Archive for June, 2009

Le concurrent

Tuesday, June 30th, 2009

Il n’a jamais connu, en dehors de la sphère germanique, la célébrité de son quasi-contemporain Dietrich Fischer-Dieskau. Et pourtant, toute révérence gardée, je préfère de loin Hermann Prey, l’autre grand baryton allemand du XXème siècle, né il y a 80 ans à Berlin (et décédé en 1998).

Deutsche Grammophon a eu l’excellente idée de rééditer sous un joli boîtier carton les trois fameux grands cycles de Lieder schubertiens: Die schöne Müllerin (La belle meunière), Winterreise (Voyage d’hiver) et Schwanengesang (Le chant du cygne).

A la différence de Fischer-Dieskau - dont le timbre même de la voix peut irriter - qui surjoue chaque mélodie, en donnant presque une vision expressionniste, Prey a toujours eu un grain de voix, un timbre d’une chaleur exceptionnelle. Et dans Schubert, il se “contente” - ce qui suppose évidemment un travail immense - de la simplicité, de l’évidence.

Pour ceux qui redoutent d’affronter ces cycles de mélodies, pourtant parmi les plus populaires et abordables, cette version d’Hermann Prey est idéale.
Ne pas oublier “la” version pour ténor, avec l’insurpassé Fritz Wunderlich, contemporain de Prey puisque né en 1930 et tragiquement décédé à 36 ans en 1966.

Pour ce qui est d’Hermann Prey, il reste pour tous les mélomanes un Figaro de légende, tant dans Mozart  que dans Rossini :

Et pendant ce temps-là…

Monday, June 29th, 2009

Quelle aubaine pour les médias que la mort à épisodes du “roi de la pop” !

D’abord la fabrication d’une icône intouchable, forcément intouchable, ces foules éplorées qui partout dans le monde - c’est vrai que Michael J. était une star mondiale - singent celui qui a révolutionné l’industrie du disque il y a 25 ans…et qui depuis 15 ans n’avait plus rien produit.. Intouchable, paré de toutes les vertus, on va bientôt nous démontrer que sa vie fut exemplaire…

Mais pendant qu’on s’interroge de très très longues minutes dans chaque journal télévisé sur des questions aussi essentielles que les circonstances de la mort, l’autopsie, la date et le nombre de cérémonies de funérailles, les réactions de la famille, le testament, et même le sort des trois enfants du défunt (!!), on ne va quand même pas fatiguer le téléspectateur avec l’Iran et sa démocratie bafouée, ses manifestants matés, le coup d’Etat au Honduras, la prime à la fraude électorale (la victoire du maire invalidé de Perpignan) ou la montée de l’extrême-droite à Hénin-Beaumont. Encore moins avec la crise, les fermetures d’usines, les “plans sociaux” (il faudrait décerner le Nobel de l’hypocrisie à celui qui a inventé cette expression).

Et maintenant, braves gens, les vacances arrivent. Ne vous en faites donc pas, quand on aura épuisé le feuilleton Jackson, on vous proposera les “marronniers” de saison, la propreté des plages, les recettes pour bronzer idiot, les vacances de nos gouvernants.

Don’t worry, be happy !

Mythologies belges

Sunday, June 28th, 2009

Mythologies de Roland Barthes est devenu un ouvrage-culte dont on a célébré le 50ème anniversaire il y a quelques mois (cf. mon billet du 6 février dernier).

Je ne sais pas si Petites mythologies belges de Jean-Marie Klinkenberg (Ed. Impressions nouvelles) est promis au même destin. Toujours est-il que ce recueil de 2003 vient de bénéficier, pour reprendre les mots de l’auteur, d’une “édition revue et considérablement augmentée”.

Je ne connais pas personnellement J.M. Klinkenberg, professeur de “sciences du langage” à l’Université de Liège mais la lecture de ces Mythologies est tout sauf austère ou académique. La “quatrième’ de couverture prévient: “L’auteur se donne les armes de l’anthropologie et de la sémiotique, mais aussi celles d’une ironie à la fois implacable et complice”.

Petites mythologies belges

A l’instar de Barthes, auquel il se réfère explicitement, Klinkenberg épingle savoureusement, et souvent dans le “politiquement incorrect”, les caractéristiques, les traits dominants de la culture belge, de l’esprit des Belges. Les titres de ses chapitres sont pour le moins évocateurs : Rouler à vélo, Monter à Paris, Avoir une brique dans le ventre, Ovationner le roi, Une opposition structurante : Anderlecht versus Standard, etc.

