Archive for January, 2009

Pauvre Wolfgang

Wednesday, January 21st, 2009

J’évoque rarement ici les questions d’interprétation de la musique. Un disque qui vient de sortir de symphonies de Mozart, quelques mois après un autre, contenant un peu le même programme, suscite en moi un sentiment d’irritation, d’incompréhension.

Claudio Abbado d’abord, grand chef s’il en est, et souvent interprète inspiré de Mozart, a remis courageusement sur le métier des symphonies qu’il connaît et dirige depuis longtemps. Il en a réenregistré certaines avec une formation italienne constituée pour la circonstance.

Mozart: Symphonies Nos 29, 33, 35, 38, 41 (Coffret 2 CD)

Le résultat est…surprenant. A la sécheresse de la prise de son, dans un local qui sonne comme une boîte à chaussures, correspond une rudesse, une aigreur même des articulations, des phrasés. Est-ce donc cela Mozart?

Virgin publie un disque, très bref (50 minutes !), de trois symphonies de la période salzbourgeoise de Wolfgang-Amadé, les 25, 26 et 29, avec l’ensemble chouchou de la critique française, le Cercle de l’Harmonie, dirigé par le jeune et sans aucun doute talentueux Jérémie Rhorer. Même impression, même sentiment qu’avec Abbado. Ici vivacité se confond avec vitesse et précipitation (le 1er mouvement de la 25e, le dernier de la 29e battent des records), les détails surlignés hachent un phrasé déjà désarticulé. Comme on si on recherchait à tout prix l’absence de séduction…

Mozart: Symphonies 25, 26 & 29

On sait depuis Harnoncourt et quelques autres, qu’on peut, qu’on doit jouer Mozart autrement qu’avec les habits empesés dont l’avait revêtu toute une cohorte d’interprètes renommés (Klemperer, Böhm, Jochum, même Karajan). On sait, depuis la magnifique intégrale des symphonies réalisée par Charles Mackerras avec l’orchestre de chambre de Prague (Telarc) qu’on peut réunir dans une même vision tous les aspects du génie mozartien, violence et sérénité, larmes et sourire, rudesse et séduction.

On sait, quand on a entendu Louis Langrée, en concert ou à l’opéra, à New York ou à Glyndebourne, sans parler de Liège (une fameuse Messe en ut, un requiem… et tout un festival en janvier 2006!), que le vrai Mozart n’est pas univoque, et que son génie n’a pas besoin de trucs, d’artifices d’interprétation pour éclater en pleine lumière.
Question (dont je connais malheureusement la réponse): pourquoi Virgin (ou une autre “major”) n’a-t-elle jamais demandé à Louis Langrée d’enregistrer des opéras ou des symphonies de Mozart? Certes, il y a le magnifique “accompagnement” (avec The Orchestra of the Age of Enlightenment) de Natalie Dessay, il y aura bientôt les concertos pour violon, et la symphonie concertante. On s’en réjouit d’avance, mais notre frustration demeure…

Good luck !

Tuesday, January 20th, 2009

Le sujet du jour est incontournable, et j’y cède volontiers: la prestation de serment de Barack Obama. Je ferai partie de ces millions de téléspectateurs qui suivront l’événement, avec émotion et espoir.

Je relisais les billets que j’ai consacrés ici même à la campagne présidentielle américaine, les doutes que j’exprimais sur le contenu politique du message de celui qui n’était alors que candidat à la candidature du camp démocrate, puis sur sa capacité de devancer Hillary Clinton. Je n’avais pas assez confiance dans la volonté de changement, de nouveauté du peuple américain.
Je ne vais pas en rajouter aujourd’hui dans l’hyperbole et l’idolâtrie.

On devrait se rappeler que la politique des Etats-Unis a des constantes, qui varient peu d’un président à l’autre, même si on peut difficilement faire pire que G.W.Bush. Se rappeler aussi que le nouveau président, dont l’élection a suscité tant d’espoirs, n’est pas un magicien, et que sa seule présence, son incarnation d’un nouveau visage de l’Amérique, ne vont pas résoudre d’un coup la crise économique qui secoue et détruit des pans entiers de l’industrie américaine.
L'audace d'espérer : Une nouvelle conception de la politique américaine

Il faudra à Barack Obama non seulement beaucoup d’audace, mais de constance, de persévérance dans l’adversité.

