la musique. Je me le rappelle presque image par image. Et je me rappelle surtout l’émotion de Rubinstein quand il évoque le mouvement lent du Quintette à cordes de Schubert, qu’il place au-dessus, au-delà de toutes les musiques qu’il a jouées ou fréquentées.

J’ai, depuis lors, écouté des dizaines de versions de ce chef-d’oeuvre. Et revécu hier soir l’émotion de Rubinstein, et mon propre souvenir..de son émotion, à la Salle Philharmonique de Liège.

Au coeur du festival WIENMUSIK, cette soirée de musique de chambre restera gravée dans nos mémoires. Tatiana Samouil “menait” le quintette de Schubert - elle m’a avoué ensuite que c’était la première fois qu’elle le donnait en concert ! Les puristes auront relevé quelques minuscules imperfections d’ensemble, mais le miracle de cette musique sublime, géniale, était au rendez-vous. Le public ne s’y est pas trompé, qui a réservé de longues ovations à ces musiciens magnifiques.

Ce seul chef d’oeuvre de Schubert aurait suffi à nourrir notre soirée, mais Augustin Dumay et ses partenaires tenaient à nous donner aussi le 1er Sextuor à cordes de Brahms. Le grand frisson de la perfection et de la merveilleuse complicité de Dumay, Tatiana Samouil, Lise Berthaud, Natalia Tchitch, Justus Grimm et Anne Hermant.

Dans les bras de Morphée

Wednesday, January 28th, 2009

Evoqué déjà plusieurs fois sur ce blog mon “goût des mots”, qui est aussi le titre de la collection dirigée par Philippe Delerm aux éditions du Seuil/Points. Ce n’est pas une parution toute récente, mais le titre m’a interpellé : Dans les bras de Morphée, histoire des expressions issues de la mythologie.

Dans les Bras de Morphee / Petites Histoires des Expressions nées de la Mythologie
J’avoue ma nullité crasse dans le dédale (!) de la mythologie, les dieux et les héros grecs, romains, païens, je ne m’y suis jamais vraiment retrouvé. Et cela ne m’a probablement jamais beaucoup intéressé. C’est un handicap pour comprendre certains livrets d’opéra, qui exploitent, surexploitent même, les mythes et les figures de l’Antiquité. Je me remets sérieusement à l’étude, à chaque fois, pour oublier à peu près aussi vite ce que j’ai lu.

Le petit livre d’Isabelle Korda vient à mon secours, en resituant les personnages d’une mythologie foisonnante… qui a laissé de profondes empreintes dans notre langue, voire dans notre vocabulaire courant. Ariane, Dédale, Zeus, Morphée, et tant d’autres défilent sous nos yeux, avec, pour le linguiste que j’ai été, une remarquable, savante mais non pédante, mise en perspective des racines des mots les plus usuels.

Exquise Alexise

Tuesday, January 27th, 2009

Ouverture canaille hier soir du festival WienMusik de l’OPL, une soirée cabaret dans un lieu mythique de Liège, la salle du Trocadéro. Amusant de voir les deux publics d’habitués du lieu (dont on n’ose donner la moyenne d’âge !) et de fidèles de l’OPL se rencontrer, se mêler, pour un concert qui réservait aux uns et aux autres pas mal de surprises.

Le répertoire que nous avions demandé à Alexise Yerna et à des ensembles d’étudiants du Conservatoire de préprarer n’est pas fréquent: des chansons de cabaret de Schönberg, des pièces de genre (tango, foxtrott, valses chantées), des valses de Strauss transcrites pour petit ensemble par Berg, Webern et Schönberg.

Et comme tous ces répertoires “légers”, ces pièces sont d’une redoutable difficulté. On n’en a que plus de plaisir à remercier Alexise Yerna (et sa pianiste Fabienne Crutzen) - dont le nom est plus associé à l’opérette, à la variété ou aux revues dans l’esprit du public - d’avoir magistralement restitué ce répertoire. Elle tient la scène comme personne, la voix est d’une ampleur et d’une richesse admirables et la diction en remontrerait à bien des cantatrices…

Les ensembles de musique de chambre étaient, quant à eux, moins homogènes, même si on sent percer un réel talent chez certains de ces étudiants du Conservatoiire Royal de Liège. Et l’épreuve du public et d’une salle comble, le trac, expliquent sans doute quelques approximations et dérapages. Rien toutefois qui puisse gâcher le bonheur d’un public conquis.
http://www.opl.be/ZZZ-WienMusik-08-09/accueil.html

Suite aujourd’hui à 18h30 avec Philippe Cassard pour des valses…à mille temps (de Schubert, Godowski, Rachmaninov, etc.)