Un extrait…savoureux justement :
“La cuisine belge est mijotée, prolongée, poursuivie, reconduite. Elle a fait de la répétition son rite. Prenez la frite, parangon du mets belge. Sa texture a son secret, sa croustillance son mystère, mystère jamais percé par ces étrangers qui, à Rio ou à Tombouctou, s’épuisent à offrir à leur clientèle de simples verges flaccides et graisseuses…. Le secret est simple : à la maison comme à la friterie, la friteuse frit toujours deux fois. Comment s’étonner que la Belgique perdure et soit continuellement reconduite, puisque sa cuisine obéit secrètement à un principe de reprise !”

Les inconnus dans la maison

Saturday, June 27th, 2009

J’emprunte ce titre au roman éponyme de Simenon et au film d’Henri Decoin (1941) adapté et dialogué par Clouzot. C’est une idée d’émission de radio que je porte - et ai proposée - sans succès depuis des années, ce sera une série de billets que je consacrerai cet été aux grands interprètes méconnus ou oubliés, ou encore aux chemins de traverse empruntés par certains d’entre eux.

Aujourd’hui Eileen Farrell, née en 1920 dans le Connecticut et morte en 2002 dans le New Jersey. Une cantatrice atypique qui n’est guère sortie de son Amérique natale, pour faire une carrière “classique” relativement brève mais dense sur les grandes scènes de San Francisco, Chicago et surtout New York.
Atypique parce que, pendant qu’elle chantait les grands Verdi et Wagner au Met, elle ne résistait pas au bonheur de se produire dans des boîtes de jazz et autres lieux nocturnes.

Cela donne une discographie peu abondante mais très contrastée , dont voici mes éléments favoris.


Verdi, Puccini bien sûr, une voix ample, riche.
A repérer, si on le trouve dans des magasins de “second hand”, des extraits de Wagner (notamment La Mort d’Isolde) avec Charles Munch et l’orchestre symphonique de Boston (RCA)

Les CD “non classiques” d’Eileen Farrell sont plus nombreux. Celui-ci date de la toute fin des années 50, lorsque la chanteuse est à l’apogée de ses moyens. Fabuleux. Les plus récents - il y a encore des enregistrements des années 90 - sont moins à l’honneur de cette grande dame.


Compassion

Friday, June 26th, 2009

Il y a des matins où l’actualité s’invite et s’impose surtout dans un blog qui fait la part belle à la musique.

Et pourtant je ne pense pas être un monstre si je dis que la mort (par crise cardiaque??) de Michael Jackson ne me bouleverse pas outre mesure. On va devoir subir, à longueur de journaux télévisés, et d’émissions spéciales, l’hagiographie de “la plus grande star mondiale de la chanson”.

Je ne me sens pas obligé de participer à l’affliction générale, même si je ne peux nier l’impact que le chanteur et ses célèbres déhanchements ont eu sur des millions de gens.

Faut-il verser une larme sur le décès le même jour d’une jolie blonde, Farah Fawcett, qui avait courageusement parlé de sa lutte contre le cancer qui la rongeait ?

Bonnes tables

Thursday, June 25th, 2009

Liège et sa région n’en finissent pas de nous étonner par la variété et la richesse des bonnes tables, pour tous les budgets.

Sans abandonner ni renier mes plus anciennes amours dans ce domaine, je veux parler de quatre adresses, toutes situées dans la même rue, piétonne de surcroît, et dotées de jolies terrasses si agréables pour les soirs d’été. 

 
(Photo Jan Boeykens, Belgiumview.com)

Les quatre établissements longent l’ancienne Halle aux Viandes, située rue de la Goffe, construite en 1546 - ce qui en fait probablement le plus ancien édifice de la Cité ardente - et longtemps siège de la Compagnie des Bouchers.

Alter Ego
Au n°2 rue de la Goffe on trouve l’Alter ego, qui a connu plusieurs appellations et plusieurs chefs. Le lieu est petit, cosy (la réservation est nécessaire). Et plutôt qu’une carte imposante et chère, on nous propose un menu pour moins de 40 €, bien troussé, plutôt dans la légèreté, mais avec des portions convenables, voire copieuses. Ouvert le dimanche soir !

Juste en face, L’Epicerie a pris le relais d’enseignes qui n’ont pas cessé de changer depuis le départ de Robert Lessenne et de son Grand Restaurant il y a une dizaine d’années. Espérons que la jeune équipe menée par Julien Marzano qui s’est installée dans cette très belle maison ancienne maintiendra le cap d’une cuisine à tendance nettement italienne, généreuse, et servie avec le sourire…même par temps d’affluence !

A quelques mètres, en descendant la rue de la Goffe vers la Meuse, Chez Nathalie présente le décor et la carte typiques de ce qu’on pense être un authentique bistrot français. “Cuisine française et de terroir”, l’enseigne tient excellemment ses promesses. Et pour une addition des plus raisonnables.

Enfin juste à côté, ouvert il y a moins de cinq mois, un restaurant qui fleure bon la Méditerranée et propose des couscous “aussi bons que là-bas”, Au goût du sud. Copieux, impeccable et souriant.

