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Eugène et César

Monday, November 2nd, 2009

L’un et l’autre sont natifs de Liège. Vénérés, respectés, ils le sont. Leur musique est-elle pour autant aussi célèbre que leur nom? On a eu la preuve du contraire la semaine passée. Pascal Rophé dirigeait tout un programme de vraies raretés : d’Eugène Ysaye, une pièce pour deux violons et orchestre de 1926, intitulée Amitié, de César Franck un bref cantique choral Cantemus domino et l’imposant oratorio (Franck l’a appelé “poème-symphonie”) Rédemption, pour mezzo-soprano, grand choeur et orchestre.

Une anecdote à propos de l’oeuvre d’Ysaye : à l’automne 2008, le jeune chef Alain Altinoglu (qui vient d’ailleurs en décembre prochain diriger Bizet, Offenbach et Tchaikovski) vient à Liège écouter son épouse Nora Gubisch chanter les Wesendonck-Lieder de Wagner avec Pascal Rophé. Il aperçoit dans les couloirs de l’orchestre une imposante photo d’Ysaye, et me signale que le festival de Radio-France et Montpellier a remis au jour une oeuvre inconnue du compositeur liégeois. Il m’en envoie l’enregistrement quelques jours plus tard. C’est ainsi que nous avons décidé de programmer cette Amitié rare, et de la confier aux deux jeunes premiers solistes du pupitre de premiers violons de l’OPL, Olivier Giot et Emilie Belaud. Qui en ont donné une très belle version, sensible et chaleureuse.

Quant au père Franck, on avait dans l’oreille la grande version Plasson (EMI) - aujourd’hui épuisée, à quand une réédition en série économique ? -

La version dirigée par Pascal Rophé a fait, heureusement, l’impasse sur les interventions du récitant, pour ne garder que celles de la mezzo-soprano, ici Marie-Ange Todorovitch, voix puissante et chaude. Le choeur symphonique de Namur, reconstitué après quelques mois d’absence, avait très bien travaillé sous la conduite de Patrick Baton. Et la direction de Rophé a évité, à juste titre, les pompes un peu trop bruyantes d’une oeuvre qui ne mérite absolument pas l’oubli ou l’ignorance.