P.S. Certains me font remarquer (et m’en font le reproche) de passer sous silence les dramatiques faits récents de l’actualité, la tempête dans le Sud-Ouest, et l’horrible série de meurtres dans une crèche de Termonde. Face à la douleur, à l’incompréhensible, c’est, pour moi, la pudeur, le respect qui s’imposent, et je ne vois pas la nécessité d’en rajouter dans le grand maelström compassionnel qu’alimentent les médias.

Chronique

Monday, January 26th, 2009

Patrick Rambaud est très doué pour le pastiche, la satire, et on avait bien aimé sa première Chronique du règne de Nicolas Ier.

Le deuxième tome ce qui semble prendre la forme d’annales, est, comment dire, décevant. Même si maints passages restent savoureux et si l’auteur ne manque pas d’imagination pour affubler Nicolas S. de qualificatifs époustouflants.

Le passionné d’histoire qu’est Patrick Rambaud a beau jeu de faire la leçon à un Président qui s’emmêle un peu dans les références historiques. Il n’est pas meilleur quand il se fait procureur et délaisse le ton satirique, qui fait le succès et l’intérêt de ce genre d’ouvrage.
 
Deuxième chronique du règne de Nicolas Ier

L’avantage est que c’est vite lu… vite oublié !

Maastricht et Messiaen

Sunday, January 25th, 2009

Samedi partagé entre une escapade à Maastricht et un magnifique concert de musique de chambre.

On croit bien connaître une ville qu’on fréquente depuis longtemps (pour les “nuls” en géographie, la ville du fameux Traité est distante de moins de 30 km de Liège !), on n’en découvre pas moins de nouveaux horizons à chaque visite.
(Brusselsstraat)

(Vrijthof et la Cathédrale St Servais)


Une église et un couvent transformés… en hôtel très “tendance” (Kruisherenhotel).

Je lisais récemment un article sur la pratique religieuse: les Pays-Bas sont le pays où celle-ci a le plus régressé au cours des dix dernières années. On ne peut donc s’étonner de voir des églises cesser d’être des lieux de culte. En plein centre de Maastricht, une superbe nef gothique avait déjà été reconvertie en librairie/café; à quelques dizaines de mètres, c’est un bar tout de rouge et de Starck habillé, ainsi qu’un vaste restaurant en mezzanine qui accueillent désormais une clientèle branchée sous des ogives encore ornées de fresques de la Renaissance…

Retour à la Salle Philharmonique de Liège en milieu d’après-midi pour un concert de musique de chambre qui avait attiré plus de 600 auditeurs/spectateurs. Ni stars, ni programme soi disant “grand public”: l’austère Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, et des musiciens de l’OPL, Jean-Luc Votano à la clarinette, Aude Miller au violon, Geoffrey Baptiste au piano (rejoints par le violoncelle solo de La Monnaie, Justus Grimm), qui nous ont conduits au bout de l’émotion et de l’excellence. En guise de “mise en bouche”, un Grand duo concertant - brillant et virtuose - pour clarinette et piano de Weber et l’une des sonates pour piano et violon - c’est bien ainsi qu’elles sont présentées - de Mozart.

Le public a réservé des ovations pleinement justifiées à ces magnifiques musiciens qui font honneur à leur art… et à leur orchestre !

Pour rire un peu

Saturday, January 24th, 2009

Un titre a accroché mon attention, un peu à l’écart sur l’étal de mon libraire: J’ai tué Anémie Lothomb, de Jean-Pierre Gattégno (Calmann-Lévy 2009).
J'ai tué Anémie Lothomb
La quatrième de couverture donne le résumé suivant :
Jusqu’où peut aller un écrivain ignoré des médias et du public pour que l’on s’intéresse à sa littérature?
Parce que le destin a mis sur sa route le corps sans vie d’une romancière à succès, Antoine Aloubet pense que sa chance est enfin venue. Il croit tenir sa revanche et ne reculera devant rien pour sortir de l’anonymat… pour atteindre l’inaccessible gloire.
Servie par un humour féroce et déjanté, cette satire du monde des Lettres, tout à la fois grave et réaliste, pose l’éternelle question du décalage entre notoriété et talent.

