A quelques jours (ce dimanche) d’une consultation populaire sur la candidature éventuelle de Liège au titre de “Capitale européenne de la Culture” en 2015, le débat s’emballe, et je suis comme d’autres interrogé par la presse.
Ce matin paraît dans La Libre Belgique une interview, ou plus exactement un résumé des propos que j’ai tenus hier. Ils ne diffèrent pas de la position exprimée plusieurs fois sur ce blog, position strictement personnelle, je le rappelle, et qui n’engage aucunement l’orchestre que je dirige. Je reproduis ici l’article en question.
“Liège, capitale de quoi ?” (3/6)
Pour des “assises de la culture”
BRUNO BOUTSEN
Mis en ligne le 18/02/2009
Le directeur de l’OPL n’est pas pour la candidature de Liège en 2015. Pour Jean-Pierre Rousseau, avec Liège 2015, “on se trompe de débat”. Il plaide pour une réflexion globale sur la culture qui associe tous les acteurs.
ENTRETIEN
Force est de constater d’emblée qu’ils ne sont pas nombreux, au sein de ce qu’on a coutume d’appeler les grandes institutions culturelles liégeoises, ceux qui ont accepté de lever un coin du voile sur leur perception du phénomène “Liège 2015″. Ainsi, l’actuel directeur du Théâtre de la Place, Serge Rangoni, que l’on sait proche d’un certain Elio Di Rupo, n’a pas souhaité s’exprimer. On aurait pourtant aimé avoir son éclairage sur cette problématique pour le moins actuelle mais visiblement un certain malaise s’installe quand on évoque cette question.
Pourtant contacté en dernière minute, Jean-Pierre Rousseau, qui dirige depuis dix ans l’Orchestre philharmonique de Liège (OPL), n’a lui pas hésité une seconde avant de répondre à nos questions. D’origine française, celui qui a fait passer l’OPL du statut d’institution à celui d’entreprise culturelle souligne au passage que son avis sera donné en son nom et pas en celui de l’OPL où, assure-t-il, “des avis très différents se sont exprimés sur ce sujet”. Un avis personnel éclairé et passionné.
Comment vous positionnez-vous par rapport à cette problématique “Liège 2015″ ?
Je veux tout d’abord vous dire que je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur mon blog personnel. Clairement, je ne suis pas pour la candidature de Liège comme capitale culturelle européenne. Pour moi, comme l’a dit aussi le bourgmestre Willy Demeyer, Liège est déjà une ville culturelle. Elle dispose en effet de nombreux atouts culturels et cela ne va aller qu’en s’amplifiant avec notamment la gare TGV et le Grand Curtius. Je peux vous assurer que peu de villes européennes ont autant d’atouts culturels que Liège. Certes, les subsides octroyés par les pouvoirs publics servent aux grandes institutions mais ça bénéficie aussi aux plus petites.
Comment justifiez-vous votre position ?
Je pense qu’il y a actuellement beaucoup mieux à faire pour Liège. Pour moi, clairement, on se trompe de combat. En effet, Mons prépare sa candidature depuis quatre ans alors que Liège s’est réveillée tardivement. En outre, le fait d’être désigné capitale culturelle génère des coûts très importants. On prend toujours l’exemple de Lille 2004 mais d’autres n’ont pas marché. Je pense qu’on aurait tout intérêt à jouer la solidarité wallonne. Toute l’énergie mise à élaborer cela pourrait servir à autre chose.
Que proposez-vous comme piste de réflexion ?
Je plaide en ce qui concerne Liège pour la tenue de véritables assises de la culture. Qu’on soit bien clair, je me fous de la couleur politique, il n’y a pas pour moi une culture de gauche et une de droite. Établir un plan stratégique pour la culture à Liège, cela aurait incontestablement de la gueule. Car le problème numéro un pour Liège est son manque de visibilité internationale. On ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Au lieu de se disperser dans des projets aléatoires comme Liège 2015, employons-nous plutôt à dire à la face du monde ce qu’est Liège et mettons en avant ce qui la distingue des autres villes.
Pour vous, le débat actuel, c’est du vent ?
Le débat ne sera utile que s’il est prolongé. La Ville doit impliquer les citoyens dans des projets concrets et pas dans des débats qui n’intéressent que les “cultureux”. Des questions fondamentales sont éclipsées par ce débat. Qu’est-ce qu’on fait pour favoriser l’accès à la culture dans un contexte de crise ? Il y a une nécessité de remise en question des uns et des autres et de renforcer les liens entre les acteurs de la culture.