Archive for July, 2009

La chanteuse et le compositeur

Thursday, July 30th, 2009

En vacances, on emporte des lectures…de vacances ! Et pas toujours les plus intellectuelles.

Je m’étais laissé dire que les mémoires de Françoise Hardy rompaient heureusement avec le genre de la “bio” de people, complaisamment écrite par un nègre. Le désespoir des singes et autres bagatelles (Ed. J’ai lu) ressortit certes au genre classique de l’autobiographie, mais est souvent plus intéressant que le déroulé anecdotique d’une vie de vedette de la chanson.

Si l’on passe sur les considérations philosophico-mystico-ésotériques de la dame, on découvre un personnage complexe, très longtemps complexé par son éducation, son physique (!!), ses rapports avec ses proches. Le “couple idéal” qu’elle forme aux yeux du grand public, avec Jacques Dutronc, en prend un sacré coup dans l’aile. Et pourtant nulle impudeur, nul règlement de comptes. Une personnalité touchante, qui tranche avec ses contemporains, en s’intéressant à bien d’autres disciplines, bien d’autres arts que le sien (que, comme Gainsbourg, elle considère comme mineur).

Ainsi la jeune Françoise Hardy écoute-t-elle Berio, Xenakis, Boulez - dans les années 60 - elle rencontre Stockhausen et entretiendra avec le compositeur allemand qui la fascine par sa liberté, son audace, son intelligence, une longue et belle amitié.

Et moi j’ai pour Françoise Hardy beaucoup de tendresse. Les plus belles de ses chansons ne sont pas forcément les plus connues, ses disques en anglais par exemple sont de petits bijoux. Et, on ne sait pourquoi, certaines chansons à trois sous, petites romances sans conséquence, ravivent des souvenirs, éveillent une nostalgie. Comme cette Maison où j’ai grandi, adaptation d’un succès d’Adriano Celentano Il ragazzo della via Gluck.

http://www.youtube.com/watch?v=6AXNRi4dtJY

http://www.youtube.com/watch?v=_Jx4_zx1zr8

L’Amérique

Tuesday, July 28th, 2009

J’aime l’Amérique. Pour ce que bien d’autres plus talentueux ont décrit comme the American way of life. J’ai évité d’y passer des vacances pendant l’ère Bush, j’y reviens cet été comme si l’élection d’Obama avait changé quelque chose.

Il y a dix ans déjà, alors que j’étais dans la plus grande des incertitudes professionnelles - viré de France-Musique (mais pas de Radio-France) et pas encore candidat à la direction de l’OPL - j’avais parcouru, cinq semaines durant, la Californie, le Nevada, les Grands Parcs (Grand Canyon, Monument Valley, etc.), le Nouveau Mexique, etc.

Tout ce que je découvrais était plus beau, plus grandiose, plus magique que tout ce que j’avais imaginé dans mes rêves d’adolescent. A plus de quarante ans je faisais mon baptème d’hélicoptère au-dessus du Grand Canyon, dans un minuscule appareil qui ne pouvait contenir plus de quatre passagers. A chaque fois que le pilote se retournait pour s’assurer que nous allions bien, l’appareil était pris d’une secousse qui ne manquerait pas d’être fatale s’il persistait à ne pas tenir ferme son manche…

Autre souvenir cuisant, la descente (et la remontée) à pied au fond du Grand Canyon, 20 kilomètres aller et retour. On était prévenus qu’il fallait entamer la descente au petit jour (maximum 5 heures du matin) pour ne pas subir le soleil au zénith et que, vu l’encaissement dudit canyon, un secours en hélicoptère était exclu. En pleine descente sur un chemin escarpé et raide mais peu dangereux, mon genou droit entreprit de se bloquer. Refusant de renoncer à une excursion aussi exceptionnelle, je fis le reste de la descente en boîtant comme un invalide de guerre. Arrivé en bas, je dus me résoudre à ne pas suivre mes compagnons de randonnée jusqu’au bord du Colorado et à reconstituer le peu de forces qui me restaient….pour remonter la pente !! C’est dans ce genre de circonstances qu’on mesure la force de la volonté, ce que les sportifs appellent la rage de vaincre. Je décidai d’oublier la douleur qui me tenaillait et de grimper le chemin du retour en traitant par le mépris ce foutu genou.

