Archive for February, 2009

Amsterdam

Friday, February 27th, 2009

Je ne me lasse pas d’Amsterdam et de sa fabuleuse salle de concert, le Concertgebouw. J’étais invité hier soir à assister à un concert de la prestigieuse phalange sous la baguette d’un jeune chef hollandais dont on m’avait vanté les promesses. Un programme qui aurait pu figurer dans la saison de l’OPL: Haendel, Haydn, Mozart, Schubert. Je n’insiste pas, parce que le choc que j’espérais ne s’est pas produit. Quelque chose d’un ennui distingué, un orchestre qui joue à la perfection, et qui n’a pas oublié les longues années Harnoncourt. Mais le “jeu à l’ancienne” ne suffit pas, si personne ne l’inspire. Disons pour être courtois que le chef, hier soir, devait être en panne d’inspiration !

Mais le déplacement valait le coup pour une autre raison: plusieurs fois, par personnes interposées, avait vaguement été évoqué le projet d’inviter l’OPL à se produire au Concertgebouw. Et - pardon pour eux ! - les projets, pour réussir, n’ont pas besoin d’intermédiaires. D’une conversation matinale sont sorties plusieurs propositions très concrètes, des dates ont été fixées, des programmes suggérés.

Dans quelques mois, je ne reviendrai donc pas seul à Amsterdam !

Un grand film nécessaire

Thursday, February 26th, 2009

Vu hier soir, en avant-première à Liège, un film-choc, qui a bouleversé les nombreux spectateurs présents : MILK, le nouveau film de Gus Van Sant, dont l’interprète principal, Senn Penn, a été très justement récompensé par l’Oscar du Meilleur interprète masculin.

http://www.apple.com/trailers/focus_features/milk/

Le résumé qu’on lit partout est singulièrement réducteur: l’histoire d’un homme politique (Harvey Milk), assassiné au début des années 80 à San Francisco pour avoir “avoué son homosexualité.

Si l’histoire d’Harvey Milk, et le film de Gus Van Sant, ont une portée universelle, c’est parce qu’au-delà de la défense des droits de la communauté gay de San Francisco - tout commence, en effet, au début des années 70 dans le secteur devenu légendaire de Castro street sur les hauteurs de la ville - c’est le combat pour les libertés, les principes inscrits sur la Statue de la Liberté, pour toutes les minorités, pour le droit élémentaire de chaque Américain de vivre libre.

Senn Penn réalise une performance exceptionnelle en incarnant, à la perfection, un personnage qui était tout sauf un théoricien, un dogmatique, un leader politique. Harvey Milk est devenu maire d’un arrondissement de San Francisco presque par hasard, mais il est redoutable d’intelligence, d’humour, parfois de rouerie, face à des adversaires qu’il ne renonce jamais à convaincre.

Le problème est que cette Amérique puritaine, coincée, réac, sectaire, intolérante, n’a pas disparu depuis ces années historiques. Elle a bien prospéré sous l’ère Bush, et l’élection d’Obama, si elle nous a rassuré sur le sursaut des valeurs fondatrices des Etats-Unis, n’a pas éteint pour autant les foyers de la réaction et de la bêtise.

Démocratie

Wednesday, February 25th, 2009

J’ai été frappé par la violence des réactions et des commentaires sur la “consultation populaire” sur Liège 2015. Atterré même.

On ne peut pas se prétendre démocrate la veille d’un scrutin, et avoir un comportement parfaitement anti-démocratique le lendemain. Quand on a perdu une élection (ça m’est arrivé dans une vie antérieure !), on n’insulte pas les électeurs, les partis, les responsables politiques, on essaie d’abord d’analyser les raisons objectives de cet échec… et de se remettre soi-même en cause. C’est ce que faisait François Schreuer sur son blog (cf.mon billet d’hier), c’est aussi ce qu’exprime l’écrivain Nicolas Ancion, dont j’ai découvert le blog à l’occasion (http://ancion.hautetfort.com/).

Quand je vois des amis sur facebook se répandre en invectives, voire créer des “groupes”, contre le bourgmestre, ou le collège communal de Liège, tel parti politique, parler de “magouilles”, etc.., je me demande s’ils mesurent bien la portée de propos qui sont d’ordinaire ceux de l’extrême-droite populiste anti-parlementaire.

La consultation populaire sur Liège 2015 n’a pas déplacé les foules, n’a pas mobilisé suffisamment d’électeurs. Si plus de 90% des électeurs potentiels ne se sont pas déplacés, c’est qu’ils ne se sont pas sentis impliqués. Pourquoi? comment aurait-on dû faire pour s’adresser à cette partie si importante de la population qui n’a pas accès, qui a peur même du mot Culture? Voilà les questions à se poser. En dehors, si c’est possible (!!!) des habituelles combinaisons politiques.

