Archive for July, 2009

Jean Daniel et les autres

Saturday, July 18th, 2009

On lit ses éditoriaux depuis des temps immémoriaux dans Le Nouvel Observateur, on l’a aperçu il y a quelques mois à Pleyel, on finit par penser qu’il n’a plus d’âge. A 89 ans (!!), Jean Daniel livre ses souvenirs, ou plutôt une galerie de portraits des grands de ce monde qu’il a eu l’honneur d’approcher (avec un peu d’ironie, on devrait écrire ‘”qui ont eu l’honneur de l’approcher” !!).

Les miens

Le bouquin s’appelle, en toute simplicité : Les Miens  (Ed. Grasset).

Si l’on passe sur cette propension au “nous” de majesté qui fait à la fois le charme et le ridicule du personnage que Jean Daniel s’est composé en plus de soixante ans de journalisme, on prend un vrai plaisir à (re)découvrir des personnalités que le XXIème siècle a jetées aux oubliettes. Qui connaît et lit encore Raymond Aron? François Furet? ou même Albert Camus?

Etrangement, les portraits de certains disparus célèbres sont trop consensuels pour être vraiment pertinents (sur des anciens confrères comme Françoise Giroud par exemple).

Demeurent des témoignages pertinents ou émouvants sur les politiques qui ont fait l’Histoire de la France du XXème siècle (Pierre Mendès-France, François Mitterrand, De Gaulle …).

Et une facilité de lecture puisqu’on peut ouvrir le bouquin au hasard, lire les trois ou quatre pages consacrées à un écrivain, un journaliste, un homme politique, le refermer et le reprendre au gré de ses envies.

La fonte des autoroutes

Friday, July 17th, 2009

On connaissait déjà l’une des conséquences du réchauffement climatique : la fonte des glaciers et des banquises. Il y en a une autre, en Belgique : la fonte des autoroutes.

Le correspondant du Monde à Bruxelles, dont on apprécie la qualité et le style des articles, et qui s’attache le plus souvent à restituer la réalité plutôt que les sempiternels clichés sur le “plat pays”, a fait fort, dans l’édition du 15 juillet du quotidien français :

http://www.lemonde.fr/europe/article/2009/07/15/en-ete-les-autoroutes-wallonnes-fondent-aux-premiers-soleils_1218960_3214.html

Les autoroutes belges ont trois particularités : elles sont gratuites, éclairées toute la nuit (la légende dit qu’on les repère, comme la Muraille de Chine, à partir d’un vaisseau spatial !) et dans un état lamentable.

En particulier celle qu’on dénomme “autoroute de Wallonie” qui fait la liaison entre Tourcoing, Mons, Charleroi, Namur, Liège. J’ai renoncé depuis des années à l’emprunter pour relier Paris, d’abord en raison de son encombrement (une grande partie du transport routier à destination du nord et de l’est de l’Europe transite par cet itinéraire) et ensuite de la dangerosité du revêtement et des équipements.

Les nouveaux gouvernements régionaux belges feront-ils cesser la honte et le scandale? Durablement?

 

Blague sur le blog

Thursday, July 16th, 2009

Sans évidemment prévenir qui que ce soit, le site qui héberge ce blog (blog.com) a modifié le contenu, l’affichage et les caractéristiques de mon blog. Eliminés les liens vers d’autres sites et blogs, les notes biographiques ou les titres des précédents billets. Et le tout en anglais évidemment….

Je ne peux donc que prier mes honorables lecteurs et amis de me pardonner ces changements dont je ne suis pas responsable (tout n’est pas toujours “la faute à Rousseau” !!). J’ai envoyé un message bien senti au “support” du site, je doute qu’il ait quelque effet.

Merci de votre fidélité, envers et contre tout !

Les bonnes manières

Wednesday, July 15th, 2009

J’ai regardé hier le début du défilé du 14 Juillet sur France 2. Le début seulement, non par défaut de patriotisme (qui n’est pas un gros mot même en 2009 !), mais à cause de l’irritation croissante que suscitaient en moi les commentaires des journalistes déployés sur l’événement, à commencer par Marie Drucker.

On croyait que les “micro-trottoirs”  des “people” étaient réservés à TF1, on a eu droit à un festival de banalités, à côté de quoi l’interview des dignitaires soviétiques sur la Place Rouge eût fait figure de modèle. Pas un ministre ou sous-ministre à qui l’on ne demandât quelle “émotion”, quels “sentiments” la Fête Nationale française provoquait en lui? Et on le sait à question idiote ou convenue, réponse convenue ou banale. J’ai apprécié l’humour de Frédéric Mitterrand qui répondit, bien à sa manière, qu’il était d’abord présent à la tribune officielle pour vérifier le dispositif conçu et organisé par son Ministère !

