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Palme d’or

Thursday, November 5th, 2009

Quelques esprits tordus avaient soupçonné le jury, présidé par Isabelle Huppert, d’une certaine partialité dans l’attribution de la Palme d’Or à Michael Haneke lors du dernier Festival de Cannes. On sait  le cinéaste allemand et l’actrice française très proches.

Ce reproche tombe de lui-même quand on a vu Le ruban blanc. Il est évident que la Palme d’Or était pour lui. Un film en tous points admirable. Exceptionnel.

Je ne suis pas un grand cinéphile, et je n’ai pas le jargon du critique de cinéma pour exprimer le choc ressenti et l’admiration éprouvée pour ce chef d’oeuvre.

Tout pourrait, a priori, détourner le public de ce film: sa durée (2h30), le recours au noir et blanc, l’austérité de l’histoire - un petit village allemand à la veille de la première guerre mondiale, des crimes inexpliqués, un monde ancestral, l’éducation rigide, etc. - et la version originale en allemand.

On savait Michael Haneke expert des tréfonds de l’âme humaine (La pianiste, Caché, pour citer les deux films récents que j’ai vus de lui). Dans ce Ruban blanc, les enfants sont en première ligne (tous les acteurs, sans exception, sont absolument fabuleux) et l’immense talent d’Haneke consiste à ne jamais nous imposer un point de vue, mais à laisser planer l’ambiguïté : ces enfants, si sages, si bien élevés par un instituteur (qui est le narrateur en voix off de tout le film) et un pasteur, ces enfants de paysans ou du baron, sont-ils des anges ou des démons? des victimes ou des meurtriers? On ne le saura jamais, à chaque spectateur de se faire son opinion.

Jamais aucun manichéisme chez Haneke, il n’y a pas les bons et les méchants, les opprimés et les dominants, chacun, adulte ou enfant, doit se dépêtrer avec ses propres contradictions, ses pulsions. On est plus d’une fois bouleversé, remué, plus souvent par ce qui est suggéré que par ce qui est montré.

Et cette histoire qui a plus d’un siècle - et que Haneke a scrupuleusement, somptueusement reconstituée (les visages, les décors, les intérieurs étouffants, les vastes étendues sous la neige, etc.) - peut évoquer, en chacun de nous, un souvenir, une histoire familiale, un secret, un trouble aussi.

Un très, très grand film. A voir absolument !

Cinéma

Monday, October 26th, 2009

Dans un agenda chargé, pas toujours facile de s’échapper vers d’autres spectacles ou sorties que le concert ! J’adore le cinéma, mais pour certains films, il faut une disponibilité d’esprit et du temps que je n’ai pas toujours. J’irai voir Le ruban blanc de Michael Haneke, mais les 2h30 du film repoussent l’échéance.

Je me suis donc rabattu sur deux titres qui avaient, pour des raisons différentes, retenu mon attention : Julie et Julia de Nora Ephron, avec la pétulante Meryl Streep, et Humpday de Lynn Shelton. Programmés l’un et l’autre dans les salles de la Sauvenière et du Churchill à Liège (www.grignoux.be)

Le premier relate deux histoires vraies… qui ne sont connues que des seuls téléspectateurs américains. J’avais entendu parler, pendant mon séjour estival aux Etats-Unis, de “l’événement” que constituait cette sorte de biopic de la grande cuisinière Julia Child. Ultra-célèbre aux USA, Julia Child a inspiré un ouvrage à l’écrivain Julie Powell : Julie and Julia: 365 Days, 524 Recipes, 1 Tiny Apartment Kitchen. Ce livre, vendu à plusieurs milliers d’exemplaires raconte comment une jeune secrétaire malheureuse dans son travail et son existence tente de redonner un peu de vie à son mariage en cuisinant pour son couple pas moins de 524 recettes issues de la bible de Julia Child, Mastering The Art of French Cooking

Meryl Streep est impayable comme d’habitude, Amy Adams survoltée à souhait. Tous les clichés y passent : ah le Paris des années 50 que visite la célèbre cuisinière ! Beau comme une carte postale. Est-ce un film pour autant?

