L’Histoire pour tous

November 12th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

J’aime les ouvrages qui rendent intelligents ceux qui les lisent, qui comblent nos lacunes, qui répondent à notre désir d’apprendre, de connaître. Bref qui font de la “vulgarisation”, qui mettent la culture à portée du plus grand nombre.

J’aime l’Histoire, mais je mesure chaque jour la “vastitude” de mon ignorance, même si je me rassure en trouvant bien plus ignorants que moi, parfois à de très hautes fonctions (!!).

Dans une collection - publiée par Flammarion - qui nous a déjà donné plusieurs ouvrages très bien faits (comme Les 1001 oeuvres classiques qu’il faut avoir écoutées dans sa vie), j’ai repéré un gros pavé du même niveau, en dépit d’un titre toujours un peu racoleur : Les 1001 jours qui ont changé le monde

L’iconographie est comme toujours de très belle qualité. Les sujets touchent à l’Histoire, dans toutes ses dimensions, politique, diplomatique, scientifique, culturelle, sociologique. De l’âge de pierre à 2009 (l’accession de Barack Obama).

Seuls petits regrets : un curieux “vide” pour les premières années de notre siècle, et pas d’index par date (alors qu’il existe par années).

Au moment où l’on célébrait le 9 novembre les vingt ans de la chute du Mur de Berlin, l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit rappelait, dans un raccourci historique saisissant qu’un autre 9 novembre avait entaché de manière indélébile l’histoire du peuple allemand : la Nuit de Cristal le 9 novembre 1938. Un événement qui figure en bonne place dans ces 1001 jours qui ont changé le monde.


Les orchestres sur internet

November 11th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Je viens de lire dans le supplément TV/Radio du Monde daté des 8/9 novembre un article que je m’autorise à reproduire ici intégralement et qui pose excellemment la problématique à laquelle les orchestres sont confrontés.

La crise financière n’a pas épargné les orchestres. Aux Etats-Unis, certaines formations symphoniques ont même dû mettre la clé sous la porte. Pour trouver un nouveau souffle, elles misent plus que jamais sur les possibilités offertes par Internet.

Le numérique permet de compenser la baisse de ventes des supports physiques. “Nous vendons maintenant chaque année davantage de téléchargements que de CD”, témoigne Chaz Jenkins, directeur du LSO Live, le label de l’Orchestre symphonique de Londres. Les majors de l’industrie discographique suivent le mouvement, à commencer par Universal qui, sous les étiquettes Decca et DG Concerts, distribue des enregistrements symphoniques “live” sur le Web. “Enregistrer un orchestre en studio coûte très cher et, paradoxalement, le public va aujourd’hui davantage vers le lyrique, le piano ou la musique baroque,observe Yann Ollivier, directeur d’Universal Classics France. Nous avons donc trouvé ce nouveau modèle économique, qui est en fait un ménage à trois. L’orchestre négocie avec ses syndicats des droits peu élevés, une radio fait la captation et, en tant que label, nous assurons la promotion et la diffusion sur le Web.” Parmi les prochains Decca Concerts figure un enregistrement de l’Orchestre national de France.

UN FINANCEMENT ASSURÉ PAR LE MÉCÉNAT

La vidéo est de plus en plus utilisée par les orchestres. Le Philharmonique de Berlinretransmet ainsi en direct sur son site Digital Concert Hall la quasi-totalité de ses concerts.”Depuis septembre 2008, nous avons six caméras installées dans la salle de la Philharmonie, que nous contrôlons à distance”, explique Tobias Möller, directeur du marketing au Philharmonique de Berlin. Le site a déjà accueilli 300 000 visiteurs uniques. ”Avec ce dispositif, nous espérons toucher de nouveaux publics”, poursuit Tobias Möller.