Et maintenant?

Tuesday, February 24th, 2009

Je ne vais pas, à mon tour, commenter les résultats de la “consultation populaire” organisée dimanche dernier à Liège sur le thème Liège capitale européenne de la culture en 2015 ?.

J’ai assez donné (et pris de coups !) sur le sujet. J’avais donné mon point de vue en homme libre de toute attache partisane, et en mon nom personnel. Point.

Mais j’invite à lire deux points de vue très circonstanciés, dont je ne partage pas toutes les opinions (notamment les attaques - un peu faciles, voire démagogiques - à l’encontre des politiques).

D’abord celui de François Schreuer, qui a été l’un des initiateurs de la pétition pour Liège 2015 :
http://bulles.agora.eu.org/20090223_liege_2015_bilan.html

Ensuite celui de Jean-Marc Onkelinx, qui pose quelques bonnes questions.
http://jmomusique.skynetblogs.be/post/6746678/liege-2015-un-echec-

Fusion

Monday, February 23rd, 2009

Par rapport aux enjeux actuels, la nouvelle passera totalement inaperçue, sauf de quelques irréductibles lecteurs fidèles de la presse musicale. On le savait déjà depuis plusieurs semaines dans le “milieu”, mais la lecture du Monde de la Musique du mois de mars le confirme: ce titre, fondé il y a trente ans, disparaît, ou plutôt, pour reprendre les termes élégants (on est toujours très élégant pour dire des cruautés !) de MM.Beytout et Barbier, fusionne avec CLASSICA. Le groupe Les Echos, dirigé par le premier nommé, se débarrasse d’un titre encombrant, au profit du groupe EXPRESS-ROULARTA qui avait déjà absorbé Classica (qui avait lui-même avalé Répertoire). Vous suivez toujours?

Bref, de trois mensuels français dévolus à la musique classique (et très accessoirement au jazz), il n’en restera plus que deux, DIAPASON et CLASSICA. Pour combien de temps encore, si l’on se fie aux oiseaux de mauvais augure qui annoncent la fin du CD ?

La critique musicale vit des jours difficiles, en Belgique aussi…

Or, il n’y a pas d’art qui ne doive se soumettre à critique, et si le public constitue pour les musiciens le premier “critique”, on ne peut se passer de “papiers” qui éclairent l’auditeur, le discophile. Combien d’entre nous ont découvert des compositeurs, des interprètes grâce aux journaux spécialisés, même s’il y a toujours “à boire et à manger”.

Je n’aurais probablement même pas prêté attention à une nouveauté discographique - les symphonies “londoniennes” de Haydn par un chef, ci-devant pianiste, et un orchestre de modeste réputation, Howard Shelley et l’orchestre de la Suisse italienne - si je n’avais lu dans ce dernier numéro du Monde de la Musique le papier de l’excellent Marc Vignal qui recommande très chaleureusement cette version.

J’ai aussi une pensée pour toute une équipe de journalistes, de rédacteurs, de critiques, qui - c’est presque écrit entre les lignes - sera victime de cette fusion.

Une histoire belge

Sunday, February 22nd, 2009

L’avantage d’être grippé (un peu) est de disposer d’un peu plus de temps que d’habitude pour lire, écouter de la musique, etc.

Pris sur ma table de chevet un bouquin acheté il y a quelque temps déjà…avec un peu de réticence. Le titre en est inutilement racoleur : La spectaculaire histoire des rois des Belges. L’auteur en est Patrick Rogiers et l’ouvrage vient d’être réédité en poche (Ed.Perrin / Primus)

La spectaculaire histoire des rois des Belges

Rogiers qui ne semble pas dénué d’humour sous-titre son ouvrage “roman-feuilleton” et sait captiver le lecteur. Sans doute les historiens patentés trouveraient-ils à redire, mais pour ceux qui, comme moi, connaissent mal l’histoire belge, les portraits savoureux et sans langue de bois de Leopold Ier et de ceux qui lui ont succédé, apportent un éclairage bienvenu sur cette monarchie, assez unique en son genre en Europe. L’édition en poche a bénéficié d’une actualisation bienvenue et les derniers chapitres évoquent la crise ministérielle qu’a traversée le pays depuis la fin 2007.

