Prénom : Frédéric

Que d’âneries n’entend-on pas en boucle depuis l’annonce - par l’intéressé lui-même ! - de la nomination de Frédéric Mitterrand comme nouveau Ministre de la Culture du gouvernement français : ce serait un signe manifeste de l’ouverture à gauche, voulue par Nicolas Sarkozy, puisqu’il s’appelle Mitterrand et qu’il est le neveu du défunt président de la République. Quelques journalistes, plus scrupuleux, font observer que ledit Frédéric a appelé à voter Chirac en 1995 (le tonton n’était pas encore mort) et en 2002, puis Sarkozy en 2007. La “prise à gauche” est un peu datée..

Quant à moi, cette nomination me réjouit. Et pas du tout pour ces raisons microcosmo-politiciennes.

Frédéric Mitterrand est un homme de culture, il aime les artistes, les intellectuels, il s’aime aussi lui-même, juste ce qu’il faut dans ce poste surexposé, mais avec beaucoup plus de talent qu’un Jack Lang. Rien dans l’histoire personnelle et la carrière professionnelle de F.M. n’est très ordinaire. Il n’a jamais craint le scandale, dès lors qu’il pouvait faire bouger les lignes, il a fini par inventer un “style Mitterrand” notamment dans ses activités audiovisuelles et ses inimitables portraits de stars du cinéma.

Et aucun de ceux qui ont lu ses deux derniers ouvrages, en forme d’autobiographie à peine romancée, n’a pu rester insensible aux fêlures, aux doutes, aux blessures affectives, qui donnent une épaisseur humaine à la silhouette de dandy d’un autre siècle que trimballe le nouveau ministre de la culture.

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Certes, c’est une “belle prise” pour Nicolas Sarkozy, et c’est probablement le meilleur choix ministériel qu’il ait fait depuis son élection. Mais si Frédéric Mitterrand bénéficie d’un préjugé très favorable dans un milieu culturel qui a le sentiment d’être oublié, négligé, voire méprisé depuis trop longtemps, il va devoir gérer la crise qui n’épargne pas son nouveau Ministère, faire passer certaines pilules très amères.

On lui souhaite de ne pas se laisser enfermer dans son nouveau corset ministériel, de garder sa liberté de ton, son goût des autres et du monde.

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