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Pudeur

Thursday, November 19th, 2009

Un blog est un journal, plus ou moins intime. Qu’on évoque un sujet, une tranche de vie, une idée, on révèle toujours un peu de soi-même.

Je parlais, dimanche dernier, avec une dame que je vois très souvent aux concerts de l’OPL, nous sommes rejoints par une amie aussi chère qu’exubérante… qui lui fait l’apologie de mon blog en des termes excessifs. J’en étais gêné. L’interpellée s’étonne : “Vous publiez un blog, me dit-elle, mais c’est étonnant venant de quelqu’un qui nous semble si réservé”…

L’adjectif était lâché : réservé. Hautain, froid, distant, indifférent, de quels qualificatifs ne m’a-t-on pas taxé depuis toujours ! Si je réponds que je suis timide, je fais immanquablement rire ou sourire, “vous si à l’aise pour prendre la parole en public, serrer les mains etc…” .

Une chose est d’assumer les charges de son métier et d’essayer de le faire bien. Une autre est d’être ce qu’on est profondément et qu’on réserve aux intimes.

Cela doit s’appeler la pudeur. Un mot, une notion bien galvaudés à notre époque d’étalage des sentiments, de voyeurisme médiatique, de bling bling généralisé.

La pudeur, ce n’est pas l’indifférence ou l’égoïsme. C’est, en tous cas pour moi, une marque de respect de l’autre, des autres, une volonté de ne pas s’imposer, de ne pas s’immiscer. Et, en retour, une capacité d’écouter, de recevoir, de comprendre l’autre tel qu’il est, et pas tel qu’on voudrait le voir.

Oui, je ne me livre pas facilement, je ne déballe pas mes émotions, “mes amours, mes emmerdes” (pour paraphraser Aznavour) sur la place publique. Quand on me parle, pour me dire souvent des choses très intimes, très personnelles, je ne répète pas, je ne commente pas, je n’étale pas. Peut-être est-ce pour cela que j’ai souvent été pris pour confident (confidence = confiance) ?

Je reconnais que cette réserve, cette distance, peuvent être intimidantes, et constituer un obstacle à la communication, à l’échange avec autrui. Y compris pour mes proches.

La bonne presse

Saturday, October 31st, 2009

De qui ces déclarations, auxquelles on souscrit sans réserve ? :

“Une presse libre et pluraliste - libre parce que pluraliste, j’insiste sur cette relation de cause à effet - est essentielle au débat démocratique”

“J’estime inquiétante l’extrême concentration de la presse, qui va de pair avec un balisage sans précédent du débat….Plus grave, les sources mêmes de la presse se raréfient : la presse régionale, qui reste le moteur essentiel de l’opinion de la France profonde (NdA : c’est le cas en Belgique aussi !), ne fait que reprendre les dépêches, voire les articles livrés clés en main par les agences qui elles-mêmes se raréfient.”

“Et qu’on ne me dise pas qu’Internet prend le relais : l’information sérieuse et la rumeur étant mises sur le même plan, la question de la fiabilité des sources reste entière. De même que trop d’impôts tuent l’impôt, trop d’informations tuent l’information”.

D’un grand journaliste, d’un patron de presse, d’un leader politique ?

C’est une des surprises d’un bouquin que j’avais ouvert avec des pincettes, craignant d’y trouver des petits secrets peu ragoûtants, en raison de la réputation sulfureuse de son auteur, Yves Bertrand, patron des Renseignements Généraux français de 1992 à 2004. Le titre accrocheur Je ne sais rien mais je dirai (presque) tout ne laissait pas supposer d’aussi pertinentes réflexions.

Sur la presse, la politique, les mouvements sociaux, l’état de la France. A observer ses contemporains par le petit bout de la lorgnette, M.Bertrand ne s’est pas contenté de consigner dans ses cahiers un “misérable petit tas de secrets”. Il se fait moraliste, un comble sans doute !

Naïf ?

Friday, October 23rd, 2009

Je répondais hier à un journaliste qui me demandait quel était mon principal défaut… qu’il n’y en avait pas qu’un, et que ce qui est qualité un jour peut être perçu comme un défaut le lendemain. Défaut ou pas, je crois que je mourrai en état d’indignation, de révolte même.  Quitte à parler (ou écrire sur un blog !) trop vite…

Ainsi le phénomène de meute médiatique me hérisse, quel qu’en soit le sujet ou l”objet. Tout le monde - vraiment le monde entier - est tombé sur un garçon qui n’a que le tort d’être le fils de son père. Et, observant tout cela, mon premier réflexe, viscéral, est de prendre sa défense (oui, je sais, le mot est connoté !!). De ne pas participer à l’hallali général, à la moquerie, à la caricature.

