Archive for August, 2009

Chroniques parisiennes (1)

Monday, August 31st, 2009

D’abord ceci : je ne suis pas Parisien, comme la réputation m’en a été faite à Liège. Provincial et sans honte aucune, j’ai vécu et travaillé à Paris en tout et pour tout dix années de ma vie, en deux périodes séparées.

Mais, à la différence de la majorité des vrais ou faux Parisiens, je ne me suis jamais plaint de devoir vivre dans la capitale française. Je n’ai, certes, jamais habité hors Paris, et ne connais pas la dure condition de tous les Franciliens, obligés quotidiennement à plusieurs heures de transport.

J’aime Paris, et je m’y sens chez moi.

J’ai donc décidé de tenir sur ce blog une suite de Chroniques parisiennes, où je relaterai simplement ce que j’ai vu, entendu, observé. Rien ne m’amuse plus que de laisser traîner mes oreilles dans un café, un bistrot, sur une terrasse, de regarder passer les passants.

Photos de ma balade dans Paris

Titre de cette première chronique : Brunch rue de Bretagne.

La rue de Bretagne constitue la limite nord du Marais, elle longe la Mairie du 3e arrondissement et est  l’artère commerçante d’un quartier imaginé par Henri IV pour honorer toutes les provinces de France…et de Navarre.

Il y a une quinzaine d’années, lorsque je revins m’installer à Paris, dans une rue populaire du XIème arrondissement au nom poétique (de la Folie-Méricourt), je rentrais, en voiture, souvent tard le soir, en passant par la rue de Bretagne. Très peu engageante. Mal éclairée, mal famée aurait-on dit dans un roman d’Eugène Sue.

En peu d’années, la rue de Bretagne est devenu un repère de “bobos” et de “people”. Le dimanche matin, on croise, chez le volailler, le marchand de légumes (qui vend laitues, tomates et fraises à prix d’or…) ou encore le fromager (l’un des meilleurs de Paris) écrivains, acteurs, musiciens, cinéastes, designers et même critiques musicaux.

Une librairie, naguère confidentielle, à l’étroit rue de Saintonge, a pris ses aises à côté du marché des Enfants-Rouges. Elle ne désemplit pas. La libraire, qui se pique aussi d’écrire (son premier…et dernier roman est sorti chez Actes Sud) a eu droit à tous les honneurs de la presse. Le gotha du socialisme parisien a ses habitudes chez Omar, dont le couscous est célèbre mais le restaurant toujours bondé et pas vraiment confortable.

Aux bistrots crapoteux et enfumés, aux cafés zinc et formica d’antan, ont succédé bars et restaurants relookés tendance, à deux exceptions près. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

Du coup, ces établissements ont cédé à la mode du “brunch” dominical. Et ce dernier dimanche d’août, le beau temps aidant, on trouvait à grand peine un minuscule emplacement en terrasse. J’avais choisi Le Charlot, au coin de la rue du même nom. Personnel affable, empressé - ce qui n’est pas toujours le cas à Paris ! - Formule diététique à souhait (tomates, fruits, oeufs brouillés, jus de fruit frais, etc.). Mais c’est moins l’endroit ou le menu que la fréquentation qui retiennent l’attention.

Ca sentait fort le retour de vacances. Tenues et bronzage de rigueur. Pour les hommes, pantalons courts ou shorts bien sûr, la ceinture au niveau du pubis ou presque - c’est la mode des “taille très très basse” semble-t-il ! - , cheveux savamment fournis et négligés, barbe de quelques jours. Pour les femmes et les filles, d’abord un signe de reconnaissance commun à toutes : on parle du nez, et on ponctue chaque mot d’un “an” final. Ca donne: “Salut-an, tu vas bien-an? ah oui-an, tu reviens de vacances-an?”. Le look là encore très important: cheveux au vent, mèches rebelles devant les yeux, eux-mêmes cachés par d’énormes lunettes de soleil Prada (ou Prisunic), jupes courtes, voire ultra-courtes, sur des jambes bronzées, forcément bronzées, des petits hauts coquins. Moyenne d’âge 35-40 ans.

