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Schumann d’exception

Monday, November 16th, 2009

La fidélité n’est pas une notion vaine pour moi. Pas une fidélité obligée, de façade. Celle du coeur et du talent.

Eric Le Sage, je le connais depuis plus de 15 ans, je ne sais pas - et ce genre de classement ne m’a jamais intéressé - si c’est “le plus grand” pianiste, le plus récompensé, le plus glamour… Il est hors catégorie, c’est pour moi l’exemple du Musicien authentique, qui fait honneur au si beau et difficile métier d’artiste.  Et c’est un ami, précieux, fidèle, un vrai.

Il s’est lancé dans une aventure hors norme : l’enregistrement de l’intégralité de l’oeuvre pour et avec piano de Schumann - dont on va célébrer le bicentenaire de la naissance en 2010 - Cela donnera 20 CD, parus ou à paraître chez ALPHA. Dont quelques-uns enregistrés à la Salle Philharmonique de Liège (voilà le message que m’adressait Eric vendredi dernier : “je sais, je suis tombé amoureux de Liège et du son de la salle !”)

Cela a surtout donné cinq concerts d’exception, avec, rassemblés par et autour d’Eric Le Sage, une formidable équipe de musiciens que je veux tous citer parce qu’ils sont tous exceptionnels par leur talent certes, mais surtout - et c’était essentiel pour ce projet - par leur aptitude, leur gourmandise aussi, à faire de la musique ensemble. Par ordre d’apparition sur la scène de la Salle Philharmonique : Gordan NIKOLICH (violon), Bruno SCHNEIDER (cor), Christophe COIN (violoncelle), Paul MEYER (clarinette), Lise BERTHAUD (alto), Sylvain CREMERS (hautbois), François SALQUE (violoncelle), Daishin KASHIMOTO (violon) et Sarah NEMTANU (violon).

L’envie de cette intégrale de la musique de chambre avec piano de Schumann m’était venue de l’entreprise similaire qu’avait tentée la Salle Pleyel à Paris en 2007 avec les mêmes interprètes. La réponse du public parisien avait bouleversé les prévisions les plus optimistes. Je savais que le public liégeois aimerait cette aventure, même si cinq concerts “tout Schumann” deux week-ends de suite pouvaient effrayer.

On a rarement quitté les sommets pendant ce marathon, non pas que toutes les oeuvres proposées soient d’égale inspiration - mais Schumann reste Schumann même dans les pièces moins connues ou plus énigmatiques - mais des sommets d’émotion, de romantisme disons-le, le romantisme qui exalte les sentiments, l’intime, l’âme, et qui est tout le contraire du déballage, de l’étalage bling-bling.

De surcroît, cadeau fait aux Liégeois, Eric Le Sage et ses amis nous ont offert les deux quatuors avec piano  et le trio avec clarinette de Fauré, en miroir, en écho.

Parmi tant de moments de grâce, je retiens - sans doute parce que ces oeuvres me sont depuis longtemps familières et indispensables - le 1er quatuor avec piano de Fauré, le quatuor op.47 et le quintette op.44 de Schumann, et sans doute le premier trio.

Conseil personnel à ceux qui ne connaissent pas la musique de Schumann : commencer par le quintette avec piano. On est d’un bout à l’autre dans le chef d’oeuvre, pas le chef d’oeuvre qui impressionne, mais celui qui vous envahit, vous saisit à la gorge et au coeur. C’était le cas hier après-midi à Liège.

Eugène et César

Monday, November 2nd, 2009

L’un et l’autre sont natifs de Liège. Vénérés, respectés, ils le sont. Leur musique est-elle pour autant aussi célèbre que leur nom? On a eu la preuve du contraire la semaine passée. Pascal Rophé dirigeait tout un programme de vraies raretés : d’Eugène Ysaye, une pièce pour deux violons et orchestre de 1926, intitulée Amitié, de César Franck un bref cantique choral Cantemus domino et l’imposant oratorio (Franck l’a appelé “poème-symphonie”) Rédemption, pour mezzo-soprano, grand choeur et orchestre.