Bon appétit !

Prénom : Frédéric

Wednesday, June 24th, 2009

Que d’âneries n’entend-on pas en boucle depuis l’annonce - par l’intéressé lui-même ! - de la nomination de Frédéric Mitterrand comme nouveau Ministre de la Culture du gouvernement français : ce serait un signe manifeste de l’ouverture à gauche, voulue par Nicolas Sarkozy, puisqu’il s’appelle Mitterrand et qu’il est le neveu du défunt président de la République. Quelques journalistes, plus scrupuleux, font observer que ledit Frédéric a appelé à voter Chirac en 1995 (le tonton n’était pas encore mort) et en 2002, puis Sarkozy en 2007. La “prise à gauche” est un peu datée..

Quant à moi, cette nomination me réjouit. Et pas du tout pour ces raisons microcosmo-politiciennes.

Frédéric Mitterrand est un homme de culture, il aime les artistes, les intellectuels, il s’aime aussi lui-même, juste ce qu’il faut dans ce poste surexposé, mais avec beaucoup plus de talent qu’un Jack Lang. Rien dans l’histoire personnelle et la carrière professionnelle de F.M. n’est très ordinaire. Il n’a jamais craint le scandale, dès lors qu’il pouvait faire bouger les lignes, il a fini par inventer un “style Mitterrand” notamment dans ses activités audiovisuelles et ses inimitables portraits de stars du cinéma.

Et aucun de ceux qui ont lu ses deux derniers ouvrages, en forme d’autobiographie à peine romancée, n’a pu rester insensible aux fêlures, aux doutes, aux blessures affectives, qui donnent une épaisseur humaine à la silhouette de dandy d’un autre siècle que trimballe le nouveau ministre de la culture.

La mauvaise vieLa mauvaise vie, suite... : Le Festival de Cannes

Certes, c’est une “belle prise” pour Nicolas Sarkozy, et c’est probablement le meilleur choix ministériel qu’il ait fait depuis son élection. Mais si Frédéric Mitterrand bénéficie d’un préjugé très favorable dans un milieu culturel qui a le sentiment d’être oublié, négligé, voire méprisé depuis trop longtemps, il va devoir gérer la crise qui n’épargne pas son nouveau Ministère, faire passer certaines pilules très amères.

On lui souhaite de ne pas se laisser enfermer dans son nouveau corset ministériel, de garder sa liberté de ton, son goût des autres et du monde.

Combien gagnent les musiciens ?

Tuesday, June 23rd, 2009

J’ai emprunté à Jacques Drillon le titre de son article dans le dernier numéro du Nouvel Observateur :
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2328/articles/a403898-.html

Un peu décevant cet article finalement. Certes il “révèle” que les stars de la musique gagnent bien leur vie et demandent des cachets parfois faramineux, il montre l’écart entre les modestes cachets et revenus de l’immense majorité des musiciens professionnels et le train de vie de certains cumulards. Mais notre ami Drillon, qui a pourtant puisé aux meilleures sources, ne pousse pas plus loin la réflexion sur l’économie de la musique classique, ne s’interroge pas sur la pertinence et la pérennité d’un tel système.

Je n’ai pas la prétention de traiter le sujet en un seul billet. Car il y a évidemment beaucoup à dire sur le devenir du métier de musicien, sur l’organisation du modèle économique de la musique.

Nous sommes, à l’orchestre, confrontés chaque jour à un système qui semble oublier, ignorer le monde dans lequel nous vivons. La crise? Le chômage de masse? allons donc, n’ennuyez pas les artistes et surtout leurs agents avec ce genre de considérations. C’est le règne du toujours plus. Du déraisonnable, parfois de l’indécent. Si l’on parvient toujours à s’entendre sur un projet, un objectif artistique, la discussion sur le montant et la nature du cachet s’apparente plus à une discussion de marchands de tapis au bazar de Marrakech. Epuisant, fastidieux, inutile.

Qu’on se rassure, nous nous en tenons, pour notre part, à des limites, celles du bon sens, du raisonnable, compatibles avec nos moyens - ceux que nous octroient les pouvoirs publics, donc les contribuables !, et nous n’avons jamais cédé à la surenchère. Je n’ai pas, pour autant, le sentiment que les chefs, solistes, ensembles que nous invitons soient de second rayon ou de piètre talent. Preuve que, pour les vrais artistes, l’appât du gain n’est pas la motivation première.

Mais je reviendrai sur un sujet qui ne doit pas être tabou : l’argent de la musique.