On se dit qu’il est impossible que tout ce monde habite le quartier, qui n’est pas (n’était pas ?) à proprement parler un quartier chic. Les maisons sont anciennes, vétustes pour beaucoup. Les appartements minuscules.

Mais, sans doute parce que la rue de Bretagne reste une des rares rues du centre de Paris à disposer de commerces de bouche nombreux et de qualité, d’un marché couvert - qui marche tant bien que mal - de plusieurs bistrots, elle attire une clientèle branchée, en quête de vraie-fausse authenticité. D’une ambiance de village.

J’évoquerai, dans une prochaine chronique, la transformation spectaculaire des rues adjacentes en temple de la mode “in”.



Mélodie française

Sunday, August 30th, 2009

Renaud Machart, dans Le Monde daté d’hier, louait l’audace - et le talent - de deux jeunes chanteurs français, Karine Deshayes et Yann Beuron, qui, l’une et l’autre, consacrent leur dernier disque à de la mélodie française :

Machart sur K.Deshayes et Y.Beuron

Quand j’avais invité, il y a quelques saisons, Karine Deshayes à donner un récital à Liège, personne ne pensait attirer les foules (même si nous avons un public fidèle et curieux). Les interprètes furent, comme nous, agréablement surpris de l’affluence et de l’accueil d’auditeurs qui ne boudèrent pas leur plaisir. C’eût été impensable à Paris ou à Lyon !

La mélodie française souffre, comme le souligne Machart, d’une image ringarde, désuète, une distraction pour vieilles dames riches (les salons des Polignac ou Noailles !). D’ailleurs, depuis Souzay, Cuénod, Maurane (Camille !) ou Crespin, les chanteurs francophones avaient quasiment déserté ce répertoire. A peu près seuls de leur génération, Nathalie Stutzmann ou François Le Roux avaient repris le flambeau, mais sans grand écho dans le public des mélomanes. Leurs disques ont vite disparu des rayons.

Et, comme souvent, c’est de l’étranger (comme si ce terme pouvait convenir à l’univers musical !) qu’est venu le “salut”. Felicity Lott a toujours défendu - et avec quelle classe, quel charme - un immense répertoire de mélodies françaises (témoin une discographie exceptionnelle sous plusieurs labels, Hyperion, Harmonia Mundi, Forlane, etc.), Susan Graham, outre qu’elle chante Berlioz, Gluck, Chausson à la perfection, a consacré plusieurs enregistrements à des airs ou mélodies français peu connus, notamment son dernier paru chez Onyx (Un frisson français). Jessye Norman - qui avait été à bonne école auprès de Camille Maurane - a laissé d’inoubliables merveilles au disque.

Kiri Te Kanawa a souvent mis Duparc à ses récitals, et a donné un disque de mélodies françaises (Duparc, Ravel) de toute beauté, en dépit d’une diction un peu pâteuse. Avec un timbre pareil, L’Invitation au voyage est une invitation à l’extase :

L\’invitation au voyage par Kiri te Kanawa

On trouve, sur Youtube, des documents surprenants, tel ce bouleversant Phidylé toujours de Duparc par le magnifique baryton russe, au nom imprononçable, Dmitri Hvorostovski :

Phidylé par Dmitri Hvorostovski

Wilhelm Kempff

Saturday, August 29th, 2009

Mon métier me donne la chance d’approcher beaucoup de grands artistes et j’en mesure chaque jour le prix.

Mais il y a des musiciens que j’aurais aimé connaître, entendre en concert, parce qu’ils font partie depuis longtemps de mon univers familier. Parmi eux, le pianiste Wilhelm Kempff, né en 1895 et mort en 1991 (!).

