Paul Hindemith (1895-1963) n’est pas un compositeur à la mode. Comme son contemporain suisse Honegger. On ne peut pas dire qu’il envahisse les programmes de concert.
L’OPL et Patrick Davin donneront, ce vendredi à Liège et dimanche à Anvers, la symphonie Mathis der Maler, tirée de l’opéra éponyme, qui “met en scène” le peintre Matthias Grünewald, auteur du célèbre rétable d’Issenheim, conservé et magnifiquement présenté au musée Unterlinden de Colmar : Le rétable d\’Issenheim de Matthias Grünewald.
Si cette programmation peut donner envie aux auditeurs - et aux lecteurs de ce blog - de redécouvrir Hindemith, ou plus précisément la diversité, l’originalité de son oeuvre, ce sera une bonne chose.
Le jeune Hindemith est de tous les combats d’avant-garde, même s’il n’emprunte pas les mêmes chemins que ses contemporains Schönberg, Webern ou Berg, qu’on a un peu trop tendance à considérer comme les seuls parangons de la modernité au XXème siècle.
Ecouter par exemple la série de Kammermusik (qu’Abbado et Chailly avec leurs orchestres de Berlin et Amsterdam ont superbement enregistrés). Rien à envier à la Seconde Ecole de Vienne.
Mais, même dans la production plus tardive, Hindemith n’est pas systématiquement synonyme de massivité, de “lourdeur”, d’opacité de l’orchestration. On n’est pas obligé de le rendre plus “germanique” qu’il ne l’est en réalité. Et on peut explorer sans crainte un univers symphonique et vocal assez unique en son genre.
Son Requiem for Those we love, écrit après la guerre, sur des poèmes de Walt Whitman, est un des plus bouleversants que je connaisse (à comparer avec le War requiem de Britten). Mais Die Harmonie der Welt, la Sinfonia serena, et bien sûr les plus connues Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Weber ou Musique pour cuivres, qui ont été, en leur temps, défendues et illustrées par Furtwängler, Sawallisch ou Bernstein, sont à nouveau à l’honneur.
Gergiev a mis Mathis der Maler à son répertoire ( Hindemith par Gergiev (2008) ). Salonen a réalisé un très beau disque avec le philharmonique de Los Angeles. Et, dans les références plus anciennes, il faut absolument écouter l’enregistrement légendaire réalisé en 1958 à Berlin… par Karajan ! Quand on sait l’histoire de Karajan et son rapport pour le moins trouble avec le régime nazi, et le destin de Hindemith et de son opéra Mathis der Maler…interdits par les nazis (saluons le courage de Furtwängler qui, bravant l’interdiction, a créé à Berlin la symphonie en 1934), cet enregistrement ne manque pas de nous interpeller…