Good Luck, Mr. President !

Un barrage contre le Pacifique

Monday, January 19th, 2009

J’aime modérément Marguerite Duras, au moins la Duras d’avant sa caricature. C’est-à-dire quelques ouvrages “incontournables” comme La douleur, l’un des livres les plus forts que j’aie lus sur la séparation, la guerre, les impossibles retrouvailles. L’amant aussi bien sûr et ce Barrage contre le Pacifique.

J’avais aimé l’adaptation au théâtre, il y a une dizaine d’années, avec Marie-Christine Barrault, très juste, mélange de force et de résignation dans le rôle de la Mère et Yvan Le Bolloc’h en Joseph. Qu’allais-je trouver dans le film du Cambodgien Ritty Panh, récemment sorti?

Indochine, 1931. Dans le Golfe du Siam, au bord de l’Océan Pacifique, une mère survit tant bien que mal avec ses deux enfants, Joseph (20 ans) et Suzanne (16 ans), qu’elle voit grandir et dont elle sait le départ inéluctable. Abusée par l’administration coloniale, elle a investi toutes ses économies dans une terre régulièrement inondée, donc incultivable. Se battant contre les bureaucrates corrompus qui l’ont escroquée, et qui menacent à présent de l’expulser, elle met toute son énergie dans un projet fou : construire un barrage contre la mer avec l’aide des paysans du village

Dans ce huis-clos familial installé au milieu d’une rizière vietnâmienne, dans les années 30, où les sentiments sont aussi cahotiques que les eaux du Pacifique submergeant la concession, cédée à prix d’escroc à la Mère (une ancienne institutrice, veuve d’un fonctionnaire colonial). Joseph, le fils, un rustre mal dégrossi qui jure à tout propos; sa soeur, Suzanne, jolie comme un coeur qui ne va pas tarder à séduire un riche Chinois.

La Mère est Isabelle Huppert. Ce n’est pas faire injure à cette grande actrice, que j’admire depuis longtemps, de dire qu’elle fait du Huppert, comme si elle était en roue libre. Plans fixes sur son visage, moue dubitative, regard au loin, peut-être plus “durassienne” que Duras… Gaspard Ulliel a fait une cure intensive de bodybuilding, ce qui le rend presque trop beau gosse pour ce rôle de Joseph. Quant à Suzanne, elle prend les très jolis traits d’une inconnue (qui ne le restera pas!) Astrid Berges-Frisbay.

Le film est long, deux heures. Plus resserré, il ne perdrait rien de la force du texte durassien. Il éviterait quelques chromos, quelques plans trop léchés ou trop attendus. Mais à voir, certainement ! Et un ouvrage à lire ou à relire, absolument !
UN Barrage Contre Le Pacifique

A table

Sunday, January 18th, 2009

La table est parfois une obligation - professionnelle -, souvent un plaisir - amical, familial -. Heureusement, les deux se conjuguent le plus souvent.

C’est ainsi que nous sommes toujours heureux (et honorés) de faire découvrir à nos hôtes, chefs d’orchestre, solistes, les bonnes tables de Liège et de ses environs. J’ai déjà dressé ici la liste de nos préférées. Mais les mauvaises surprises existent aussi. Fin novembre dernier, par un temps déjà hivernal, nous avions réservé six couverts dans un établissement tout proche de la Salle Philharmonique, pour un souper après-concert. Deux fois la réservation avait été confirmée pour 22h15. Arrivant avec le chef et la soliste, harnachée de son précieux violon, nous nous entendons répondre… qu’il n’y a plus de cuisinier, et que nous étions attendus…à 20 h ! On fait difficilement mieux dans la mauvaise foi. Résultat, nous ne sommes pas près de céder de sitôt à si piètre Tentation. Mais nous ne fûmes pas mieux accueillis As Ouhes, à qui l’on avait expliqué nos malheurs et qu’on avait prévenus de notre arrivée imminente quoique tardive. Belle image de l’accueil de Liège… pour un chef britannique et une soliste russe, transis et affamés.
Heureusement, une bien nommée Brasserie, ouverte 24h/24 rue du pont d’Avroy nous fit le meilleur accueil et les meilleures viandes qu’on puisse rêver.