Une anecdote à propos de l’oeuvre d’Ysaye : à l’automne 2008, le jeune chef Alain Altinoglu (qui vient d’ailleurs en décembre prochain diriger Bizet, Offenbach et Tchaikovski) vient à Liège écouter son épouse Nora Gubisch chanter les Wesendonck-Lieder de Wagner avec Pascal Rophé. Il aperçoit dans les couloirs de l’orchestre une imposante photo d’Ysaye, et me signale que le festival de Radio-France et Montpellier a remis au jour une oeuvre inconnue du compositeur liégeois. Il m’en envoie l’enregistrement quelques jours plus tard. C’est ainsi que nous avons décidé de programmer cette Amitié rare, et de la confier aux deux jeunes premiers solistes du pupitre de premiers violons de l’OPL, Olivier Giot et Emilie Belaud. Qui en ont donné une très belle version, sensible et chaleureuse.

Quant au père Franck, on avait dans l’oreille la grande version Plasson (EMI) - aujourd’hui épuisée, à quand une réédition en série économique ? -

La version dirigée par Pascal Rophé a fait, heureusement, l’impasse sur les interventions du récitant, pour ne garder que celles de la mezzo-soprano, ici Marie-Ange Todorovitch, voix puissante et chaude. Le choeur symphonique de Namur, reconstitué après quelques mois d’absence, avait très bien travaillé sous la conduite de Patrick Baton. Et la direction de Rophé a évité, à juste titre, les pompes un peu trop bruyantes d’une oeuvre qui ne mérite absolument pas l’oubli ou l’ignorance.

Barcelone

Wednesday, October 24th, 2007

Sommet espéré, sommet atteint. Le concert final de cette tournée espagnole de l’OPL a tenu toutes ses promesses. Et l’acoustique de l’Auditorium de Barcelone (encore une nouvelle salle !) était encore plus flatteuse que Valence.

Dans le public, un groupe de supporters très actifs de l’équipe liégeoise - des Amis de l’orchestre venus spécialement de Belgique applaudir “leurs” musiciens… et le chef pour qui ils ont encore une grande affection ! Des journalistes aussi de la presse écrite et de la radio, heureux de voir le succès de l’OPL et le bonheur de Louis Langrée, le rayonnement d’Anne Gastinel, et la satisfaction des organisateurs… qui parlent déjà des villes de la prochaine tournée !

Sur les ailes du chant

Tuesday, October 23rd, 2007
C’est le titre de cette mélodie de Mendelssohn qui me venait spontanément à l’esprit hier soir pour définir le concert donné au Palais de la Musique de Valence

Une salle qui fête ses 20 ans avec une programmation d’un niveau incroyable. Une acoustique que d’aucuns trouvaient sèche ou mate, et qui m’a paru, au contraire, remarquable de définition, de précision, d’homogénéité.
Et une soirée en état de grâce, avec un programme tout à fait différent des précédents: Ouverture tragique de Brahms, concerto pour violoncelle de Schumann, et “la” symphonie de Franck.
Louis Langrée, à la manière de son glorieux compatriote Charles Munch, fouette cette ouverture de Brahms, tendue, poétique de bout en bout. Anne Gastinel (avec qui l’OPL et Louis Langrée avaient enregistré l’oeuvre pour Naïve en 2001) en parfaite symbiose avec les musiciens, donne une lecture splendide d’aisance, de romantisme pudique, du concerto de Schumann - qui n’est pas le plus facile d’abord - et en bis une sarabande de Bach.
Une de mes nièces, Valencienne d’adoption, assise à ma gauche, s’irrite de ce que le public soit impatient d’applaudir, au lieu “d’écouter le silence”…
En seconde partie, cette symphonie de Franck que les musiciens liégeois et Louis Langrée connaissent par coeur. Et le miracle se produit, une version extraordinaire, comme une redécouverte de l’oeuvre, des moments d’émotion pure. En bis, sublimée par la flûte de Lieve Goossens, la Pavane de Fauré, jouée elle aussi “sur les ailes du chant”.
On souhaite que Barcelone ce soir soit sur les mêmes sommets !