Afin d’attirer les jeunes générations vers le répertoire symphonique, les orchestres vont chasser sur leurs terres. C’est ainsi que l’Orchestre de Liverpool a récemment donné un concert “virtuel” sur Second Life. L’idée est aussi de créer une communauté autour des formations, d’où le développement des blogs, comme celui du Philharmonique de Los Angeles, sur lequel les musiciens décrivent leur vie en tournée. Dans le même esprit, on voit se multiplier les comptes Facebook et Twitter de prestigieux orchestres.

Le financement des projets sur le Web est le plus souvent assuré grâce au mécénat d’entreprise. La Deutsche Bank a par exemple alloué plusieurs centaines de milliers d’euros pour le lancement du Digital Concert Hall du Philharmonique de Berlin. De son côté, l’Orchestre de Paris a financé la réalisation de son site Internet avec le soutien de la banque d’affaire Natixis.

Après les ordinateurs, c’est désormais la téléphonie mobile qui est étudiée par les responsables des formations symphoniques. Le Philharmonique de New York vient ainsi d’être le premier orchestre à lancer son application pour l’iPhone.

Antoine Pecqueur.

Nous avons engagé depuis longtemps, à l’OPL, une réflexion sur les modes de communication de la musique à des publics qui, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ne se sentent pas spontanément concernés par nos répertoires, notre activité, nos propositions. Et, outil parmi d’autres, nous procédons en ce moment à une refonte complète de notre site internet.

Non pas pour suivre une mode, mais parce que, comme le souligne Antoine Pecqueur dans l’article du Monde, un orchestre qui ne s’adapterait pas en permanence (comme nous l’avons fait à Liège depuis dix ans) au monde tel qu’il est, aux pratiques de nos contemporains, serait condamné à disparaître à brève échéance.

Nous ambitionnons, avec certes beaucoup moins de moyens que Berlin ou Chicago, de proposer, d’ici cinq ans, la quasi-totalité de nos concerts et de nos séances “pédagogiques” - de type Dessous des quartes ou L’Orchestre à la portée des enfants - en diffusion haute définition sur internet. Et contrairement à ce que d’aucuns prédisent, une telle diffusion non seulement ne vide pas les salles de concert… mais les remplit de nouveaux spectateurs.

C’est un chantier enthousiasmant auquel, je le sais, les musiciens de l’OPL et leurs représentants sont tout à fait prêts à apporter leur contribution.


La fabrique de souvenirs

November 10th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Il y a des livres qu’on achète sans raison, à la volée. Pour un titre, une quatrième de couverture qui vous interpelle.

Et qu’on lit d’un trait. Ainsi La fabrique de souvenirs de Philippe Pollet-Villard. Un nom qui fleure bon la Haute-Savoie, une histoire qui s’enracine dans la vallée de Thônes, celle qui mène d’Annecy aux stations de sports d’hiver comme La Clusaz.

Qui est l’auteur ? En lisant sa notice biographique (Philippe Pollet-Villard) j’ai fait le rapprochement avec le lauréat d’un César et d’un Oscar du court-métrage 2008 pour un délicieux Mozart des pickpockets.

Que dire de ce petit livre? Qu’il raconte une enfance cabossée, avec de drôles de parents, comme s’il racontait nos propres enfances, des tranches de vie que nous avons ou aurions pu vivre. Un style fluide, alerte, drôle très souvent, même dans les situations les plus dramatiques. Juste un extrait pris au hasard, qui plante le décor :

“Un soir d’hiver je m’en souviens, dans la banlieue des chalets en matériaux modernes, le vent soufflait très fort. Mes parents n’étaient pas là ce soir-là. Mon père devait être perdu quelque part derrière ses machines ou dans l’arrière-train de ses maîtresses, ailleurs dans tous les cas. Ma mère n’était pas là non plus, je ne sais plus pourquoi. Nous étions tous les trois, Rachel, Nicolas et moi. Comme souvent l’hiver dans les montagnes, le vent faisait vibrer les carreaux… la neige prenait tout, momentanément.

