Qui connaît Michael Gielen dans la sphère non germanique, à part quelques mélomanes avertis ? Quasi-contemporain de Pierre Boulez (il est né en 1927), ce chef d’orchestre est loin d’avoir la notoriété, la célébrité même, de son collègue français. Visage austère, collier de barbe et lunettes démodées, on le croirait échappé de Blake et Mortimer.
Et pourtant Gielen ne le cède en rien à son illustre aîné. Comme Boulez, c’est un interprète exceptionnel de la musique du XXème siècle, un serviteur éclairé, curieux, passionné de la création contemporaine. Comme Boulez, il tient à la clarté des lignes, à la rigueur rythmique. Son intégrale des symphonies de Mahler est peut-être l’une des plus parfaites de la discographie, et pourtant elle n’est jamais citée dans les “références”. Ses Bruckner ne sont pas moins passionnants.

Bartok, Berg, Zemlinsky, Beethoven (du temps où Gielen était chef à Cincannati) sont à écouter absolument:

On trouve, en Allemagne surtout, souvent dans les magasins de “seconde main”, la quasi-totalité des enregistrements de Michael Gielen avec son orchestre du Südwestrundfunk (la station de radio publique allemande couvrant les zones de Baden-Baden et Fribourg-en-Brisgau).
A la différence de Boulez, Michael Gielen non seulement ne dédaigne pas Brahms, mais la découverte et l’audition récentes de ses enregistrements des symphonies, ont été un véritable choc pour moi. Quand je me rappelle les séances d’écoute comparée, et les explications de Louis Langrée à l’occasion des deux week-ends Brahms qu’il a dirigés à Liège en 2007 et 2008 - sur la nécessaire clarté des lignes, la souplesse, l’usage du rubato, la fluidité des textures orchestrales - je trouve ici une réalisation parfaite de cet idéal interprétatif. L’austère Monsieur Gielen nous donne à entendre un Brahms sensuel, charnel, puissant sans jamais être lourd. Un bonheur !