Auteur notamment de thrillers psychologiques, dont plusieurs ont été portés à l’écran par Beineix, Ruiz ou Girod, Jean-Pierre Gattégno s’amuse et nous amuse à décrire le microcosme qui s’agite entre le Café de Flore et la Place St Sulpice, entre les signatures dans les FNAC et les minutes glanées dans les rares émissions télévisées à prétention littéraire.

Et clin d’oeil à la plus célèbre des écrivains belges, qui trône régulièrement en tête de gondole des grandes surfaces culturelles !

Mort à Venise

Friday, January 23rd, 2009

 Je ne suis pas toujours d’accord - loin s’en faut - avec le critique musical de Libération, mais j’aurais pu signer, sans en retirer une ligne, l’article qu’il a publié le 17 janvier dernier (“Le Death in Venice de Britten éblouit Bruxelles”) : http://www.liberation.fr/culture/0101312606-le-death-in-venice-de-britten-eblouit-bruxelles.

Je n’avais jamais vu sur scène le dernier ouvrage de Britten, un compositeur pour qui mon admiration ne cesse de croître au fil des années. Son Mort à Venise est beaucoup plus proche du roman de Thomas Mann que le film - magnifique au demeurant - de Visconti. Les tourments de l’écrivain célèbre, Gustav von Aschenbach, sont moins ceux d’un vieil homme fasciné par la beauté du jeune Tadzio et refoulant son homosexualité que d’un créateur torturé par la fuite de l’inspiration et la solitude face à la vieillesse.

La mise en scène de Deborah Warner est une merveille de tous les instants. Tout est juste. Avant de parler des chanteurs, il faut aussi souligner le choix des acteurs/danseurs adolescents qui entourent le jeune Tadzio. Rien à voir avec la blondeur pâle et filiforme de l’adolescent viscontien. Comme le soulignait le chef Paul Daniel, des “petits mecs” bien dans leur peau, et totalement indifférents aux sentiments ambigus qu’ils peuvent susciter chez Aschenbach. Le vieil écrivain qui devait être incarné par le ténor star du moment, Ian Bostridge, est joué, chanté, à la perfection par John Graham-Hall (Bostridge doit rejoindre la production la semaine prochaine). L’orchestre de la Monnaie est mis à rude épreuve dans une partition qui sollicite rarement les grands ensembles, mais travaille sur des groupes d’instruments, des alliages sonores inouïs (bassons, percussions, harpe, piano). Interprétation admirable sous la baguette plus qu’experte de Paul Daniel.

On sort de ce spectacle bouleversé comme jamais, et décidément convaincu que Britten est, pour l’opéra, le plus grand compositeur du XX° siècle.

P.S. Encore un mot sur Deborah Warner, un souvenir très fort surtout: un Fidelio de Beethoven dirigé par Louis Langrée à Glyndebourne.

Emotion

Thursday, January 22nd, 2009

Retour sur la journée historique du 20 janvier et la prestation de serment de Barack Obama.

On a suivi en direct ce bref moment où l’on a vu le nouveau président hésiter - on sait maintenant que c’est le juge de la Cour suprême qui s’était emmêlé les pinceaux dans les formules rituelles de la prestation de serment ! puis, en partie, le discours d’Obama.

Moins que les images, diffusées en boucle, sur les médias du monde entier - remontée à pied de Pennsylvania Avenue, pas de danse avec son épouse Michelle, entrée à la Maison-Blanche avec les deux petites filles… - c’est justement ce premier discours qui m’a ému et interpellé…. et qui a été très, trop peu commenté par les observateurs.

Cela vaut le coup de le relire dans son intégralité:
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Chers compatriotes
Je suis ici devant vous aujourd’hui empli d’un sentiment d’humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m’avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.