Mais jusqu’à hier j’ignorais que les journalistes vedettes de la télé (de service public) étaient les arbitres de l’élégance et du protocole.

Avant le défilé proprement dit sur les Champs-Elysées, le Président de la République passe les troupes en revue en descendant “la plus belle avenue du monde” à bord d’un command car à partir de la place de l’Etoile. Et, comme l’an passé, il est venu à l’idée de Nicolas Sarkozy de saluer de la main les très nombreux citoyens amassés de part et d’autre de l’avenue (ils étaient plus de 100.000 semble-t-il). Que n’avait-il pas fait là? Ca ne se fait pas, monsieur le Président, voyons, dixit Marie Drucker, qui allait même jusqu’à interroger le “consultant” présent à ses côtés : “Mais on ne lui a pas dit depuis l’an dernier au Président que ça ne se fait pas?”. Et de bien s’amuser de ce personnage - Nicolas Sarkozy - qui ignore tout des bonnes manières.

On devrait conseiller à la nièce de Michel Drucker (qui lui aussi officiait tard hier soir sur la même chaîne…et qui interviewait le même Président) de prendre des cours de révérence auprès de ses consoeurs qui faisaient de gracieuses courbettes auprès de toutes les sommités réunies dans la tribune présidentielle.

A part ça, très beau défilé, avec une mention spéciale pour les troupes indiennes.

Le Sacre du printemps

Tuesday, July 14th, 2009
L’oeuvre de 1913 - donnée avant-hier à Aix par Simon Rattle et le Philharmonique de Berlin (cf. mon billet du 12 juillet) - n’a absolument rien perdu de sa force, de sa sauvagerie initiales. Le Sacre du printemps reste un ouvrage dont l’audace, la modernité, la puissance fascinent et impressionnent.
Il y a évidemment des centaines de versions sur le marché. Il est peu de chefs qui ne l’ont pas enregistré, certains (comme Boulez) plusieurs fois. Mes versions préférées ne sont sans doute pas celles qui sont couramment présentées comme des “références”, et pourtant je ne me lasse jamais de leur écoute, aussi différentes, opposées parfois, soient-elles.
Karajan a très bien réussi ses deux versions officielles (1964 et 1977), le “live” de 1978 est encore plus convaincant. Stravinsky lui-même est époustouflant (et lyrique de surcroît !). Muti et Philadelphie sont grandioses. Le jeune Tilson Thomas signait un coup d’essai pour un de ses tout premiers disques.

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Casse-noisette

Monday, July 13th, 2009
En attendant (peut-être) une intégrale de Casse-noisette avec Simon Rattle et Berlin (cf.mon billet d’hier), on peut trouver de superbes versions discographiques. Encore une fois, l’oeuvre est splendide de bout en bout, et beaucoup plus intéressante que la suite qu’on joue toujours. Sans aucun temps mort, et avec une science de l’orchestre qui n’est qu’à Tchaikovski.
On peut acheter les yeux fermés les grandes références suivantes.
Pour la somptuosité de l’orchestre (le Concertgebouw), la direction énergique et poétique de Dorati, cette version Philips enregistrée dans les années 1970 est irremplaçable.
Valery Gergiev et son orchestre du théâtre Marie de St Pétersbourg racontent à merveille ce conte de Noël (et le tout tient sur un seul CD). Il faut aussi écouter Svetlanov ou Rojdestvenski - moins bien enregistrés - mais passionnants l’un et l’autre. Jansons et Oslo sont aussi raffinés et poétiques.
En revanche, on évitera les versions aseptisées de Previn ou Slatkin.

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Rattle et Berlin

Sunday, July 12th, 2009
On a beau dire, Berlin reste toujours Berlin. Il est de bon ton - et pas faux d’ailleurs ! - de dire que le son légendaire du philharmonique de Berlin s’est transformé, notamment sous la direction de Simon Rattle. Pas étonnant non plus si l’on regarde la physionomie de l’orchestre : presque plus de “survivant” de l’ère Karajan, un rajeunissement très net.
Hier soir, au Grand théâtre de Provence, à Aix, Simon Rattle et “ses” Berlinois nous proposaient, au lieu de la 2e symphonie de Borodine annoncée, le premier acte de Casse-noisette (et non Casse-noisetteS comme écrit dans le programme !!) de Tchaikovski, puis Le Sacre du printemps de Stravinsky. 
Casse-noisette est un chef d’oeuvre, et la musique du ballet est de bout en bout passionnante, admirable (et bien plus intéressante que la suite qu’on joue toujours au concert). Etrangement, les Berlinois sont souvent pris en défaut d’ensemble, un début hoquetant, quelques dérapages dans une partition redoutable de délicatesse, de virtuosité. Mais quel bonheur tout de même ! On se dit que Tchaikovski va bien à Rattle, et on s’étonne qu’il n’ait jamais abordé les symphonies au disque (et au concert ?).
Evidemment, le Sacre en concert reste un événement. Avec Berlin et Rattle c’en est un, considérable, et considérablement applaudi de très très longues minutes. A l’opposé des versions analytiques, “sèches” (comme ce qu’imaginait Stravinsky), Sir Simon laisse rugir et s’épancher ses musiciens, et quels musiciens, privilégiant les aspects sensuels, épicuriens de cette partition qui plonge ses racines chez Rimski-Korsakov… et Tchaikovski !