Ces vacances-ci s’annoncent plus calmes, le Vermont où j’ai élu domicile pour une petite semaine, est nettement moins escarpé que les rives du Colorado. Les paysages et les rares villages sont comme hors du temps. De belles maisons en bois témoignent de l’arrivée des premiers colons britanniques au XVIIIème siècle (voir quelques photos sur Facebook: http://www.facebook.com/album.php?aid=95359&id=629007601&ref=mf).

Prairies grasses et forêts de résineux et d’érables se partagent la surface de l’un des états les moins peuplés des Etats-Unis. La vie est simple, l’accueil aimable. L’Amérique comme on l’aime.

Summer in Vermont

Sunday, July 26th, 2009

Pour ces vacances américaines, cap sur l’Etat frontière avec le Canada, le Vermont (littéralement les Verts Monts ou Green Mountains). En fait de montagnes, on est loin des sommets des Rocheuses, elles ne doivent guère dépasser les monts ardennais ! Mais le climat est plus rude, l’hiver plus froid…et l’été aussi !

Pour qui veut se reposer, forêts, prairies, étangs et lacs à perte de vue. Quelques points communs avec la Carélie (Finlande) visitée il y a trois ans.

J’ai fait halte dans une grande maison en bois loin de tout. Seule concession à la modernité: internet ! Pour le reste, le calme d’une nature profonde et généreuse.

En mode vacances

Saturday, July 25th, 2009

Les vacances… enfin !

Je ne promets donc aucune régularité sur ce blog. Au hasard de mes  ballades ou de mes découvertes, sans doute ici et là un coup de coeur.

Les affaires de l’été

Friday, July 24th, 2009

Qu’on soit ou non en vacances, le rythme estival est en général plus propice à des séances d’écoute musicale prolongée. Surtout en déplacement, grâce à ces petits appareils miraculeux qui ont pour nom IPod ou autres MP3.

Les “magasins” en ligne (de type IStore) proposent, parfois involontairement, de très bonnes affaires : il y a quelques mois on pouvait ainsi télécharger des coffrets entiers de Deutsche Grammophon ou Philips pour le prix d’un seul disque (9,99 euros!). Il y a eu correction depuis, mais en cherchant bien on trouve encore de belles occasions.

Ainsi, actuellement, on peut télécharger l’intégrale des symphonies de Beethoven par Josef Krips et l’orchestre symphonique de Londres (parue jadis sous label Everest) pour moins de 7 euros

ref=dp_image_0.jpg

Ou la toute récente réédition en coffret de tous les Haydn réalisés par Bernstein pour CBS/Sony (les symphonies parisiennes et londoniennes, la Création, plusieurs messes) pour…9,99 euros.

ref=dp_image_0.jpg

De la même manière, on trouve tous les disques Chandos à prix réduit (8,99) ainsi que tous les Naxos (à moins de 5 euros).

Les puristes continuent de trouver qu’on perd de la substance et de la définition par rapport à la source originale (voire au bon vieux disque vinyle). Pour une écoute ambulatoire, le résultat est déjà saisissant .

Bonnes affaires, bonne écoute !

La vraie Suisse

Thursday, July 23rd, 2009

Toute ma famille maternelle est suisse, et je ne renie pas cette origine, même si j’ai souvent eu beaucoup de mal à me ressentir suisse. La Suisse et les Suisses ont des aspects étonnants (notamment leur capacité d’intégrer les étrangers, les réfugiés, les damnés de la Terre… mais aussi les exilés fiscaux !), sympathiques ou irritants.