P.S. Certains lecteurs de ce blog se plaignent de ne pas savoir comment écrire un “commentaire” sur tel ou tel sujet. La procédure est simple : au bas de l’article considéré, cliquer sur “comments”. Une fenêtre s’ouvre où l’on peut écrire le texte qu’on souhaite. Cliquer sur “send”. Puis cocher soit “identified author” (vos coordonnées mail et autres n’apparaissent pas dans le commentaire), soit “anonymous commenter”. Ensuite inscrire le code en plusieurs lettres qui s’affiche et cliquer sur “publish”. Votre “commentaire” m’est alors soumis pour accord, et dès lors qu’il ne présente pas un caractère insultant ou diffamatoire… je le publie. Ne vous en privez donc pas !

Fête de la musique

Monday, June 22nd, 2009

Chaque année, depuis 1982, date de la première “Fête de la musique” créée par Maurice Fleuret, la polémique revient. Est-ce la fête de la pratique amateur, chacun pouvant “s’exprimer” librement à chaque coin de rue? ou est-ce le règne de la musique organisée à grande échelle pour une consommation maximum de sons et de décibels?

Pour l’OPL, la fête de la musique, c’est toute l’année évidemment, mais c’est évidemment une opportunité de proposer des programmes originaux, comme l’Hommage à Gainsbourg qu’une dizaine de groupes et d’interprètes de la “scène rock” liégeoise (de sacrés talents !) et l’OPL ont donné hier soir.

Réunis par Benjamin Schoos (Miam Monster Miam), des musiciens et chanteurs (Jacques Duval, Ecco homo, Ete 67, Sophie Calet, etc.) de premier plan ont donné une quinzaine de chansons de Gainsbourg, des plus connues et classiques à certaines plus inattendues. Très bons enchaînements, éclairages réussis, et surtout d’excellentes interprétations de la poésie gainsbourgienne. Devant une salle archi-comble où toutes les générations avaient pris place.
Révélation pour moi de la soirée, le duo Dan San, un chanteur qui sait ce que chanter veut dire, une voix pleine et vibrante, et un guitariste à l’unisson.

En seconde partie, toujours présentée par Miam Monster Miam, et devant une salle toujours aussi comble, l’OPL, en très grande forme, sous la baguette inspirée de Jean-Pierre Haeck, donnait quatre extraits symphoniques d’oeuvres dont s’est directement inspiré Gainsbourg : Sur un marché persan de Ketelbey, le 3e mouvement de la 3e symphonie de Brahms, la Chanson de Solveig du Peer Gynt de Grieg et le 1er mouvement de la célèbre symphonie du Nouveau Monde de Dvorak.

Le tout était diffusé en direct sur le réseau des télés locales de Wallonie et Bruxelles.

La fète des pères

Sunday, June 21st, 2009

C’était il y a une semaine en Belgique, c’est ce dimanche en France et en Grande-Bretagne : la fête des pères. Cette manie de découper le calendrier en “fêtes” de toutes sortes, sans raison historique, religieuse ou..météorologique, m’horripile, mais puisque l’habitude est solidement prise de fêter les mères, puis les pères, profitons-en pour faire un arrêt sur images !!

Sans regret, ni nostalgie pour ce qui me concerne. Je l’ai déjà évoqué ici, cela fait plus de 35 ans que je ne peux plus fêter mon père, mais il continue de m’inspirer, de m’habiter.

En revanche, je n’attends pas le jour de la fête des pères pour m’interroger sur mon rôle, ma capacité de père. Sans excès d’autoflagellation ni de complaisance. Ses enfants, on les aime. Sans limite, sans condition, sans réserve. Le fait-on bien? comme ils le souhaiteraient? est-on ce qu’on appelle “un bon père”? Je n’en sais rien. On fait modestement ce qu’on peut, pour le mieux.

L’absence du père est évidemment un sujet qui me touche particulièrement et à leur manière deux jeunes femmes, écrivains d’occasion mais de très grand talent, ont donné leur sentiment du père absent, disparu ou inconnu. Clémence Boulouque avec Mort d’un silence (Folio), et Sylvie Testud avec Gamines (J”ai lu)

Gamines

Un court extrait de Gamines :

- Qu’est-ce que tu faisais dans la chambre de maman ? -J’ai volé une photo. Une toute petite photo. - Tu lui ressembles tellement, a dit ma soeur.J’ai mis la photo dans la poche de mon jean. Je me suis assise dessus pendant trente ans. - La photo est ressortie de ma poche !j’ai dit à mes soeurs.J’ai vu l’homme de la photo ! - Qui ? - Celui qui porte le même nom que nous, le même nom que moi. Ce n’est pas une photo, c’est un homme.J’ai donc un père. Que dois-je faire ? Trente ans que je réponds : ‘Je n’ai pas de père. Je n’ai qu’une photo.’ Devant les mines compatissantes, je réponds depuis trente ans :’ Je n’ai pas de père, mais je m’en fiche, c’est comme ça.’