On trouvera bien des pianistes qui lui sont supérieurs techniquement, ou plus brillants ou plus virtuoses (comme Horowitz). Peu, en revanche, qui comme Kempff, donnent à entendre Mozart, Beethoven, Schubert ou Schumann à un tel degré d’évidence, de simplicité, d’humanité. Qu’on écoute les quelques sonates et concertos de Mozart que Kempff a gravés (DGG): prenez au hasard le mouvement lent du 23e concerto, si poignant avec cette phrase à la clarinette. La partie de piano est apparemment si facile… que la plupart des interprètes passent complètement à côté. Quand Kempff la joue, on est bouleversé.

Schubert n’a peut-être jamais trouvé meilleur défenseur que Kempff :

Schubert par Kempff

Wilhelm Kempff sait phraser, faire respirer une phrase musicale, ose les contrastes (jamais pourtant il ne “cogne”). Et toujours, toujours, il nous touche, nous émeut profondément.

Mozart par Kempff

DGG a eu la très bonne idée de rééditer en coffret “éco” les sonates de Beethoven gravées par Kempff dans les années 60. De même que les sonates de Schubert, et l’essentiel des oeuvres de Schumann. Tout est à écouter !

Musique américaine

Friday, August 28th, 2009

Je me rappelle encore la réponse que m’avait faite un haut dirigeant de l’audiovisuel français, il y a quelques années, lorsque je lui suggérais que les orchestres français - et parisiens en premier lieu - jouent plus de musique française (!!) : “A part Berlioz, Debussy et Ravel on en a vite fait le tour…” Je n’avais pas insisté…

Mais la même ignorance, les mêmes préjugés, existent tout autant, en tous cas en Europe continentale, à l’égard de la musique anglaise ou de la musique américaine.

On pourrait dire (et entendre) : ” A part Bernstein et Gershwin, on en a vite fait le tour” !

Les mélomanes plus pointus ajoutent à la liste les noms de John Adams, Steve Reich ou Philip Glass, une musique contemporaine très écoutable. Eliot Carter, on en parle un peu parce qu’il a 100 ans, et que Boulez et d’autres l’ont promu et défendu en Europe. Ou, toujours au XXème siècle, dans la génération précédente, Copland ou Barber.

Mais Roy Harris, Carl Ruggles, William Schuman (avec un seul “n”), Charles Griffes, Ferde Grofé, Victor Herbert ? Et tant d’autres, qu’un Leonard Bernstein jugeait assez intéressants pour les enregistrer.

Bien entendu, tout n’est pas d’un égal intérêt, mais comment en juger si on continue d’ignorer et de ne jamais écouter ces oeuvres ?

NAXOS publie régulièrement des CD (également disponibles en téléchargement) le patrimoine musical américain, avec les meilleurs interprètes (chefs et orchestres) de ce grand pays.

On trouve sur IStore des merveilles, et notamment la réédition des oeuvres d’Aaron Copland dirigées par lui-même et Bernstein.

Troisième âge

Thursday, August 27th, 2009

Je lis sur le blog de J.M.Onkelinx (www.jmomusique.skynetblogs.be) un billet récent où il évoque ses conférences à l’Université du 3e âge de Liège… et tous les préjugés qui ont cours à propos de ce qui est tout sauf un “club de retraités gâteux” (sic).

Evidemment tout à fait d’accord avec JMO. Mais nos sociétés européennes ont encore bien du mal avec leurs vieux, leurs personnes âgées, leurs “seniors” ou leurs “aînés” comme on dit maintenant pour être politiquement correct.

Il y a vingt ans, dessinant les perspectives de développement de la Maison de la culture de Thonon-les-Bains, dont je venais de prendre la présidence, j’avais déjà écrit et dit que c’était une erreur majeure du discours culturel (et politique) ambiant que de parler sans arrêt de “rajeunir’ le public, stigmatisant ainsi tous ces plus de 50 ou 60 ans qui, avec leurs têtes grises, n’intéressaient plus personne !