Il y a eu une panne de courant, je me souviens. D’une maison  à l’autre, les gens allumaient des bougies et des lampes de poche. Et cela donnait à cette austère banlieue alpine des allures de crèche de Noël, et nous plongeait pour quelques heures dans un temps…de bien avant l’invention des choses électriques, radiophoniques ou télévisuelles… qui serait peut-être celui des fables et des loups, et de la nuit dans tous les cas”

Une jolie fabrique de la mémoire assurément. Recommandée !

Ma chute du Mur

November 9th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

De journée en opération spéciales, nul n’échappera aujourd’hui au vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin. Et si, comme souvent, on peut être irrité par les aspects spectaculaires ou “people” de cette commémoration, il ne faut pas oublier ce que ce 9 novembre 1989 a représenté pour l’Histoire de l’Europe et du monde.

Je me souviens très précisément de cette soirée.

J’étais rentré la veille de Boston, où j’avais laissé l’Orchestre de la Suisse Romande et Armin Jordan achever une tournée est-américaine, et j’allais quelques jours plus tard les rejoindre à Barcelone où ils donneraient, dans le fameux Palau de la Musica, une oeuvre on ne peut plus adaptée aux circonstances, le War requiem de Britten !

Nous avions emménagé depuis peu, avec ma petite famille, au 3e étage d’une belle maison sarde, en face de l’Hôtel de Ville de Thonon (pratique pour exercer ma fonction d’adjoint au Maire !). Une petite pièce était réservée à la télévision, que nos deux garçons, à l’époque âgés de 7 et 9 ans, consommaient sans trop de modération !

Deux ans auparavant, nous avions reçu - et les garçons s’en souvenaient ce soir-là - deux amis roumains, médecins, qui étaient parvenus à se faire “inviter” comme touristes - alors que leur but était de participer à un important congrès médical mondial à Chamonix - et, de ce fait, à sortir pour la première fois de Roumanie ! Evidemment, nous avions abondamment parlé de la situation désastreuse du bloc de l’Est, et de la Roumanie en particulier. Ils avaient un moment hésité à rester à l’Ouest, où j’aurais pu sans trop de difficulté, les faire accepter comme réfugiés et leur trouver un poste, mais ils avaient craint de ne plus revoir leurs familles et de devoir, comme tant d’autres avant eux, couper définitivement les ponts avec leur patrie et leurs racines.

Les événements de l’été 1989 - l’ouverture de la frontière hongroise et les dizaines de milliers d’Européens de l’Est qui avaient fui l’univers “radieux” qui les emprisonnait - m’avaient déjà fait espérer l’impensable, et avaient redonné une actualité plus vivace que jamais à nos conversations du printemps 1987 avec Florin et Horea.

Vissé devant mon poste ce soir du 9 novembre 1989, c’est à eux que je pensais - les Roumains devront attendre la fin décembre 1989 pour connaître la fin de Ceaucescu -. A eux et à tous ceux que je connaissais derrière le Rideau de Fer. Comme ce jeune Hongrois de Budapest, avec qui j’avais, lycéen, correspondu pendant quelques années (c’était la mode, dans les années 1970, d’avoir des “correspondants” dans des pays étrangers - et j’en avais en Hongrie, en Pologne, en Roumanie, en URSS !). En 1973, j’avais eu la chance de faire un long périple en voiture de Paris à Bucarest, en passant par Munich, Salzbourg, Vienne… et Budapest. J’avais enfin rencontré mon “correspondant” hongrois, notre Peugeot n’était pas passée inaperçue dans les faubourgs terreux de Budapest. Nous devions nous revoir sur le chemin du retour de Roumanie, trois semaines plus tard. Lorsque nous arrivâmes devant la petite maison de bois, nous fûmes accueillis par une mère éplorée et un grand-père dévasté : le jeune homme avait, dans l’intervalle, été convoqué sur-le-champ par les autorités militaires et envoyé immédiatement faire son service à la frontière. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles…

Parmi les innombrables documents qui ont été publiés en rapport avec la chute du Mur de Berlin, il vaut le coup de revoir ou d’écouter deux concerts historiques, avec à chaque fois la 9e symphonie de Beethoven, devenue Ode à la Liberté.