Ils pratiquent au moins l’autodérision et aiment se moquer de leurs petits et grands travers.

J’ai adoré les spectacles qu’a donnés dans toute l’Europe, il y a quelques années mainteant, le comédien suisse romand Joseph Gorgoni affublé du personnage de Marie-Thérèse Porchet, plus vrai que nature. Sa “leçon de géographie” est restée mémorable :

http://www.youtube.com/watch?v=lvXSPm68jhE

http://www.youtube.com/watch?v=Ox4nqOR3jhI

Garanti authentique ! Parfait pour se dérider les zygomatiques !

Culte

Wednesday, July 22nd, 2009

Il y a des films, des chansons, qu’on ne se lasse jamais d’entendre et de réentendre. On se rappelle l’inénarrable Peter Sellers comme l’inspecteur Jacques Clouseau (accent français en prime !) dans la série des Panthère rose.

http://www.youtube.com/watch?v=Ek44tW0Dqig

Mais il est inégalable, insurpassé, dans un film doublement “culte”, The Party (1968), toujours réalisé par Blake Edwards, une sorte de Monsieur Hulot à l’anglo-saxonne, totalement déjanté. L’autre “attraction” de ce film est la présence de la chanteuse Claudine Longet, dont les quelques rares disques ont été réédités au début des années 2000 et ont connu un succès foudroyant. Cette séquence en particulier, une chanson due à Henry Mancini, Nothing to lose.

http://www.youtube.com/watch?v=cak9bZpn4uQ

Les fausses réputations

Tuesday, July 21st, 2009

J’entendais dimanche dernier sur Musiq3 une ravissante et suave voix féminine nous conter les mérites du chef d’orchestre Daniel Harding. Une nouvelle recrue de la chaîne musicale belge? Je mets sur le compte de son inexpérience l’enfilade de “perles” et de truismes qui caractérisait son propos.

Surtout à propos d’un musicien dont, disque après concert, je ne parviens pas à cerner la vraie personnalité ni à expliquer la carrière internationale qui est la sienne alors qu’il n’a pas 35 ans…

http://www.youtube.com/watch?v=lOKPIrjYESU

Pourtant ce n’est pas faute de l’avoir suivi et entendu depuis des débuts fracassants à Paris, au Châtelet, en 1995. Simon Rattle devait diriger Le Chant de la terre de Mahler (avec son orchestre d’alors, Birmingham). Le décès de son père l’obligea à rentrer au pays et à confier la baguette à son tout jeune assistant…Daniel Harding. Evidemment, le jeune homme blond longiligne aux faux airs de Tintin fit un triomphe. Trois ans plus tard, Stéphane Lissner, devenu directeur du festival d’Aix-en-Provence, lui confie (en alternance avec… Claudio Abbado !) la direction d’un Don Giovanni mis en scène par Peter Brook.

Et puis je reverrai Harding à Londres, rater magistralement une Symphonie fantastique. J’écouterai ses disques - notamment ceux que la productrice de Musiq3 a diffusés dimanche matin à l’appui de son hagiographie - avec toujours plus de perplexité. Par exemple, ses 3e et 4e symphonies de Brahms, à ce point décharnées, “maigres”, sans ligne, sans dynamique interne: jeter un coup d’oreille au fameux 3e mouvement de la 3e symphonie, éprouvant !

La “bio” de Daniel Harding insiste sur le fait qu’il a été l’assistant de Simon Rattle et de Claudio Abbado. On a l’impression qu’il n’a gardé de ses aînés que les “tics”, les trucs, sans nourrir son art d’une indispensable connaissance intime des oeuvres qu’il dirige. Un métier, une technique qui tournent à vide.

Dommage parce que ce chef n’est pas sans talent. On lui souhaite - à son âge tous les futurs sont possibles - de prendre de l’épaisseur, de révéler une personnalité plus authentique.