A l’époque déjà (j’étais tout frais élu, et n’avais que 33 ans moi-même), mes propos avaient suscité au mieux des sourires, au pire des sarcasmes. Or j’étais bien convaincu - et je le suis resté évidemment ! - qu’il y a, chez les plus de 60 ans, qui vivent de plus en plus vieux et en bonne santé, un appétit de culture, une curiosité pour tous les domaines que la vie active, familiale, professionnelle, n’a pas permis d’aborder. Et les théâtres, les salles de concert, les universités (fussent-elles du “3e âge” !), les salles de sport, voudraient se priver d’une “clientèle” pareille, qui a du temps, de l’envie, de la disponibilité ?

Pour ceux qui ont l’obsession de rajeunir leur public, un constat et un conseil : il n’y a pas de meilleurs “vecteurs” d’initiation, à la musique pour ce que je connais bien, des petits… que les grands-parents. Nous en avons, semaine après semaine, le témoignage.

Indépendamment de cela, et sur un plan philosophique plus général, cessons cette discrimination - très négative celle-là - entre jeunes et vieux, retrouvons ce que toutes les grandes civilisations de l’Humanité (et accessoirement toutes les religions !) ont toujours révéré : le respect des Anciens, leur rôle éminent dans l’équilibre social et la Sagesse des nations.

La fin des Kennedy

Wednesday, August 26th, 2009

On apprend ce matin le décès du sénateur Edward Kennedy, frère du président assassiné en 1963 (et de Robert tué lui aussi en 1968 !).

Il y a quelques jours je m’étais arrêté à Hyannis port sur la presqu’île de Cap Cod, berceau de la famille Kennedy. C’est là que Ted Kennedy s’est éteint cette nuit.

On savait Ted Kennedy atteint d’une tumeur au cerveau depuis plusieurs mois. Il avait pourtant tenu à assister à la prestation de serment de Barack Obama en janvier dernier, et le nouveau président américain avait tenu, le 12 août, à honorer le sénateur du Massachusetts de la plus haute décoration The Medal of Freedom :

Ted Kennedy honoré par Obama

La vie d’Edward Kennedy, pas plus ni moins que celle de ses frères et soeurs, n’est pas exempte de zones d’ombre (on se souvient d’un accident de voiture dans lequel sa “secrétaire” (?) avait perdu la vie et qui lui coûta probablement une possible candidature  présidentielle), mais on ne peut que saluer l’engagement politique exemplaire d’un authentique démocrate, qui jusqu’à son dernier souffle s’est, par exemple, battu pour le plan national de santé de Barack Obama qu’il avait d’ailleurs largement inspiré (cf. mon billet d’hier).

Avec sa disparition, c’est sûrement la fin d’une légende, de la saga des Kennedy. Mais pas la fin d’un mythe.

Vieux démons

Tuesday, August 25th, 2009

L’élection de Barack Obama, et son caractère exceptionnel (le premier Noir à accéder aux plus hautes fonctions ), ont fait croire, aux Européens en tout cas, à une sorte d’unanimité retrouvée du peuple américain hanté par les années Bush. Effet d’optique déformant.

La réalité est bien différente, et on a vu resurgir aux Etats-Unis des campagnes incroyablement haineuses, racistes, immondes contre le nouveau président américain.

Obama veut instaurer un système universel de santé (l’équivalent de la “couverture médicale universelle” française) dans un pays qui a toujours laissé le champ libre aux assureurs privés et donc laissé de côté des milliers, voire des millions d’Américains pauvres. Le président américain a reconnu que ce serait l’un des dossiers cruciaux de son mandat, et les résistances sont telles contre ce “Healthcare plan” qu’il n’est pas certain que les chambres du Congrès l’adoptent. En tous cas, les parlementaires américains sont très partagés et la ligne de fracture divise chacun des deux camps (démocrate et républicain).