Je remercie le président Bush pour ses services rendus à la nation ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette passation de pouvoirs.

Quarante-quatre Américains ont maintenant prêté le serment présidentiel. Ils lont fait alors que gonflait la houle de la prospérité sur les eaux calmes de la paix. Mais il arrive de temps à autre que ce serment soit prononcé alors que s’accumulent les nuages et que gronde la tempête.

Dans ces moments, l’Amérique a gardé le cap, non seulement en raison de l’habileté ou de la vision de ses dirigeants, mais aussi parce que Nous le Peuple, sommes demeurés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre constitution.

Ainsi en a-t-il toujours été. Ainsi doit-il en être pour la présente génération d’Américains.

Nul n’ignore que nous sommes au beau milieu d’une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine. Notre économie est gravement affaiblie, conséquence de la cupidité et de l’irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. Des gens ont perdu leur maison ou leur emploi, des entreprises ont dû fermer leurs portes. Notre système de santé coûte trop cher. Nos écoles laissent tomber trop d’enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l’énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.

Ce sont les signes de la crise en termes statistiques. Mais, si elle n’est pas aussi tangible, la perte de confiance dans tout le pays n’en est pas moins profonde, nourrie de la crainte tenace que le déclin de l’Amérique soit inévitable et que la prochaine génération doive diminuer ses ambitions.

Je vous dis aujourd’hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache-le, Amérique, nous le relèverons.

En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l’espoir à la peur, la volonté d’agir en commun au conflit et à la discorde.

En ce jour nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique.

Nous demeurons une jeune nation. Mais pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages. Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération: la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.

Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n’est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n’avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n’a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.

Au contraire, ce sont plutôt ceux qui ont pris des risques, qui ont agi et réalisé des choses - certains connus, mais le plus souvent des hommes et des femmes anonymes - qui nous ont permis de gravir le long et rude chemin vers la prospérité et la liberté.

Pour nous, ils ont rassemblé leurs maigres possessions et traversé des océans en quête d’une vie nouvelle.

Pour nous, ils ont trimé dans des ateliers de misère et colonisé l’Ouest. Ils ont connu la morsure du fouet et la dureté du labeur de la terre.

Pour nous, ils se sont battus et sont morts dans des lieux comme Concord et Gettysburg, en Normandie ou à Khe-Sanh (Vietnam, ndlr).

A maintes reprises ces hommes et ces femmes se sont battus, se sont sacrifiés, ont travaillé à s’en user les mains afin que nous puissions mener une vie meilleure. Ils voyaient en l’Amérique quelque chose de plus grand que la somme de leurs ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l’appartenance à une faction.

C’est la voie que nous poursuivons aujourd’hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu’au début de la crise. Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l’an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l’immobilisme, de la protection d’intérêts étroits et du report des décisions désagréables.

A partir d’aujourd’hui, nous devons nous relever, nous épousseter et reconstruire de l’Amérique.

Où que nous regardions, il y a du travail. L’état de l’économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons - non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d’une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.

Nous redonnerons à la science la place qu’elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.

Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d’une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.

Cela dit, il y a des gens pour s’interroger sur l’ampleur de nos ambitions, et suggérer que notre système n’est pas capable de faire face à trop de grands projets à la fois. Ils ont la mémoire courte. Ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli, ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser quand l’imagination sert un objectif commun et que le courage s’allie à la nécessité.

Ce que les cyniques ne peuvent pas comprendre, c’est que le sol s’est dérobé sous leurs pieds et que les arguments politiques rancis auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps, ne valent plus rien. La question aujourd’hui n’est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s’il fonctionne - s’il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu’ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons. Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.

Et ceux d’entre nous qui gèrent les deniers publics seront tenus de dépenser avec sagesse, de changer les mauvaises habitudes, de gérer en pleine lumière - c’est seulement ainsi que nous pourrons restaurer l’indispensable confiance entre un peuple et son gouvernement.

La question n’est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n’est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l’étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent - non par charité mais parce que c’est la meilleure voie vers le bien commun.

En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l’idée qu’il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l’Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.

A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd’hui, depuis les plus grandes capitales jusqu’au petit village où mon père est né (au Kenya, ndlr): sachez que l’Amérique est l’amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.