Version disponible aussi en CD (Bernstein avait réuni des musiciens de plusieurs grands orchestres européens)

On trouve encore chez les disquaires d’occasion un CD de la même 9e symphonie captée “live” à la Philharmonie sous la direction de Barenboim.

Enfin, on peut revoir deux films qui l’un et l’autre disent, mieux que de longs documentaires, ce qu’était Berlin coupée en deux.

Muti à Liège

November 8th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Semaine faste pour les chefs: Colin Davis jeudi à Paris, Riccardo Muti hier soir à Liège !

C’est à son compatriote, l’actuel directeur de l’Opéra royal de Wallonie, Stefano Mazzonis di Pralafera, qu’on doit l’heureuse initiative d’avoir invité le célèbre maestro italien à donner l’opéra de Donizetti Don Pasquale en version concertante, sur la scène du Forum à Liège, deux jours avant le très attendu concert au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

Serge Martin présente Riccardo Muti

Muti se présentait à Liège avec l’orchestre de jeunes qu’il a formé en Italie (Orchestra giovanile Luigi Boccherini), le choeur associé au théâtre de Piacenza et une distribution de premier plan: Nicola Alaimo, formidable Don Pasquale, à la carrure de Falstaff, Laura Giordano, Norina piquante et séductrice à souhait, Juan Francisco Gatell Abre, ténor léger idéal pour le rôle d’Ernesto, le neveu de Don Pasquale, Mario Cassi en Docteur Malatesta, magnifique baryton déjà entendu en Figaro dans un récent Barbier de Séville à Liège.

On peut ne pas être fan de Donizetti, ni de cet opéra-bouffe, pourtant très bien ficelé. Mais, comme toujours avec Muti, une partition qui pourrait être banale est transcendée par une direction qui en exalte toutes les trouvailles et en masque les faiblesses.

On a toujours comparé Muti et son aîné  Abbado dans le grand répertoire lyrique italien. Ils se sont succédé à la direction de la Scala de Milan. Ils ont enregistré le même répertoire. Je dois avouer que j’ai toujours trouvé Muti plus intéressant, plus inspiré, plus authentique chef de théâtre qu’Abbado.

Je donne sur http://bestofclassic.skynetblogs.be/ une liste de mes enregistrements préférés de Muti.

On notera aussi l’intérêt de toujours du grand chef napolitain pour un répertoire italien méconnu, voire oublié, Cherubini, Spontini, Martucci, Rota, Jomelli, etc.

Et, ce qui me frappe le plus chez ce chef que je suis depuis de nombreuses années, c’est sa capacité à transformer, à transfigurer même, le son, la cohésion de n’importe quel orchestre placé sous sa direction. Hôte régulier de l’Orchestre national de France, une formation qui ne brille pas toujours par sa régularité, Muti en obtient toujours des merveilles, de surcroît dans des programmes qui ne sont jamais banals.

L’orchestre symphonique de Chicago et l’Opéra de Rome ont été bien inspirés de le choisir comme directeur musical à partir de 2010. Et les Liégeois n’ont peut-être pas mesuré la chance qu’ils ont eue de recevoir hier un chef de cette classe, de cette envergure, de cette exigence musicale.

Blog…parlé

November 7th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Pour ceux que cela intéresse, çà s’appelle un podcast !

Disponible sur :

http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=1313&cntnt01detailtemplate=gabarit_detail_breves&cntnt01dateformat=%25d-%25m-%25Y&cntnt01lang=fr_FR&cntnt01returnid=20

Berlioz et Colin Davis

November 7th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Je dois avouer que j’étais très excité, jeudi soir, à la perspective de voir et d’entendre en “live” un chef d’orchestre que j’admire depuis très longtemps, Colin Davis. Surtout dans un programme tout Berlioz, un compositeur qui lui doit une véritable résurrection au disque. L’intégrale Philips est restée justement fameuse et, pour bien des pièces, insurpassée.