Changement de décor. Hier après les événements du matin, des retrouvailles familiales étaient bienvenues. Mon fils aîné, qui devient expert en matière de bonnes adresses, avait réservé pour diner dans un établissement qui fleure bon le terroir et la tradition de simplicité, de générosité et de qualité des bistrots parisiens : L’auberge de la Butte. Pas la célèbre Butte, chantée par Bruant (Montmartre), l’autre plus modeste mais plus authentique encore, la Butte-aux-Cailles, qu’affectionnait tant le regretté Manuel Rosenthal. Une adresse à retenir sans hésiter. Tout y est, la douceur et la gentillesse de l’accueil, la perfection des produits, la touche d’originalité dans les vrais plats du terroir. Et une addition plus que modeste.

A quelques mètres, on se régale aussi - pour un peu plus cher - de côtes à l’os, de pot-au-feu, de boudins aux pommes et autres saveurs traditionnelles, Chez Paul, toujours rue de la Butte-aux-Cailles.

Bon appétit !

Départ

Saturday, January 17th, 2009

Obsèques tôt ce matin de celle dont j’esquissais le portrait dans mon billet du 14 janvier (Juste quelqu’un de bien).
Par-delà l’émotion qui nous étreignait, je me demandais si, en même temps que nous pleurions la disparue, nous ne ne pleurions pas les temps révolus que la mémoire ne retient plus que comme des années de bonheur. Revoir, pour ce qui me concerne, tant de visages autrefois familiers de cousins, de proches, d’amis de ce qui fut ma famille par alliance, ne m’a pas rendu plus triste ou nostalgique. Voir des garçons et des filles que nous portions dans nos bras ou sur nos genoux nous toiser d’une bonne tête, avec, pour certains, une calvitie naissante et grisonnante, m’a, au contraire, conforté dans l’idée que les uns et les autres nous avions fait un beau chemin. C’est à cette génération qui nous suit de prendre le relais, de maintenir ou de renouer ces liens que ni la distance, ni les séparations ou les épreuves de l’existence, ne peuvent, ne doivent distendre.

J’ai aimé cette phrase qu’on a placée en exergue du faire-part de décès: “Ce n’est pas parce que le voilier disparaît derrière l’horizon qu’il n’existe plus…”

Première réussie

Friday, January 16th, 2009

Tout le monde était sur les dents hier soir. Musiciens, chef, équipes techniques. Il s’agissait de ne pas rater une “première” dans l’histoire de l’OPL: la diffusion en direct d’un concert sur internet (www.rtc.be)

Un magnifique programme, exigeant : la 77e symphonie de Haydn (bicentenaire de la mort oblige) et la majestueuse 3e symphonie de Bruckner dédiée à Wagner. Un chef viennois, Theodor Guschlbauer, qui avait déjà laissé des interprétations inoubliables des 4e et 5e symphonies du compositeur autrichien.

Mais on n’aurait pas sa dose d’adrénaline si ne survenaient pas, au dernier moment, des imprévus. A cinq minutes du début du concert, on me prévient que l’un de nos musiciens est inapte à jouer, il est examiné par un médecin dans le bureau de la régie. Rien de grave a priori, mais un bras gauche ankylosé. Heureusement, son chef de pupitre peut reprendre sa partie dans la symphonie de Haydn, et un collègue quitte précipitamment son foyer verviétois pour être à même de le remplacer au pied levé dans Bruckner. La solidarité, le professionnalisme, jouent à plein.

Quant à la télévision locale (RTC), elle se lance aussi sans filet. Pas évident pour des cadreurs inaccoutumés à la captation d’un concert. “Coachés” par Stéphane D. ils trouveront vite leurs marques pour réussir une belle mise en images.

Expérience globalement positive, qu’on n’espère pas sans lendemain. La musique à portée du plus nombre. Un idéal qui devient réalité, grâce à l’univers virtuel du web !!