Rappelez-vous que les précédentes générations ont fait face au fascisme et au communisme pas seulement avec des missiles et des chars, mais avec des alliances solides et des convictions durables. Elles ont compris que notre puissance ne suffit pas à elle seule à nous protéger et qu’elle ne nous permet pas d’agir à notre guise. Au lieu de cela, elles ont compris que notre puissance croît lorsqu’on en use prudemment; que notre sécurité découle de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et des qualités modératrices de l’humilité et de la retenue.

Nous sommes les gardiens de cet héritage. Une fois de plus guidés par ces principes, nous pouvons répondre à ces nouvelles menaces qui demandent un effort encore plus grand, une coopération et une compréhension plus grande entre les pays.

Nous allons commencer à laisser l’Irak à son peuple de façon responsable et forger une paix durement gagnée en Afghanistan. Avec de vieux amis et d’anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.

Nous n’allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.

Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d’hindous, et d’athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l’amertume d’une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l’élan d’une nouvelle ère de paix.

Au monde musulman: nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l’intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l’Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.

A ceux qui s’accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l’histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer votre étau.

Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l’eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.

Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d’une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d’être indifférents aux souffrances à l’extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences. En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.

Lorsque nous regardons le chemin à parcourir, nous nous rappelons avec une humble gratitude ces braves Américains qui, à cette heure précise, patrouillent dans des déserts reculés et des montagnes éloignées. Ils ont quelque chose à nous dire aujourd’hui, tout comme les héros qui reposent (au cimetière national) à Arlington nous murmurent à travers les âges.

Nous les honorons non seulement parce qu’ils sont les gardiens de notre liberté, mais parce qu’ils incarnent l’esprit de service, une disponibilité à trouver une signification dans quelque chose qui est plus grand qu’eux. Et à ce moment, ce moment qui définira une génération, c’est précisément leur esprit qui doit tous nous habite

Quoi qu’un gouvernement puisse et doive faire, c’est en définitive de la foi et la détermination des Américains que ce pays dépend. C’est la bonté d’accueillir un inconnu lorsque cèdent les digues, le désintéressement d’ouvriers qui préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de traverser nos heures les plus sombres.

C’est le courage d’un pompier prêt à remonter une cage d’escalier enfumée, mais aussi la disponibilité d’un parent à nourrir un enfant, qui décide en définitive de notre destin.

Les défis face à nous sont peut-être nouveaux. Les outils avec lesquels nous les affrontons sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont notre succès dépend, le travail, l’honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c’est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c’est une nouvelle ère de responsabilité, une reconnaissance, de la part de chaque Américain, que nous avons des devoirs envers notre pays et le monde, des devoirs que nous n’acceptons pas à contrecoeur mais saisissons avec joie, avec la certitude qu’il n’y a rien de plus satisfaisant pour l’esprit et qui définisse notre caractère, que de nous donner tout entier à une tâche difficile.

C’est le prix, et la promesse, de la citoyenneté.

C’est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.

C’est la signification de notre liberté et de notre credo, c’est la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes les races et de toutes les croyances peuvent se réjouir ensemble sur cette magnifique esplanade, et pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n’aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré.

Donc marquons ce jour du souvenir, de ce que nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. Aux temps de la naissance des Etats-Unis, dans les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes s’est blotti autour de feux de camp mourants, au bord d’une rivière glacée. La capitale fut abandonnée. L’ennemi progressait. La neige était tachée de sang. Au moment où l’issue de notre révolution était la plus incertaine, le père de notre nation  a donné l’ordre que ces mots soits lus:

“Qu’il soit dit au monde du futur, qu’au milieu de l’hiver, quand seul l’espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu”.

Face à nos dangers communs, dans cet hiver de difficultés, rappelons-nous ces mots éternels. Avec espoir et courage, bravons une fois de plus les courants glacés, et supportons les tempêtes qui peuvent arriver. Qu’il soit dit aux enfants de nos enfants que lorsque nous avons été mis à l’épreuve, nous avons refusé de voir ce parcours s’arrêter, nous n’avons pas tourné le dos ni faibli. Et avec les yeux fixés sur l’horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l’avons donné aux générations futures.