C’est grâce à ces enregistrements que j’ai, pour ma part, découvert l’essentiel de l’oeuvre de Berlioz, hors Symphonie fantastique. Par exemple ses ouvertures, qu’on ne joue quasiment jamais au concert (à l’exception du Carnaval romain ou du Corsaire). Jeudi soir, à l’Opéra Comique, Colin Davis avait choisi une oeuvre de jeunesse, pleine d’une fougue irrésistible - et qui met à rude épreuve tous les pupitres de l’orchestre ! - Waverley, d’après Walter Scott.

Puis le sublime cycle de mélodies Les nuits d’été, sur des poèmes de Théophile Gautier, et enfin Harold en Italie, cette symphonie avec alto principal écrite par Berlioz pour Paganini.

Simon Corley a publié une critique de ce concert, que je pourrais mot pour mot reprendre à mon compte :

Simon Corley dans ConcertoNet.com

Déception ? Non, pas vraiment. Je garde mon admiration intacte pour Sir Colin. En revanche, je trouve une fois de plus dommage qu’une chanteuse francophone se montre aussi peu concernée par le texte qu’elle chante. Quand je me rappelle Susan Graham dans ces mêmes Nuits d’été, en tournée avec l’OPL en Amérique du Sud en août 2008, la perfection de sa diction française et de sa déclamation - alors que  la dame, Texane de naissance, ne parle quasiment pas un mot de français dans la conversation courante -, je m’interroge sur l’enseignement du chant en France, à des Français par des Français !

Des jours et des soirs à Paris

November 6th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Je viens de passer trois jours à Paris, après avoir regroupé plusieurs rendez-vous professionnels. Je ne les ai pas vus passer.. Un tourbillon !

Mardi soir, dîner avec Michel B. et Marie-Luce S. improvisé le matin même - comme souvent avec des gens à l’agenda aussi chargé - Lui, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, un déplacement retardé, elle, conseillère d’une des principales agences de communication de la place de Paris, un voyage à l’étranger annulé, et une charmante soirée dans un restaurant très “cosy” du 7e arrondissement. Passée à évoquer les amis, les soucis et les bonheurs de chacun, peu de politique ni de radio ou de médias, une admiration commune pour Frédéric M. si malmené il y a quelques semaines…

Mercredi, discussion-négociation avec un éditeur de disques qui s’est soudain souvenu que les bons comptes font les bons amis et les bons contrats…de bons disques. En jeu, la publication, prochaine on l’espère, d’un double album de l’intégrale des 7 Solos d’orchestre de Pascal Dusapin, enregistrés au cours des deux dernières années par Pascal Rophé et l’OPL.

A midi déjeuner avec mon fils aîné. Le cabinet d’avocats où il travaille jouxte le Conservatoire aujourd’hui “national de région”, jadis “supérieur de musique”, rue de Madrid. Par beau temps, fenêtres ouvertes, il a droit à une belle cacophonie. Repas rapide en face de Saint-Augustin, dans la tradition des grandes brasseries parisiennes (qui, à la différence des cafés et trattorias italiens, ont été un peu trop systématiquement “relookées”), bon, abordable et service efficace.

Une après-midi à courir d’un endroit à l’autre, et une soirée cinéma (cf.mon billet d’hier).

Jeudi au pas de course. Provision de disques et de livres dans mes magasins habituels. Interview (bientôt disponible en podcast !) dans les locaux de QOBUZ / Forum Opera, aux fins fonds du 11e arrondissement. Rendez-vous du côté de l’Opéra Garnier avec la jeune et enthousiaste équipe dirigeante du nouveau centre de musique romantique française installé au Palazzetto Bru Zane à Venise. Beaucoup de projets ensemble. La programmation de l’OPL et de F.X.Roth les passionne. Leur ambition me plaît.