Naïf? Si garder le sens de la mesure, du respect de la personne humaine, de toute personne humaine, fût-elle président de la république ou fils de président, ne jamais se satisfaire du degré zero du débat politique, c’est être naïf, alors je revendique ma naïveté.

Et puisqu’on parle du rapport père-fils, à propos de Nicolas et de Jean S., un souvenir et un constat.

Le souvenir, mon père. Il était professeur d’anglais, et j’ai un temps été élève dans le lycée où il enseignait. Lui disant un jour pis que pendre d’un camarade de classe, “gosse de riche”, odieux avec tout le monde, cherchant la bagarre à tout propos, mon père, qui avait eu ce garçon dans sa classe, me conseilla de ne pas m’arrêter aux apparences, d’essayer de voir ce qu’il y avait de bien chez ce garçon et de ne pas l’enfermer dans ce rôle de teigne insupportable. Même si je n’en pensais pas moins, j’écoutai mon père et bien m’en prit. J’ai, depuis lors, et singulièrement depuis le décès prématuré de mon père, toujours médité cette “leçon”. Ne jamais s’arrêter aux apparences, rechercher inlassablement la part d’humanité chez tous ceux dont on croise le chemin.

Un constat, celui que faisait Xavier P. sur son blog il y a quelques jours : “Je les aime plus que tout. Mes deux fils. Ils se sentent parfois abandonnés. C’est bien qu’ils puissent me le dire. Si je dois me battre demain, ce sera pour eux. Et rien ne sera jamais plus important qu’eux”. J’aurais pu signer cette phrase.

Traditions

Sunday, November 4th, 2007

De la même manière que je ne me reconnais pas d’”origine” particulière (cf.post supra), je ne suis pas attaché à telle ou telle tradition. Même si j’admets volontiers que les traditions sont partie intégrante de l’histoire d’un peuple, d’un lieu, et contribuent à faire rayonner une identité propre. Dieu sait si elles ne manquent pas en Belgique et singulièrement à Liège. Je me suis déjà fait rappeler à l’ordre lorsque j’ai imaginé organiser un concert un soir de Carnaval ou de Saint-Nicolas ! Depuis des semaines, il n’est presque pas de soirée sans rassemblement ni défilé bruyant et déguisé d’étudiants, qu’on appelle ça baptême, bizutage, intronisation, etc.
Les Fêtes de Wallonie à la mi-septembre ou le week-end du 15 août dans le quartier d’Outremeuse à Liège (lire quelques Simenon sur le sujet, par exemple “Le pendu de Saint-Pholien”) sont incontournables dans leur célébration des traditions et du parler wallons.

Mais Halloween? Je lisais dans “Le Monde” d’hier que les commerçants français étaient très déçus du peu de succès de cette “tradition” ! Juste retour de bâton (de sorcière bien sûr) : cette “fête” de la veille de Toussaint est une vaste opération commerciale outre-Atlantique. La vieille Europe n’a pas été dupe et n’a pas digéré qu’on veuille lui refiler une histoire de citrouilles, d’araignées et de sorcières à la sauce Coca Cola. On finirait par nous faire croire qu’Andersen ou Perrault sont américains…Encore heureux que l’auteur milliardaire de “Harry Potter” soit une sujette (?) de Sa Très Gracieuse Majesté !

Smoking no smoking

Saturday, October 27th, 2007
Ni théâtre ni cinéma, juste une remarque sur l’autorisation/interdiction de fumer, dont les règles demeurent différentes d’un pays à l’autre d’Europe, alors qu’il aurait été plus sain et plus simple de poser la même réglementation partout.
En Espagne, les lieux publics sont non-fumeurs, quant aux bars et restaurants, ils le sont aussi pour beaucoup, mais si ce n’est pas le cas, les consommateurs sont avertis à l’entrée de l’établissement qu’on peut y fumer.

