La fidélité n’est pas une notion vaine pour moi. Pas une fidélité obligée, de façade. Celle du coeur et du talent.
Eric Le Sage, je le connais depuis plus de 15 ans, je ne sais pas - et ce genre de classement ne m’a jamais intéressé - si c’est “le plus grand” pianiste, le plus récompensé, le plus glamour… Il est hors catégorie, c’est pour moi l’exemple du Musicien authentique, qui fait honneur au si beau et difficile métier d’artiste. Et c’est un ami, précieux, fidèle, un vrai.

Il s’est lancé dans une aventure hors norme : l’enregistrement de l’intégralité de l’oeuvre pour et avec piano de Schumann - dont on va célébrer le bicentenaire de la naissance en 2010 - Cela donnera 20 CD, parus ou à paraître chez ALPHA. Dont quelques-uns enregistrés à la Salle Philharmonique de Liège (voilà le message que m’adressait Eric vendredi dernier : “je sais, je suis tombé amoureux de Liège et du son de la salle !”)

Cela a surtout donné cinq concerts d’exception, avec, rassemblés par et autour d’Eric Le Sage, une formidable équipe de musiciens que je veux tous citer parce qu’ils sont tous exceptionnels par leur talent certes, mais surtout - et c’était essentiel pour ce projet - par leur aptitude, leur gourmandise aussi, à faire de la musique ensemble. Par ordre d’apparition sur la scène de la Salle Philharmonique : Gordan NIKOLICH (violon), Bruno SCHNEIDER (cor), Christophe COIN (violoncelle), Paul MEYER (clarinette), Lise BERTHAUD (alto), Sylvain CREMERS (hautbois), François SALQUE (violoncelle), Daishin KASHIMOTO (violon) et Sarah NEMTANU (violon).
L’envie de cette intégrale de la musique de chambre avec piano de Schumann m’était venue de l’entreprise similaire qu’avait tentée la Salle Pleyel à Paris en 2007 avec les mêmes interprètes. La réponse du public parisien avait bouleversé les prévisions les plus optimistes. Je savais que le public liégeois aimerait cette aventure, même si cinq concerts “tout Schumann” deux week-ends de suite pouvaient effrayer.
On a rarement quitté les sommets pendant ce marathon, non pas que toutes les oeuvres proposées soient d’égale inspiration - mais Schumann reste Schumann même dans les pièces moins connues ou plus énigmatiques - mais des sommets d’émotion, de romantisme disons-le, le romantisme qui exalte les sentiments, l’intime, l’âme, et qui est tout le contraire du déballage, de l’étalage bling-bling.
De surcroît, cadeau fait aux Liégeois, Eric Le Sage et ses amis nous ont offert les deux quatuors avec piano et le trio avec clarinette de Fauré, en miroir, en écho.
Parmi tant de moments de grâce, je retiens - sans doute parce que ces oeuvres me sont depuis longtemps familières et indispensables - le 1er quatuor avec piano de Fauré, le quatuor op.47 et le quintette op.44 de Schumann, et sans doute le premier trio.
Conseil personnel à ceux qui ne connaissent pas la musique de Schumann : commencer par le quintette avec piano. On est d’un bout à l’autre dans le chef d’oeuvre, pas le chef d’oeuvre qui impressionne, mais celui qui vous envahit, vous saisit à la gorge et au coeur. C’était le cas hier après-midi à Liège.