Passionnant

Saturday, February 21st, 2009

L’INA (Institut National de l’Audiovisuel français) publie régulièrement des archives passionnantes en CD, dans une collection “Mémoire vive” dirigée par Renaud Machart (entre nous, même si le travail éditorial est particulièrement soigné, il est exagéré de sortir ces documents au prix plein d’une nouveauté du disque, à l’heure où Brilliant Classics et maintenant EMI, BMG/Sony, Universal vendent leur catalogue à 1 ou 2 euros le CD)

Une des dernières parutions s’intitule Herbert von Karajan en V.F..

Karajan En Vf
Ce CD au minutage généreux, comprend la quasi-intégrale d’une Radioscopie de 1977 sur France-Inter, où l’ineffable Jacques Chancel recevait l’illustre chef d’orchestre, qui s’exprime une heure durant dans un français parfait. On sourit maintenant des questions de Chancel, mais qui, aujourd’hui, serait capable d’”accoucher” ses invités comme il le faisait…

Mais le plus passionnant dans l’histoire ce sont les deux fois 15 à 20 minutes, où Karajan commente - et illustre au piano - les deux premières symphonies de Brahms, au micro de Micheline Banzet en 1964, sur ce qui ne s’appelait pas encore France-Musique.

On en redemande…

Depardieu

Friday, February 20th, 2009

Je ne sais pas encore si j’irai voir le nouveau film de Claude Chabrol Bellamy dont la vedette est - c’est leur première collaboration ! - Gérard Depardieu.

Mais je viens de lire la longue interview que le comédien a donnée à Télérama. J’ai toujours eu de la sympathie pour le bonhomme, même s’il a collectionné pas mal de navets à côté de réussites exceptionnelles. J’en ai plus encore maintenant pour ce personnage complètement “hors cadre”, d’une grande lucidité sur son parcours, ses errements, d’une grande humanité surtout - ce qu’il dit de Guillaume, son fils… - Dans l’univers formaté du cinéma, du théâtre, de la télévision, il faudrait plus d’un Depardieu…

"Est-ce de ma faute si je ne peux supporter les mondanités et le monde qu’ivre mort ?”

Variations symphoniques

Thursday, February 19th, 2009

L’article paru hier matin dans La Libre Belgique (cf.mon billet du 18 février) n’a pas été sans conséquence sur mon agenda. Un point de vue “différent” intéresse forcément les journalistes…

Mais je ne pouvais ni ne voulais perdre de vue la séance d’écoute publique programmée à 18 h 30 à la Salle Philharmonique, en présence de deux “pointures” de la critique musicale - Serge Martin et Martine Dumont-Mergeay, et surtout de la soliste des concerts prévus ce soir et samedi à Liège et demain à Luxembourg, la pianiste Plamena Mangova. Sujet de cette écoute comparée: les Variations symphoniques de César Franck. Une oeuvre étrange, sorte de poème symphonique avec piano, très délicat de mise en place puisque le dialogue est constant entre le piano et l’orchestre.

Et curieusement, une pièce qui semble ne plus être du tout à la mode. Peu d’enregistrements récents, et la jeune génération de pianistes l’a rarement à son répertoire. Plamena Mangova l’a apprise tout exprès pour ces concerts…

Du coup, la confrontation d’hier s’est jouée entre des versions discographiques, qui, pour la plus récente remontaient à 30 ans ! L’ordre d’arrivée - après une écoute à l’aveugle (donc personne ne peut être suspecté de parti-pris ou de favoritisme) - atteste que certains enregistrements méritent leur qualificatif de “légendaire”. C’est le cas de Paul Strauss… avec l’Orchestre de Liège (il ne s’appelait pas encore “philharmonique” à l’époque) en 1976 avec le merveilleux Aldo Ciccolini.

Franck: Prelude, choral et fugue/Prelude, aria et finale/Variations symphoniques - Aldo Ciccolini, Paul StraussRubinstein Plays Saint-Saëns, Franck & Liszt [Hybrid SACD]
Magnifique d’élégance et de pudeur, le roi Artur très bien “accompagné par Alfred Wallenstein. Une découverte pour beaucoup, la belle version, très bien dirigée, d’Arthur Fiedler…et des Boston pops avec Leonard Pennario (RCA) Nettement plus contestée la version de Philippe Entremont et Jean Martinon (Erato). Une curiosité : la version de la pianiste Jutta Czapski, accompagnée par celui qui est son mari à la ville, Günther Herbig (Berlin classics); quant à l’improbable duo Weissenberg/Karajan (EMI), inutilement chichiteux, on peut s’en dispenser.

Franck: Symphony in D minor; Symphonic Variations; Le Chasseur mauditSelected Works

Franck: Quintette Pour Piano; Sonate Pour Violon; Symphonie in Ré MineurBrahms: Piano Concerto No. 1; Franck: Symphonic Variations; Weissenberg; Muti; Philadelphia Orchestra

Logique

Wednesday, February 18th, 2009

A quelques jours (ce dimanche) d’une consultation populaire sur la candidature éventuelle de Liège au titre de “Capitale européenne de la Culture” en 2015, le débat s’emballe, et je suis comme d’autres interrogé par la presse.