Quant au second, n’est pas Lars von Trier qui veut. Caméra sur l’épaule, plans rapprochés, cadrages glauques, passe encore. Mais des comédiens qu’on a laissés, semble-t-il, improviser jusqu’à leur texte, un sujet qui avait de quoi amuser (deux amis hétéros qui ne se sont plus vus depuis longtemps décident, au cours d’une soirée baba cool, bien arrosée et enfumée, de faire une “performance artistique” en couchant ensemble… ce qu’ils ne feront pas finalement!), et un film atrocement bavard, longuet et creux ! On se force à sourire…

Un secret

Monday, October 29th, 2007
Après une journée théâtre, un dimanche cinéma. Profitant d’une timide apparition du soleil, je n’ai pas résisté au plaisir de remonter à pied les quais du canal Saint Martin, une des jolies promenades de Paris quasi-inconnue des touristes. Les bistrots “bobo” ont fleuri - comme partout -, la minuscule salle de restaurant de l’Hôtel du Nord (réplique du décor du film éponyme avec Arletty “atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère” et Jouvet) est bondée. On arrive place Stalingrad où le magnifique octroi dû à Claude-Nicolas Ledoux est coincé entre le métro aérien, le boulevard Rochechouart, l’avenue Jean Jaurès et le canal de l’Ourcq. Et enfin aux deux pavillons de mariniers que Marin Karmitz a rachetés et transformés en salles de cinéma de part et d’autre du canal. Comme à la Bibliothèque Nationale de France, il s’agit de véritables complexes culturels, avec cafés internet (non fumeurs !!), librairie, vente de CD et DVD. On y vient plus que pour du cinéma !
Choisi donc de voir “Un secret”, le film de Claude Miller tiré du livre à succès de Philippe Grimbert. J’aime bien Miller depuis “La meilleure façon de marcher” en passant par “La classe de neige” ou “Betty Fischer”. La manière est classique, il ne résiste pas à insister parfois sur les détails, à délayer un peu le récit, mais la peinture des douleurs humaines est juste et efficace. En l’occurence, on me dit que le film est fidèle au livre, que je n’ai pas lu. Je ne vais pas le raconter ici, puisque c’est…un secret ! Mais à voir sûrement.

Chansons d’amour

Tuesday, July 10th, 2007

Profité de la délicieuse météo hivernale, dimanche, pour voir un film qui avait enchanté Cannes “Les chansons d’amour” de Chistophe Honoré. Un conseil, si vous ne l’avez pas encore vu, précipitez-vous. Un film dont on sort heureux, même si le sujet n’est pas spécialement joyeux. De jeunes personnages (formidables Ludivine Sagnier ou Louis Garrel entre autres) emmêlés dans des histoires d’amour croisées, rien de pesant ni de factice, tout est “juste”, des dialogues construits, deux quartiers populaires de Paris bien filmés. Et plusieurs chansons originales, interprétées par les acteurs eux-mêmes, qui interviennent tout naturellement dans le récit (pas le côté artificiel de “On connaît la chanson” ou “Pas sur la bouche”). Enthousiasme donc…

Du coup j’ai réécouté des chansons d’amour “classiques” (si on peut qualifier “Suzanne” de chanson d’amour…): entre Leonard Cohen bien sûr, Nina Simone, Joan Baez, Neil Diamond, Nana Mouskouri… et Sylvie Vartan (son tout dernier album) on a l’embarras du choix. C’est l’avantage de sites de téléchargement que de pouvoir entendre autant d’interprètes d’une même oeuvre, mention spéciale à Herman van Veen, pour son “Suzanne” en flamand !

Nue propriété

Monday, February 5th, 2007
Si vous pensez que le cinéma belge se résume aux (talentueux) frères Dardenne, allez voir le dernier film du jeune Joachim Lafosse: “Nue propriété”. Pour l’essentiel tourné en Belgique, ce film n’a rien de “local”: un sujet universel, le quotidien d’une mère divorcée (Isabelle Huppert) avec ses deux grands garçons, des jumeaux (les frères Rénier), un voisin..flamand qui en pince pour la mère, un père bougon et attachant. Raconté comme cela, pas de quoi se déplacer au cinéma. Et pourtant le film distille une petite musique qui ne vous lâche pas, les acteurs/actrices n’en rajoutent pas, ils jouent juste, le scénario est bien ficelé, crédible. C’est filmé à la Pialat, bref un vrai talent ce Joachim Lafosse.