J’évoque rarement ici les questions d’interprétation de la musique. Un disque qui vient de sortir de symphonies de Mozart, quelques mois après un autre, contenant un peu le même programme, suscite en moi un sentiment d’irritation, d’incompréhension.
Claudio Abbado d’abord, grand chef s’il en est, et souvent interprète inspiré de Mozart, a remis courageusement sur le métier des symphonies qu’il connaît et dirige depuis longtemps. Il en a réenregistré certaines avec une formation italienne constituée pour la circonstance.
Le résultat est…surprenant. A la sécheresse de la prise de son, dans un local qui sonne comme une boîte à chaussures, correspond une rudesse, une aigreur même des articulations, des phrasés. Est-ce donc cela Mozart?
Virgin publie un disque, très bref (50 minutes !), de trois symphonies de la période salzbourgeoise de Wolfgang-Amadé, les 25, 26 et 29, avec l’ensemble chouchou de la critique française, le Cercle de l’Harmonie, dirigé par le jeune et sans aucun doute talentueux Jérémie Rhorer. Même impression, même sentiment qu’avec Abbado. Ici vivacité se confond avec vitesse et précipitation (le 1er mouvement de la 25e, le dernier de la 29e battent des records), les détails surlignés hachent un phrasé déjà désarticulé. Comme on si on recherchait à tout prix l’absence de séduction…
On sait depuis Harnoncourt et quelques autres, qu’on peut, qu’on doit jouer Mozart autrement qu’avec les habits empesés dont l’avait revêtu toute une cohorte d’interprètes renommés (Klemperer, Böhm, Jochum, même Karajan). On sait, depuis la magnifique intégrale des symphonies réalisée par Charles Mackerras avec l’orchestre de chambre de Prague (Telarc) qu’on peut réunir dans une même vision tous les aspects du génie mozartien, violence et sérénité, larmes et sourire, rudesse et séduction.
On sait, quand on a entendu Louis Langrée, en concert ou à l’opéra, à New York ou à Glyndebourne, sans parler de Liège (une fameuse Messe en ut, un requiem… et tout un festival en janvier 2006!), que le vrai Mozart n’est pas univoque, et que son génie n’a pas besoin de trucs, d’artifices d’interprétation pour éclater en pleine lumière.
Question (dont je connais malheureusement la réponse): pourquoi Virgin (ou une autre “major”) n’a-t-elle jamais demandé à Louis Langrée d’enregistrer des opéras ou des symphonies de Mozart? Certes, il y a le magnifique “accompagnement” (avec The Orchestra of the Age of Enlightenment) de Natalie Dessay, il y aura bientôt les concertos pour violon, et la symphonie concertante. On s’en réjouit d’avance, mais notre frustration demeure…