J’étais hier soir dans un bistrot de mon quartier à Paris avant d’aller au spectacle. La salle du rez-de-chaussée était bondée et emplie de fumeurs; théoriquement la salle de l’étage était non-fumeurs. Trente minutes après mon arrivée, elle était devenue…fumeurs. J’observais ces consommateurs, jeunes pour la plupart, et je me demandais quelle pose ils auraient prise sans cigarette: leur conversation aurait été, à coup sûr, moins intellectuelle, leur look beaucoup moins”hype”, ils n’auraient pas sû quoi faire de leurs mains. Fumer, ça vous donne une contenance !

Le très jovial patron du bistrot (il y en a encore, heureusement, beaucoup à Paris) me demandait si “tout s’était bien passé” selon la formule convenue. Je lui dis que j’aurais encore mieux apprécié ses huîtres fraichement arrivées d’Oléron sans les fumeurs. Et il eut cette réponse, surprenante pour un patron de bistrot/bureau de tabac: “Dans deux mois c’est fini, enfin!”  En effet, la France, avec un an de retard sur la Belgique, interdira, au 1er janvier 2008, de fumer dans tous les restaurants, bars, boïtes de nuit, etc. Oui… enfin !

Dépendances

Friday, October 12th, 2007

Un serveur informatique tombe en panne, et c’est toute une entreprise qui se trouve…déconnectée. L’OPL a été coupé du réseau pendant presque 24 heures, et alors? Avant l’ère du tout inter- ou intranet, comment faisait-on pour communiquer?

La présidence d’un pays tient-elle à l’état du couple présidentiel? Les rumeurs de divorce entre Nicolas et Cécilia S. ont repris de plus belle, et on s’interroge gravement sur les conséquences de cette éventualité sur la gestion du pays.

De quoi dépendent nos vies? de notre incapacité souvent à nous rendre indépendants de quantité d’addictions ou d’habitudes.

Ubuesque

Wednesday, October 10th, 2007

Ubuesque est devenu synonyme d’absurde, de stupide. Chaque jour nous apporte son lot d’épisodes aussi bêtes qu’inutiles.

La rue où je réside à Liège n’a pas vu la visite d’un balayeur depuis….longtemps. En automne les feuilles tombent (incroyable mais vrai!); résultat: lors de fortes averses tous les évacuateurs d’eaux pluviales se bouchent… Protester? auprès de qui?

Toujours dans ma rue, de consciencieux employés de la Ville ont - sur ordre de la police j’imagine ? - installé des panneaux qui ont pour résultat de changer le côté du stationnement. Mais personne n’a été prévenu parmi les riverains (qui disposent d’emplacements réservés), les marquages au sol n’ont pas été modifiés (mais, de toute façon, ils sont recouverts de feuilles mortes). Résultat: les voitures empiètent sur les trottoirs de part et d’autre. Merci pour les piétons !

La foire d’octobre s’est installée, comme chaque année, en plein centre ville. Les attractions qui ont fait des morts cet été en France sont en place… au dessus des voies de circulation automobile. Cherchez l’erreur…

Enfin, on ne peut pas dire que la police ne fait pas son travail. La preuve: anticipant de deux secondes le passage au vert d’un feu “piétons” sur un passage protégé, je suis interpellé par deux pandores. Je fais grâce du “dialogue” qui suit, dont il ressort que je ne respecte pas l’uniforme des précités et qu’il est gravissime de commencer à traverser une rue…sous le nez desdits policiers. Je n’ai pas insisté, j’ai décliné mon identité, en les félicitant pour leur efficacité et leur rapidité à appréhender de dangereux criminels comme moi…

Chères courses

Sunday, September 16th, 2007

Ce week-end a lieu le Grand Prix automobile de Spa-Francorchamps, en plein scandale MacLaren. Et quelques jours après un nouveau congrès international sur le réchauffement climatique.

Questions: s’il est vrai que les bolides en compétition ont une moyenne de consommation de 70 litres d’essence aux 100 km, combien gaspille-t-on d’énergie et génère-t-on de pollution pendant ce grand prix? Accessoirement, combien le contribuable, y compris celui qui vote Ecolo, paye-t-il pour entretenir ce circuit?

 

Valery chez les ploucs

Wednesday, September 12th, 2007

On dit souvent que le concert classique rebute par son aspect “élitiste”, bourgeois, les “codes” que le public est censé observer. Je milite depuis toujours pour que la musique soit accessible à tous, et nous en faisons, je crois, la démonstration à Liège. Rien ne me réjouit plus qu’une salle de “novices” qui manifeste bruyamment son enthousiasme, applaudit entre les mouvements, et exprime ainsi ses émotions, sa découverte de la “grande musique” et son respect des interprètes.