Sur la lune

Monday, July 20th, 2009

Je ne laisserai pas les éternels sceptiques gâcher un de mes beaux souvenirs d’adolescence. Il paraît que le premier pas d’un homme sur la lune, il y a exactement quarante ans, n’est qu’un film de studio monté par les Américains pour impressionner les Soviétiques. Allons donc…

J’y étais, enfin je veux dire que j’étais devant un téléviseur noir et blanc, dans un joli village perdu au coeur de l’Emmental (oui la vallée du fromage !) en Suisse centrale. Ce 20 juillet 1969.

Moonwalk

C’était un long été (plus de 5 semaines) au cours duquel j’avais été placé en immersion totale dans une partie de la famille de ma mère (le mot “immersion” est celui qui convient, quand on est au milieu de gens qui parlent le “Schwyzerdütsch”,  le suisse allemand, un dialecte germanique incompréhensible même pour les germanophones). Un très bel été, riche en découvertes et en rencontres de toutes sortes, passé pour l’essentiel dans une maison, le Brückenhaus (la maison du pont) à Entlebuch. A veiller la tante de ma mère qui l’avait élevée et que nous appelions Grossmuetti. Elle est morte tranquillement en novembre de la même année.

Ce 20 juillet 1969, il n’y avait pas encore beaucoup de téléviseurs en service dans les familles ordinaires. Nous étions donc rassemblés, grand-mère, oncles, tantes, cousins, dans la pièce d’angle de la maison, devant le petit écran. Ma Grossmuetti, déjà fatiguée, avait tenu à voir ce premier pas d’un homme sur la lune. Autour d’elle, nous nous disions que nous vivions un siècle formidable, qui permettait à la même personne d’avoir vu les premières voitures automobiles…et le premier vaisseau spatial habité !

Et pour le lecteur de Tintin que j’étais, et que je suis resté, c’était un choc de voir l’album de 1954 On a marché sur la lune devenir réalité.

Orphée aixois

Sunday, July 19th, 2009

Pas encore évoqué ici un des plus réjouissants spectacles que j’aie vus depuis longtemps, l’Orphée aux Enfers d’Offenbach donné au Festival d’Aix-en-Provence. A vrai dire - comme je l’ai écrit dans un précédent billet - je pensais devoir faire l’impasse sur les opéras à Aix cette année et me “contenter” de deux concerts (Langrée et Rattle). C’est lors du concert de l’orchestre philharmonique de Berlin, samedi dernier, qu’en discutant avec mon voisin, puis avec Bernard Foccroulle, le directeur du festival, je m’aperçois que je peux in extremis aller jusqu’à l’Archevêché voir cet Orphée aixois.

Il est de bon ton, chez les critiques professionnels, d’épingler les défaillances d’une jeune distribution, passée par l’Académie du festival, de railler les conventions vaudevillesques de la mise en scène d’Yves Beaunesne. Le seul qui a échappé au crible est le jeune chef Alain Altinoglu.

Je dois être trop “bon public”, mais j’ai tout aimé. Sans réserve. Des chanteurs que, pour une fois, on comprend parfaitement, et Dieu sait si chez Offenbach la diction est essentielle. Une mise en scène drôle, inventive, mais pas “intello” pour deux sous (Beaunesne n’a pas la prétention de “revisiter” la partition, ni de coller ses propres fantasmes sur une mécanique théâtrale et musicale parfaitement huilée).

Quant à la direction, elle est en tous points admirable. J’avais déjà entendu Alain Altinoglu (34 ans !) dans des répertoires réputés plus “sérieux” - je signale qu’il vient diriger l’Orchestre philharmonique de Liège en décembre prochain (www.opl.be) -. Il est tout simplement parfait dans Offenbach, qui comme toutes les musiques d’apparence légère, est d’une difficulté redoutable pour les interprètes.

http://www.arte.tv/fr/recherche/2748918.html

On espère que ce spectacle sera rediffusé à la télévision (pour ceux qui ont manqué la transmission d’ARTE le 13 juillet dernier !).