Mais contester, débattre, critiquer est une chose, normale, saine et utile, dans une démocratie. Utiliser des arguments comme l’ex-Gouverneur de l’Alaska, ex-candidate républicaine à la Vice-Présidence, l’ineffable Sarah Palin, ou les ligues de vertu ou certains groupes puissants, qui comparent Obama à Hitler et sa politique à celle des nazis, dépasse l’entendement. Au nom de la sacro-sainte liberté d’expression (qui est une valeur intouchable de la Constitution américaine), on peut montrer à la une des journaux des “portraits” d’Obama revêtu d’une mèche et d’une moustache de sinistre mémoire. Mme Palin, dont le dernier-né est trisomique, accuse purement et simplement le président américain de vouloir euthanasier son bébé…

Quand on lit les mémoires de Simone Veil, on revit les débats qu’elle a dû affronter lorsque, ministre de la Santé de Giscard, elle a défendu la première loi française sur l’interruption volontaire de grossesse en 1975. Un parlementaire de son camp n’avait pas hésité à la comparer aux nazis, elle la déportée, dont la mère et la soeur ne sont jamais revenues des camps de la mort.

Obama subit aujourd’hui les mêmes insanités, les mêmes ordures. Mais les moyens de ceux qui veulent prendre leur revanche sur une élection qu’ils n’ont jamais digérée sont autrement plus importants et nocifs que ceux des tristes sires qui insultaient Madame Veil dans l’enceinte de l’Assemblée Nationale.

La vidéo qui suit apporte un peu de réconfort :

un sénateur républicain défend Obama

No future ?

Monday, August 24th, 2009

Titre excessif et à dessein provocateur pour ce billet en forme de bilan de la partie musicale de mon séjour aux Etats-Unis !

D’abord le constat: la crise du disque classique annoncée depuis si longtemps en Europe - et déjà perceptible par la fermeture de plusieurs FNAC en France - est une réalité cruelle aux USA. A New York, on ne trouve plus guère que J&R ou Academy records (cf.précédent billet), mais l’immense TOWER Records jadis ouvert tous les jours jusqu’à minuit à côté du Lincoln center est aujourd’hui fermé et bien fermé.

A Boston, ville universitaire, en lieu et place du même TOWER, on trouve une chaîne de type MediaMarkt, où le rayon classique est réduit à ceci :

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Et on imagine la place que tiennent, dans ces maigres rayons, les vraies stars du classique que sont André Rieu et Andrea Boccelli !

Le constat est plus nuancé, mais pas moins inquiétant, pour la fréquentation des concerts et festivals. En discutant avec Louis Langrée, directeur musical du festival Mostly Mozart de New York depuis 2003, il me faisait part d’une double préoccupation; les généreux mécènes - sans lesquels aucun orchestre, aucun festival, ne peuvent exister aux Etats-Unis - vieillissent, et si ces fortunes anciennes étaient aussi cultivées et réellement amatrices d’art et de musique, la génération des “quadras” est plus difficile à motiver. Il faut leur prévoir des events (des “événements”) spectaculaires, qui valorisent leur statut social, le contenu artistique passant évidemment au second plan. Programmer une symphonie de Schumann relève de l’exploit (çà ne se “vend” pas!), on n’ose imaginer une oeuvre contemporaine… sauf un nom de la notoriété de John Adams.

A Tanglewood, je n’ai pas eu le temps, ni la chance, d’observer la fréquentation des concerts qui font une part à la musique du XXème siècle ou à la création contemporaine (qui est pourtant une grande tradition du festival, à l’initiative de Serge Koussevitsky), mais, comme à New York, les moins de 60 ans sont rares, très rares, dans le public. Je me garderai d’en tirer une conclusion hâtive, d’autant que la situation n’est pas très différente dans les salles de concert européennes.

Mais les célèbres “Young public concerts” des années 60 animés par Leonard Bernstein font figure d’objets de musée et semblent n’avoir pas été remplacés ou renouvelés.