La double pensée

Thursday, January 15th, 2009

Le libéralisme est, fondamentalement, une pensée double: apologie de l’économie de marché d’un côté, de l’Etat de droit et de la “libération des moeurs” de l’autre. Mais depuis George Orwell - l’auteur célèbre de 1984 - la double pensée désigne aussi ce mode de fonctionnement psychologique singulier, fondé sur le mensonge à soi-même, qui permet à l’intellectuel totalitaire de soutenir simultanément deux thèses incompatibles.

Un tel concept s’applique à merveille au régime mental de la nouvelle intelligentsia de gauche… qui s’est ralliée au libéralisme politique et culturel”

Voilà ce qu’on peut lire - et qui a bien évidemment attiré mon attention - sur la couverture du dernier ouvrage du philosophe Jean-Claude Michéa, intitulé La double pensée, retour sur la pensée libérale (Flammarion / Champs essais, 2008)

Je n’ai fait que commencer la lecture de ce petit bouquin, et je me garderai bien de porter un jugement critique. Mais ce que j’en ai lu m’incite à le recommander, tant il est salutaire que les intellectuels se ré-emparent du débat politique en refusant a priori les idées reçues, le “prêt-à-penser” formaté et unique.

Dans ces temps de crise économique mondiale, le maniement (la manipulation?) des concepts de capitalisme, libéralisme, tel qu’il est véhiculé par des médias peu soucieux d’analyse critique, conduit à des aberrations, à des contre-sens, et in fine à l’abrutissement des citoyens qui ne savent plus à quel saint se vouer. Quand Bertrand Delanoé, maire socialiste de Paris, a eu le malheur de dire et d’écrire qu’il était un “libéral”, ses “amis” l’ont flingué joyeusement et lui ont barré le chemin de la direction du PS, oubliant - volontairement - de lire la définition que B.D. avait donnée de ce mot…qui a la même racine que “liberté”.

La lecture du petit bouquin de Jean-Claude Michéa s’impose donc, et ne doit pas rebuter ceux qui craignent qu’un agrégé de philosophie soit incapable d’écrire clair et abordable.

Juste quelqu’un de bien

Wednesday, January 14th, 2009

Elle est décédée hier près de Paris, et même si l’on pouvait s’y attendre - à son âge, 85 ans - après quelques semaines de lente descente vers la mort, sa disparition me touche.

Jacqueline M. était juste quelqu’un de bien, comme le dit la chanson. Nos chemins se sont croisés à la fin des années 70, lorsque je faisais la cour à sa fille. Après une vie active recrue d’épreuves en tous genres, elle avait choisi, la soixantaine venue, de “larguer les amarres” (merci France Inter !) et de parcourir les mers du sud avec un vieux marin belge. Ils s’étaient ensuite fixés sur l’île d’élection d’un célèbre “naufragé volontaire”, Alain Bombard, puis la santé du Belge déclinant, à Thonon-les-Bains, où ma famille et moi nous étions établis.

On la qualifiait d’originale, et c’est vrai qu’elle était tout sauf banale ou ordinaire. Artiste dans l’âme, elle n’a cessé de peindre huiles et aquarelles, sans jamais en faire commerce, juste pour le plaisir d’offrir généreusement autour d’elle, de sculpter aussi, de réaliser sur des galets, de minuscules bouts de bois, des miniatures admirables. Elle eût pu prétendre à la notoriété, chercher les feux de la rampe. Elle est restée et restera anonyme, sauf dans le coeur de tous ceux qui l’ont aimée.

Je n’oublie pas que, malgré les séparations et les épreuves, nous nous sommes toujours gardé la même affection mutuelle. Elle nous manque…

Ce que le public mérite

Tuesday, January 13th, 2009

Lu avec un peu de retard une interview de Gérard Mortier, bientôt retraité de la direction de l’Opéra de Paris (http://www.lemonde.fr/culture/article/2009/01/08/gerard-mortier-l-opera-de-paris-n-a-pas-le-public-qu-il-merite_1139360_3246.html).

Le titre en est - comme d’habitude - provocateur: “L’Opéra de Paris n’a pas le public qu’il mérite”. Ce à quoi on a spontanément envie de rétorquer: l’Opéra de Paris a-t-il (eu) le directeur qu’il méritait?