Et hier soir, à l’Opéra-Comique, ouverture de la saison d’une maison dirigée depuis deux ans maintenant par Jérôme Deschamps et Olivier Mantei. Et pas n’importe quelle ouverture : tout Berlioz (ouverture Waverley, les Nuits d’été, Harold en Italie) par le plus grand chef berliozien vivant, Colin Davis, dans une forme olympique, malgré ses 82 printemps, à la tête de l’Orchestre National de France. Foule et ambiance des grands soirs. J’y reviendrai demain.

Palme d’or

November 5th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Quelques esprits tordus avaient soupçonné le jury, présidé par Isabelle Huppert, d’une certaine partialité dans l’attribution de la Palme d’Or à Michael Haneke lors du dernier Festival de Cannes. On sait  le cinéaste allemand et l’actrice française très proches.

Ce reproche tombe de lui-même quand on a vu Le ruban blanc. Il est évident que la Palme d’Or était pour lui. Un film en tous points admirable. Exceptionnel.

Je ne suis pas un grand cinéphile, et je n’ai pas le jargon du critique de cinéma pour exprimer le choc ressenti et l’admiration éprouvée pour ce chef d’oeuvre.

Tout pourrait, a priori, détourner le public de ce film: sa durée (2h30), le recours au noir et blanc, l’austérité de l’histoire - un petit village allemand à la veille de la première guerre mondiale, des crimes inexpliqués, un monde ancestral, l’éducation rigide, etc. - et la version originale en allemand.

On savait Michael Haneke expert des tréfonds de l’âme humaine (La pianiste, Caché, pour citer les deux films récents que j’ai vus de lui). Dans ce Ruban blanc, les enfants sont en première ligne (tous les acteurs, sans exception, sont absolument fabuleux) et l’immense talent d’Haneke consiste à ne jamais nous imposer un point de vue, mais à laisser planer l’ambiguïté : ces enfants, si sages, si bien élevés par un instituteur (qui est le narrateur en voix off de tout le film) et un pasteur, ces enfants de paysans ou du baron, sont-ils des anges ou des démons? des victimes ou des meurtriers? On ne le saura jamais, à chaque spectateur de se faire son opinion.

Jamais aucun manichéisme chez Haneke, il n’y a pas les bons et les méchants, les opprimés et les dominants, chacun, adulte ou enfant, doit se dépêtrer avec ses propres contradictions, ses pulsions. On est plus d’une fois bouleversé, remué, plus souvent par ce qui est suggéré que par ce qui est montré.

Et cette histoire qui a plus d’un siècle - et que Haneke a scrupuleusement, somptueusement reconstituée (les visages, les décors, les intérieurs étouffants, les vastes étendues sous la neige, etc.) - peut évoquer, en chacun de nous, un souvenir, une histoire familiale, un secret, un trouble aussi.

Un très, très grand film. A voir absolument !

Edition Boulez

November 4th, 2009 by Jean-Pierre Rousseau

Anticipant sur son 85éme anniversaire (en 2010), SONY Classical fait reparaître la quasi-totalité des enregistrements de Pierre Boulez des années 60 à 80 (avant que le chef français ne devienne un artiste exclusif Deutsche Grammophon !). Dans la plupart des cas, ces enregistrements avec New York, Cleveland ou le Philharmonia, sont préférables, plus sauvages, moins “polis” que les remakes ultérieurs pour le label jaune. La présentation en coffrets de 3 à 5 CD par compositeurs, à prix très “éco”, est une aubaine.

A la différence de précédents “rhabillages”, ces coffrets ne portent pas que sur la musique symphonique. Ainsi le coffret Debussy comprend le remarquable Pelléas et Mélisande enregistré dans les années 1980. De même que le Berg comporte un Wozzeck d’anthologie, ou le Bartok un impressionnant Château de Barbe-Bleue. Raretés dont la réédition est vraiment bienvenue : des pièces chorales de Schoenberg ou des Lieder de Mahler et Wagner (formidables Wesendonck avec la voix chaude d’Yvonne Minton).

Mais reverra-t-on un jour les incunables que sont devenus une 5e symphonie de Beethoven ou des Royal fireworks de Haendel enregistrés à New York ?