Palme d’or

Quelques esprits tordus avaient soupçonné le jury, présidé par Isabelle Huppert, d’une certaine partialité dans l’attribution de la Palme d’Or à Michael Haneke lors du dernier Festival de Cannes. On sait  le cinéaste allemand et l’actrice française très proches.

Ce reproche tombe de lui-même quand on a vu Le ruban blanc. Il est évident que la Palme d’Or était pour lui. Un film en tous points admirable. Exceptionnel.

Je ne suis pas un grand cinéphile, et je n’ai pas le jargon du critique de cinéma pour exprimer le choc ressenti et l’admiration éprouvée pour ce chef d’oeuvre.

Tout pourrait, a priori, détourner le public de ce film: sa durée (2h30), le recours au noir et blanc, l’austérité de l’histoire - un petit village allemand à la veille de la première guerre mondiale, des crimes inexpliqués, un monde ancestral, l’éducation rigide, etc. - et la version originale en allemand.

On savait Michael Haneke expert des tréfonds de l’âme humaine (La pianiste, Caché, pour citer les deux films récents que j’ai vus de lui). Dans ce Ruban blanc, les enfants sont en première ligne (tous les acteurs, sans exception, sont absolument fabuleux) et l’immense talent d’Haneke consiste à ne jamais nous imposer un point de vue, mais à laisser planer l’ambiguïté : ces enfants, si sages, si bien élevés par un instituteur (qui est le narrateur en voix off de tout le film) et un pasteur, ces enfants de paysans ou du baron, sont-ils des anges ou des démons? des victimes ou des meurtriers? On ne le saura jamais, à chaque spectateur de se faire son opinion.

Jamais aucun manichéisme chez Haneke, il n’y a pas les bons et les méchants, les opprimés et les dominants, chacun, adulte ou enfant, doit se dépêtrer avec ses propres contradictions, ses pulsions. On est plus d’une fois bouleversé, remué, plus souvent par ce qui est suggéré que par ce qui est montré.

Et cette histoire qui a plus d’un siècle - et que Haneke a scrupuleusement, somptueusement reconstituée (les visages, les décors, les intérieurs étouffants, les vastes étendues sous la neige, etc.) - peut évoquer, en chacun de nous, un souvenir, une histoire familiale, un secret, un trouble aussi.

Un très, très grand film. A voir absolument !

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