Bernstein explique Tchaikovski

Boston

Sunday, August 23rd, 2009

J’ai passé ma dernière journée de vacances américaines à Boston. J’avais un vague souvenir de cette belle ville très britannique d’allure, où l’Orchestre de la Suisse Romande avait joué, il y a vingt ans exactement, sous la direction d’Armin Jordan. Le port, le quartier de Washington street, et plus haut vers les universités (Harvard et MIT) les prestigieuses rues de Newbury ou du Commonwealth.

Quelques photos de Boston (et de son superbe aquarium) :

Boston

L\’aquarium de Boston

Une belle soirée

Saturday, August 22nd, 2009

Je raconterai un autre jour mon périple d’hier dans le Berkshire, cette contrée vallonnée et boisée à l’ouest du Massachusetts.

J’ai craint un moment que ma soirée, si attendue, à Tanglewood, ne soit compromise par le grandiose (mais violent) orage qui a éclaté dans l’après-midi au-dessus de Lenox. Tanglewood étant constitué d’un vaste parc, d’arbres centenaires… et d’une pelouse où d’ordinaire on prend son picnic d’avant concert (comme à Glyndebourne).

La pluie a opportunément cessé à temps pour ne pas obliger les milliers de spectateurs à patauger dans la gadoue ou l’herbe détrempée.

On est d’emblée frappé par la beauté du lieu, choisi dès avant-guerre par Koussevitzky, alors “music director” du Boston symphony, pour y implanter une véritable académie d’été. L’exposition du “visitors center” montre quantité de photos et de documents très émouvants: tous les grands chefs actuels (Abbado, Maazel, Ozawa, Mehta, Tilson-Thomas, etc.) sont passés par Tanglewood. Sans parler de l’élite des compositeurs et des interprètes. Tanglewood a aussi été un foyer de création considérable pour la musique de notre temps (Copland, Eliot Carter, Gunther Schuller, Lukas Foss, etc.).

Une soirée à Tanglewood

Hier soir, c’était donc l’Orchestre du festival, le symphonique de Boston, dirigé par le vétéran Kurt Masur, qui proposait un programme des plus classiques, Haydn (symphonie n°88), Mozart (concerto pour piano n°25) et Beethoven (symphonie n°1).

Première remarque : la parfaite acoustique du préau qui tient lieu de salle de concert (voir photos ci-dessus). Au 15e rang, où je me trouvais, de trois quarts face à l’orchestre, j’entendais tout avec précision, rondeur et chaleur.

Deuxième remarque : quel fabuleux orchestre, moins clinquant (ou brillant) que d’autres grandes phalanges comme Chicago, plus “européen” sans doute de texture, avec toutefois la sonorité très particulière, douce et chaude, du hautbois !

Je n’attendais pas de miracle de la part de Kurt Masur, scrupuleux gardien d’une tradition allemande, qu’il a parfaitement illustrée pendant des années aux commandes du Gewandhaus de Leipzig. Mais, même sans les audaces d’un Harnoncourt ou l’énergie d’un Langrée dans ce répertoire, son Haydn et son Beethoven, avec pareil orchestre, se laissaient écouter avec infiniment de plaisir.

En revanche, j’espérais beaucoup du jeune pianiste français, David Fray, qui m’avait littéralement “scotché”, il y a quelques années, dans un 2e concerto de Beethoven donné à Bruxelles dans le cadre des Radios publiques francophones. Il faisait ses débuts avec Boston et à Tanglewood. S’il avait voulu “en jeter”, il aurait choisi un concerto plus virtuose que le 25e de Mozart (dont le thème initial rappelle étrangement La Marseillaise).

Admirable, voilà ce qui qualifie le mieux l’interprétation de David Fray. Je ne connais pas de pianiste de sa génération qui joue aussi “naturellement” Mozart, avec un toucher, un phrasé aussi justes, une absence d’effets aussi bienvenue. La dernière fois que je l’avais entendu il usait, abusait un peu trop, de son profil et de sa chevelure de jeune premier romantique et d’une posture à la Glenn Gould devant son clavier. Il s’est rendu compte qu’il n’a nul besoin de tout cela pour convaincre et émouvoir.