Mais rien ne m’insupporte plus que ces faux publics, invités à grands frais par des sponsors, à des soirées de “prestige”, dont la grossièreté est souvent proportionnelle au contenu du portefeuille. J’exagère? A peine! Exemple hier soir, au Palais des Beaux arts de Bruxelles, un événement: concert du World Peace orchestra (de super-musiciens venus de plus de 40 orchestres du monde entier) sous la houlette d’un très grand chef Valery Gergiev. Un programme à la hauteur de l’événement et très “signifiant”, avec de larges extraits des “Roméo et Juliette”, de Berlioz en première partie, de Prokofiev en seconde partie. Et, au milieu, l’ouverture de Tannhäuser de Wagner. Le programme a été distribué à chacun, précision importante pour la suite.

Gergiev et l’orchestre commencent par Berlioz, la cohésion de l’ensemble laisse à désirer, mais la partition est redoutablement difficile. A la fin du Berlioz, applaudissements, et la moitié de la salle se lève et sort.. C’est la pause? Bien sûr que non, mais l’orchestre change de configuration pour le Wagner et le chef est sorti de scène quelques instants. Trois minutes plus tard, il revient, constate que certains discutent aux portes de la salle, entrent et sortent, attend cinq bonnes minutes au pupitre que les distraits veuillent bien gagner leurs places… Tannhäuser commence, sans que le silence soit revenu, et les spectateurs continuent d’entrer. Le pompon est décroché par un couple, manifestement égaré, elle en lamé avec vertigineux décolleté, lui fier de son appareil photo, bombardant Gergiev, l’orchestre, sa ravissante épouse et la salle, de prises au flash.

De part et d’autre du siège où j’avais pris place, d’autres charmants couples, mis sur leur trente-et-un, commentant à qui mieux mieux le spectacle sur scène, la coupe de cheveux de l’alto solo, ou le châle de la baronne. En attendant, avec une évidente impatience, le clou de la soirée: le cocktail dînatoire !

Oui j’ai eu honte d’être dans ce public-là, devant des artistes du niveau et de la qualité de Gergiev et de ses musiciens (par exemple les “concertmeister” de l’orchestre philharmonique de Vienne ou du symphonique de Londres).

 

 

Droits d’auteur

Friday, August 10th, 2007

Un sujet tabou, en tous cas peu abordé, mais qui peut choquer.  Aujourd’hui, en Europe - et, sauf si les juristes me démentent - la législation est quasiment mondiale, les oeuvres de l’esprit sont “protégées” pendant 70 ans après la mort de leur auteur (parfois plus, si l’on compte les années de guerre). C’est l’un des aspects de ce qu’on appelle le “droit d’auteur”.

Si l’on comprend parfaitement que les “ayant-droit” (les héritiers) s’occupent de défendre l’intégrité et l’image de l’oeuvre de l’auteur (écrivain, peintre, compositeur etc.) disparu, il y a de quoi être choqué que certains vivent de rentes, parfois considérables, du seul fait d’être les descendants, même très éloignés, du génie disparu. Quelques cas, spectaculaires, sont connus: lors du centenaire Simenon à Liège en 2003, l’un des fils de l’écrivain - natif de Liège - qui s’était, jusqu’alors, exclusivement consacré à la gestion des droits financiers de l’héritage Simenon, indiquait qu’il avait dû confier le travail à un cabinet de juristes spécialisés, tant les montants et les dossiers étaient énormes (adaptations ciné et TV notamment). Le fils de Claude François, mort en 1978, vit et gère les droits d’auteur de son père…Plus étrange (scandaleux?) le cas de Ravel, mort en 1937, générant donc des droits jusqu’en 2012 (70 ans + 5 années de guerre): le compositeur n’ayant ni famille ni proches, ce sont des descendants très éloignés d’une ancienne employée de Ravel qui ont “capté l’héritage” et qui continuent de toucher des rentes exceptionnelles (on dit que le Boléro est joué tous les quarts d’heure dans le monde!).

Quand on lit les souvenirs de Stravinsky (mort en 1971) - ou les biographies de Mozart - on constate que ces grands compositeurs vivaient souvent impécunieux, toujours en manque d’argent, de revenus. De même pour les peintres, devenus célèbres souvent des années après leur disparition…  N’est-ce pas choquant que la fortune, due à leur talent, voire à leur génie, échoie à une descendance qui n’a d’autre mérite que se trouver dans la bonne ligne de succession?