Ce matin paraît dans La Libre Belgique une interview, ou plus exactement un résumé des propos que j’ai tenus hier. Ils ne diffèrent pas de la position exprimée plusieurs fois sur ce blog, position strictement personnelle, je le rappelle, et qui n’engage aucunement l’orchestre que je dirige. Je reproduis ici l’article en question.

“Liège, capitale de quoi ?” (3/6)

Pour des “assises de la culture”

BRUNO BOUTSEN

Mis en ligne le 18/02/2009

Le directeur de l’OPL n’est pas pour la candidature de Liège en 2015. Pour Jean-Pierre Rousseau, avec Liège 2015, “on se trompe de débat”. Il plaide pour une réflexion globale sur la culture qui associe tous les acteurs.

ENTRETIEN

Force est de constater d’emblée qu’ils ne sont pas nombreux, au sein de ce qu’on a coutume d’appeler les grandes institutions culturelles liégeoises, ceux qui ont accepté de lever un coin du voile sur leur perception du phénomène “Liège 2015″. Ainsi, l’actuel directeur du Théâtre de la Place, Serge Rangoni, que l’on sait proche d’un certain Elio Di Rupo, n’a pas souhaité s’exprimer. On aurait pourtant aimé avoir son éclairage sur cette problématique pour le moins actuelle mais visiblement un certain malaise s’installe quand on évoque cette question.

Pourtant contacté en dernière minute, Jean-Pierre Rousseau, qui dirige depuis dix ans l’Orchestre philharmonique de Liège (OPL), n’a lui pas hésité une seconde avant de répondre à nos questions. D’origine française, celui qui a fait passer l’OPL du statut d’institution à celui d’entreprise culturelle souligne au passage que son avis sera donné en son nom et pas en celui de l’OPL où, assure-t-il, “des avis très différents se sont exprimés sur ce sujet”. Un avis personnel éclairé et passionné.

Comment vous positionnez-vous par rapport à cette problématique “Liège 2015″ ?

Je veux tout d’abord vous dire que je me suis déjà exprimé sur ce sujet sur mon blog personnel. Clairement, je ne suis pas pour la candidature de Liège comme capitale culturelle européenne. Pour moi, comme l’a dit aussi le bourgmestre Willy Demeyer, Liège est déjà une ville culturelle. Elle dispose en effet de nombreux atouts culturels et cela ne va aller qu’en s’amplifiant avec notamment la gare TGV et le Grand Curtius. Je peux vous assurer que peu de villes européennes ont autant d’atouts culturels que Liège. Certes, les subsides octroyés par les pouvoirs publics servent aux grandes institutions mais ça bénéficie aussi aux plus petites.

Comment justifiez-vous votre position ?

Je pense qu’il y a actuellement beaucoup mieux à faire pour Liège. Pour moi, clairement, on se trompe de combat. En effet, Mons prépare sa candidature depuis quatre ans alors que Liège s’est réveillée tardivement. En outre, le fait d’être désigné capitale culturelle génère des coûts très importants. On prend toujours l’exemple de Lille 2004 mais d’autres n’ont pas marché. Je pense qu’on aurait tout intérêt à jouer la solidarité wallonne. Toute l’énergie mise à élaborer cela pourrait servir à autre chose.

Que proposez-vous comme piste de réflexion ?

Je plaide en ce qui concerne Liège pour la tenue de véritables assises de la culture. Qu’on soit bien clair, je me fous de la couleur politique, il n’y a pas pour moi une culture de gauche et une de droite. Établir un plan stratégique pour la culture à Liège, cela aurait incontestablement de la gueule. Car le problème numéro un pour Liège est son manque de visibilité internationale. On ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Au lieu de se disperser dans des projets aléatoires comme Liège 2015, employons-nous plutôt à dire à la face du monde ce qu’est Liège et mettons en avant ce qui la distingue des autres villes.

Pour vous, le débat actuel, c’est du vent ?

Le débat ne sera utile que s’il est prolongé. La Ville doit impliquer les citoyens dans des projets concrets et pas dans des débats qui n’intéressent que les “cultureux”. Des questions fondamentales sont éclipsées par ce débat. Qu’est-ce qu’on fait pour favoriser l’accès à la culture dans un contexte de crise ? Il y a une nécessité de remise en question des uns et des autres et de renforcer les liens entre les acteurs de la culture.