N.B. Pour ceux qui ont assisté au concert de Louis Langrée et du Concerto Köln à Liège le 28 septembre dernier (ou le 29 à Versailles).. ou pour ceux qui l’ont manqué, ce lien, qui leur permettra de voir et d’écouter en “streaming” le concert du 29:
http://www.arte.tv/fr/art-musique/Musique-baroque-a-Versailles/Concerts-en-video/1713230.html

Pamplune

Friday, October 19th, 2007


Encore une ville sans grâce particulière, sauf quelques jolies rues centrales où se déroule la traditionnelle “féria” le jour de la St Firmin. Et,à nouveau, une salle de concert toute récente, beaucoup moins originale et impressionnante que Saragosse, mais d’une acoustique parfaite pour les auditeurs (les musiciens ont moins aimé qu’hier).

Her soir donc, même programme qu’à Saragosse, et un sentiment d’accomplissement, de plaisir de jeu collectif, orchestre et chef vraiment sur la même longueur d’onde, procurant d’intenses moments d’émotion dans Chostakovitch, dans Brahms. Truls Mork a promis de revenir jouer avec l’orchestre…qui ne demande que çà!

Aujourd’hui repos bienvenu pour tous, une partie des musiciens part visiter Bilbao et son célèbre musée Guggenheim.

Castellon

Tuesday, October 16th, 2007

Première étape de la tournée, Castellon une ville dont il n’y a rien à dire. Construite à la va-vite d’un empilement d’immeubles sans grâce, des rues étroites et encombrées, quasiment aucun monument historique et un bord de mer…qui n’en est pas un.

La salle ensuite, loin du centre, mais de belles proportions. Un parallélépipède de bois blond, à l’acoustique flatteuse pour le spectateur, moins évidente pour les musiciens.

Un public correct, pas excessivement enthousiaste, alors que Truls Mork dans le 1er concerto de Chostakovitch, et l’OPL et Louis Langrée dans “leur” symphonie de Franck méritaient largement mieux.

OPL on tour

Monday, October 15th, 2007
Valence s’est mise à l’heure d’été, chaleur et soleil, pour accueillir l’orchestre. La météo était pessimiste et annonçait des orages. Ils sont tombés, très violents semble-t-il, plus au sud du côté d’Alicante. Qui a dit que la musique adoucissait la météo ?

Le magazine gratuit de Brussels Airlines fait la “pub” de l’orchestre et de la Salle philharmonique de Liège (dans un anglais un peu approximatif). L’organisateur local de la tournée est heureux; c’est la première de sa saison, et il nous promet des salles bien remplies. A Valence la semaine prochaine c’est même “sold out”.

Demain Castellon, où nous avions déjà joué en 2003 dans un charmant petit théâtre étouffant. Cette fois ce sera dans la nouvelle salle de concerts (une de plus !), avec le grand (1m90) violoncelliste norvégien Truls Mork, et Louis Langrée.

Versailles

Sunday, September 30th, 2007

On ne se lasse jamais d’aller à Versailles, même si le domaine tend à se transformer en parc Astérix. On n’échappe pas à une sono surpuissante qui assène certes de la musique baroque au moment des grandes eaux. Insupportable…

En l’occurence, j’avais deux bonnes raisons d’y être ce samedi après-midi: les 20 ans du Centre de musique baroque, qui a fait un prodigieux travail de redécouverte et d’édition de la musique française des siècles de Louis XIII à Louis XVI, et le souvenir de quelques très beaux concerts. Et dans le cadre de cet anniversaire, et d’un week-end voué aux musiques du temps de Louis XVI, la présence du Concerto Köln dirigé par Louis Langrée, qui avaient fait étape à Liège vendredi soir et que je n’avais pu écouter pour cause de Musica strasbourgeoise.

