D’abord ceci : je ne suis pas Parisien, comme la réputation m’en a été faite à Liège. Provincial et sans honte aucune, j’ai vécu et travaillé à Paris en tout et pour tout dix années de ma vie, en deux périodes séparées.
Mais, à la différence de la majorité des vrais ou faux Parisiens, je ne me suis jamais plaint de devoir vivre dans la capitale française. Je n’ai, certes, jamais habité hors Paris, et ne connais pas la dure condition de tous les Franciliens, obligés quotidiennement à plusieurs heures de transport.
J’aime Paris, et je m’y sens chez moi.
J’ai donc décidé de tenir sur ce blog une suite de Chroniques parisiennes, où je relaterai simplement ce que j’ai vu, entendu, observé. Rien ne m’amuse plus que de laisser traîner mes oreilles dans un café, un bistrot, sur une terrasse, de regarder passer les passants.
Photos de ma balade dans Paris
Titre de cette première chronique : Brunch rue de Bretagne.
La rue de Bretagne constitue la limite nord du Marais, elle longe la Mairie du 3e arrondissement et est l’artère commerçante d’un quartier imaginé par Henri IV pour honorer toutes les provinces de France…et de Navarre.
Il y a une quinzaine d’années, lorsque je revins m’installer à Paris, dans une rue populaire du XIème arrondissement au nom poétique (de la Folie-Méricourt), je rentrais, en voiture, souvent tard le soir, en passant par la rue de Bretagne. Très peu engageante. Mal éclairée, mal famée aurait-on dit dans un roman d’Eugène Sue.
En peu d’années, la rue de Bretagne est devenu un repère de “bobos” et de “people”. Le dimanche matin, on croise, chez le volailler, le marchand de légumes (qui vend laitues, tomates et fraises à prix d’or…) ou encore le fromager (l’un des meilleurs de Paris) écrivains, acteurs, musiciens, cinéastes, designers et même critiques musicaux.
Une librairie, naguère confidentielle, à l’étroit rue de Saintonge, a pris ses aises à côté du marché des Enfants-Rouges. Elle ne désemplit pas. La libraire, qui se pique aussi d’écrire (son premier…et dernier roman est sorti chez Actes Sud) a eu droit à tous les honneurs de la presse. Le gotha du socialisme parisien a ses habitudes chez Omar, dont le couscous est célèbre mais le restaurant toujours bondé et pas vraiment confortable.
Aux bistrots crapoteux et enfumés, aux cafés zinc et formica d’antan, ont succédé bars et restaurants relookés tendance, à deux exceptions près. La nostalgie n’est plus ce qu’elle était.
Du coup, ces établissements ont cédé à la mode du “brunch” dominical. Et ce dernier dimanche d’août, le beau temps aidant, on trouvait à grand peine un minuscule emplacement en terrasse. J’avais choisi Le Charlot, au coin de la rue du même nom. Personnel affable, empressé - ce qui n’est pas toujours le cas à Paris ! - Formule diététique à souhait (tomates, fruits, oeufs brouillés, jus de fruit frais, etc.). Mais c’est moins l’endroit ou le menu que la fréquentation qui retiennent l’attention.
Ca sentait fort le retour de vacances. Tenues et bronzage de rigueur. Pour les hommes, pantalons courts ou shorts bien sûr, la ceinture au niveau du pubis ou presque - c’est la mode des “taille très très basse” semble-t-il ! - , cheveux savamment fournis et négligés, barbe de quelques jours. Pour les femmes et les filles, d’abord un signe de reconnaissance commun à toutes : on parle du nez, et on ponctue chaque mot d’un “an” final. Ca donne: “Salut-an, tu vas bien-an? ah oui-an, tu reviens de vacances-an?”. Le look là encore très important: cheveux au vent, mèches rebelles devant les yeux, eux-mêmes cachés par d’énormes lunettes de soleil Prada (ou Prisunic), jupes courtes, voire ultra-courtes, sur des jambes bronzées, forcément bronzées, des petits hauts coquins. Moyenne d’âge 35-40 ans.
On se dit qu’il est impossible que tout ce monde habite le quartier, qui n’est pas (n’était pas ?) à proprement parler un quartier chic. Les maisons sont anciennes, vétustes pour beaucoup. Les appartements minuscules.
Mais, sans doute parce que la rue de Bretagne reste une des rares rues du centre de Paris à disposer de commerces de bouche nombreux et de qualité, d’un marché couvert - qui marche tant bien que mal - de plusieurs bistrots, elle attire une clientèle branchée, en quête de vraie-fausse authenticité. D’une ambiance de village.
J’évoquerai, dans une prochaine chronique, la transformation spectaculaire des rues adjacentes en temple de la mode “in”.