Ce n’est pas moi qui vais reprocher à M. Mortier de ne pas manier la langue de bois, et je n’ai personnellement rien contre (ni pour) une personnalité que je n’ai dû croiser que deux ou trois fois dans ma vie professionnelle.

Mais son discours est révélateur d’une attitude que nombre de responsables d”institutions culturelles véhiculent encore. Même s’ils ne l’avouent pas aussi brutalement, ils pensent que le public est, par essence, borné, conservateur, réactionnaire, et que la mission (je choisis le mot à dessein) des “culturels” est d’éduquer (de rééduquer?) le public, de lui montrer le bon chemin, de lui expliquer ce qu’il doit penser.

J’ai toujours réfuté cette prétention à régenter les esprits, à dire le bien et le mal. M’en tenant à un principe beaucoup plus modeste, respectueux du public… et plus efficace : Donner à entendre au public ce qu’il aime…et ce qu’il pourrait aimer ! C’était ce à quoi je m’efforçais comme producteur et directeur de radio, c’est encore plus vrai depuis que j’ai la responsabilité d’une grande formation symphonique et d’une salle de concerts.

Le doublement en cinq ans de la fréquentation de la Salle Philharmonique de Liège ne s’est pas fait à coup de diktats ou de démagogie. Dès lors que le public, tout le public, jeune, vieux, riche, pauvre, cultivé, novice, est respecté, considéré, il vous fait confiance, il participe aux aventures, aux découvertes que vous lui proposez. J’ai encore tout frais dans la mémoire, les échos, les messages reçus à la suite de l’interprétation inoubliable du 2e concerto pour violoncelle de Schnittke; en novembre dernier, par Pieter Wispelwey et Patrick Davin. Au milieu d’un programme “grand public” (La grande pâque russe et Les tableaux d’une exposition), cette oeuvre de 1990 - de la musique “contemporaine” rendez-vous compte ! - inconnue, a bouleversé, ému, laissé une trace profonde dans les mémoires des heureux auditeurs de ce concert.

M. Mortier annonce déjà - ils en ont de la chance les Madrilènes ! - son intention de “se colleter” avec le public du Teatro Real dont il doit bientôt prendre la direction artistique.

A Liège, on se contente d’essayer de faire partager à un public qu’on aime et qu’on respecte, ses enthousiasmes, ses passions, ses découvertes…

Une grande dame

Monday, January 12th, 2009

Au moment d’écrire ce billet, je relis l’article que mon amie Nathalie Kraft avait consacré à Brigitte Engerer sur Rue89.com ( http://www.rue89.com/droles-de-gammes/brigitte-engerer-le-piano-en-plein-corps ). Tout est dit, et parfaitement.

Brigitte Engerer est venue hier à Liège honorer un engagement qu’elle n’avait pu tenir le 25 octobre dernier, pour cause de dos bloqué, un magnifique récital composé d’extraits de Musica ricercata de Ligeti, de la 31e sonate de Beethoven, de quatre mélodies de Schubert transcrites par Liszt et de la Wanderer Fantaisie de Schubert.

L’univers du “business” musical - et le classique n’échappe pas à la règle - fait que les agents, les organisateurs, les maisons de disques, le public s’entichent d’un artiste aussi vite qu’ils s’en détournent dès que les feux de la gloire ne sont plus braqués sur lui. Brigitte Engerer a construit sa légende en partant étudier à Moscou avec Neuhaus, “le” professeur de piano par excellence, en gagnant le Concours Reine Elisabeth, en répondant à l’invitation de Karajan à Berlin, en faisant ses premiers disques pour Philips.  Depuis, elle n’a certes jamais quitté la scène, ni perdu de son aura auprès de publics fidèles, mais elle n’est pas considérée comme ce qu’elle est: une grande dame du piano, unique, au jeu reconnaissable entre tous.
En connaît-on beaucoup d’artistes français de cette trempe, une technique infaillible forgée à l’école russe, un piano profond mais jamais dur, une capacité à jouer romantique sans mièvrerie ni artifice. Ses Schubert sont tout simplement admirables, et je n’ai pas entendu depuis longtemps une Wanderer Fantaisie aussi parfaite. Pour prolonger l’émotion de ce récital, un disque indispensable (paru chez Mirare)