L’orangerie du Château est de dimensions impressionnantes, un orchestre baroque y sonne avec aisance et volupté. Le programme offert par Louis (un prénom prédestiné pour Versailles !!) et la formation allemande est d’inégal intérêt: documentaire pour Vogel et Kreutzer, de la musique comme on en produisait au kilomètre pour divertir les soirées royales, évidemment plus passionnant pour les extraits d’Orphée de Gluck, et génial pour ce qui est de Haydn (l’une des symphonies “parisiennes”, La Poule). Manquait la musique de scène de Thamos de Mozart, donnée la veille à Liège, mais le concert devait être ici plus court. Louis Langrée était tout à son affaire, vif, poétique, élégant, inventif. On a été un peu déçu par le niveau global de l’orchestre, qu’on a entendu plus juste et cohérent en d’autres occasions.

Ovation

Saturday, September 29th, 2007

Je suis souvent fier de “mon” orchestre; je ne suis pas objectif sans doute, mais je suis aussi le premier critique. Et les musiciens le savent !

Hier soir, c’était plus que de la fierté, un bonheur récompensé d’ailleurs par les ovations d’une salle comble…et comblée au Palais des congrès de Strasbourg. Summum de la soirée, un Sacre du printemps pris avec des risques incroyables, des musiciens enivrés par leur virtuosité collective et la qualité des interventions solistes. Pascal Rophé a dû bisser, en reprenant le terrifiant final de la première partie.

Au programme du concert, deux premières françaises: Time Stretch du très très talentueux Bruno Mantovani. Splendide pièce d’orchestre, musiciens et public également enthousiastes. A reprogrammer à Liège… Puis le concerto pour piano du Britannique James Dillon, un long tunnel filandreux, ennuyeux (mon voisin, éminent producteur de France Musique, qui connaît sa musique contemporaine, n’y allait pas par quatre chemins: “Ne sait pas écrire pour le piano, ne sait pas écrire pour l’orchestre”…), mal défendu aussi par la soliste (qui en avait assuré la création aux Proms de Londres en 2006).

En ouverture, discours du président de MUSICA et de la Ministre française de la culture, Christine Albanel. Rien de transcendant, mais l’un et l’autre ont souligné la qualité de l’Orchestre de Liège. La ministre, au dîner qui a suivi, a reconnu que si plusieurs Belges éminents occupent des postes en France, elle était fière que deux Français président aux destinées de l’orchestre wallon. Je n’étais pas mécontent, il est vrai, de prouver qu’un orchestre non français pouvait donner l’exemple dans la défense et illustration de la musique française et de la musique d’aujourd’hui.

Joyeuse rentrée

Friday, September 21st, 2007

On a beau vouloir échapper aux traditions, elles perdurent, au moins dans l’esprit collectif. L’orchestre a donné son premier concert de la saison le 8 septembre dernier, puis rejoué le 15 (dans le cadre des Nuits de Septembre). Mais pour les officiels comme pour le grand public, la véritable rentrée, c’était hier soir (et pour les Bruxellois ce soir au palais des Beaux arts).

Programme emblématique de notre ligne artistique: une oeuvre connue, le double concerto de Brahms, deux pièces symphoniques moins fréquentes au concert: la Suite de danses de Bartok et les Danses de Galanta de Kodaly. Très hongrois tout ça, et bien dans les “cordes” de l’orchestre. Un duo de choc Laurent Korcia/Marc Coppey dans Brahms, une très belle entente, encore plus sensible dans leur “bis”, un extrait d’un duo de Kodaly pour violon et violoncelle. Deux artistes que je connais et admire depuis longtemps. Et, bien entendu, le directeur musical de l’OPL, Pascal Rophé, aux manettes (pas à la baguette, puisqu’il dirige sans !). Rien n’est plus délicat de mise en place, et de caractère, que ces oeuvres très marquées par des rythmes hongrois ou tsiganes: trop de raideur, et ça ne fonctionne pas, trop de laisser-faire et ça cafouille. Ni l’un ni l’autre hier soir, Bartok et Kodaly en fête et un orchestre éclatant de couleurs.

Concert prolongé par un dîner avec les artistes, qui ne s’est pas terminé dans la mélancolie…