Haydn à Aix

Saturday, July 11th, 2009
Voilà plus de vingt ans que je viens régulièrement à Aix-en-Provence, attiré par l’atmosphère unique de cette antique cité et son festival légendaire. Snobisme? mondanité? pas vraiment mon truc. La musique oui, l’opéra oui, et surtout des artistes que j’aime. 
Les premières fois, ce fut pour Armin Jordan, que Louis Erlo et Jean-Pierre Brossmann avaient bien raison d’inviter chaque année pour un Mozart. 
Trop brève étape cette année.
Je ne verrai aucun des opéras - ni un Crépuscule des dieux fabuleux ni un Idomeneo contesté (mais j’avais vu à la Monnaie la Flûte enchantée réellement magique de William Kentridge). Deux concerts seulement, mais quels concerts !
Hier soir, un programme tout Haydn : 44eme et 104eme symphonies, et les deux grandes scènes dramatiques Ariane à Naxos et Berenice, che fai. A l’oeuvre Magdalena Kozena, Louis Langrée et la Camerata Salzburg.

Dans les loges, un supporter de choix, l’époux à la ville de la chanteuse morave, Simon Rattle. Dans la salle comble du Grand Théâtre de Provence, un public extrêmement chaleureux qui fera un triomphe à Louis Langrée après une Londres d’anthologie. 
Pourtant on avait un peu de peine à reconnaître, en première partie, l’orchestre salzbourgeois dont l’ancien directeur musical de l’OPL est un invité privilégié. Trop de remplaçants? Dommage pour la réputation de l’ensemble. Musicalement en revanche, on était au sommet. Magdalena Kozena, magnifiquement soutenue par le grand chef d’opéra qu’est Louis Langrée, non seulement se sortait magistralement des périlleuses vocalises d’Ariane à Naxos et, après la pause, de Berenice, che fai, mais révélait une nature dramatique qu’on ne lui connaissait pas. 
Quant à la 104eme symphonie, on a beau l’avoir entendue souvent - et Louis Langrée l’a faite plusieurs fois à Liège - on l’a rarement eu aussi creusée, fouillée, éclatante qu’hier soir. Une vraie fête pour Haydn !

Eileen Farrell (suite)

Friday, July 10th, 2009

Dans mon billet du 27 juin, j’évoquais la figure exceptionnelle d’Eileen Farrell, immense chanteuse américaine qui n’éprouvait aucune difficulté à passer des grands rôles de Wagner, Verdi ou Puccini au Met aux standards de jazz.

Grâce à internet et des sites comme Youtube ou Dailymotion, on a accès à des documents exceptionnels, à condition de faire le tri. J’ai ainsi découvert récemment ces deux vidéos, et en particulier cette séquence vraiment extraordinaire qui date de la fin des années 80 où Eileen Farrell chante du Bernstein… accompagnée au piano, et à la voix (!), par le compositeur lui-même.


Tout ce que vous avez toujours voulu savoir…

Thursday, July 9th, 2009

Le musicologue Frédéric Platzer est parti du même constat que celui que je fais depuis des années. La musique dite classique plaît au plus grand nombre, mais beaucoup pensent ne rien “y connaître” et de ce fait ne pas avoir le droit ni les clés pour entrer dans cet univers.

Il a donc commis un excellent petit bouquin Le Top 100 du classique (Ed. Ellipses 2009), dont le seul tort est d’être revêtu d’une couverture à faire fuir (même un étudiant débutant en graphisme ou en marketing aurait fait mieux !)

Le top 100 du classique

Chaque oeuvre répertoriée est ainsi replacée dans son contexte, en des termes toujours simples ou explicités (lorsqu’ils sont techniques ou scientifiques) : qui est le compositeur? l’époque? les caractéristiques musicales? les références à d’autres arts (cinéma, littérature, théâtre, etc..). Tout cela présenté sous forme de tableaux très lisibles.

Un guide vraiment utile pour tous…y compris ceux qu’on appelle les “mélomanes avertis”.