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Muti à Liège

Sunday, November 8th, 2009

Semaine faste pour les chefs: Colin Davis jeudi à Paris, Riccardo Muti hier soir à Liège !

C’est à son compatriote, l’actuel directeur de l’Opéra royal de Wallonie, Stefano Mazzonis di Pralafera, qu’on doit l’heureuse initiative d’avoir invité le célèbre maestro italien à donner l’opéra de Donizetti Don Pasquale en version concertante, sur la scène du Forum à Liège, deux jours avant le très attendu concert au Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

Serge Martin présente Riccardo Muti

Muti se présentait à Liège avec l’orchestre de jeunes qu’il a formé en Italie (Orchestra giovanile Luigi Boccherini), le choeur associé au théâtre de Piacenza et une distribution de premier plan: Nicola Alaimo, formidable Don Pasquale, à la carrure de Falstaff, Laura Giordano, Norina piquante et séductrice à souhait, Juan Francisco Gatell Abre, ténor léger idéal pour le rôle d’Ernesto, le neveu de Don Pasquale, Mario Cassi en Docteur Malatesta, magnifique baryton déjà entendu en Figaro dans un récent Barbier de Séville à Liège.

On peut ne pas être fan de Donizetti, ni de cet opéra-bouffe, pourtant très bien ficelé. Mais, comme toujours avec Muti, une partition qui pourrait être banale est transcendée par une direction qui en exalte toutes les trouvailles et en masque les faiblesses.

On a toujours comparé Muti et son aîné  Abbado dans le grand répertoire lyrique italien. Ils se sont succédé à la direction de la Scala de Milan. Ils ont enregistré le même répertoire. Je dois avouer que j’ai toujours trouvé Muti plus intéressant, plus inspiré, plus authentique chef de théâtre qu’Abbado.

Je donne sur http://bestofclassic.skynetblogs.be/ une liste de mes enregistrements préférés de Muti.

On notera aussi l’intérêt de toujours du grand chef napolitain pour un répertoire italien méconnu, voire oublié, Cherubini, Spontini, Martucci, Rota, Jomelli, etc.

Et, ce qui me frappe le plus chez ce chef que je suis depuis de nombreuses années, c’est sa capacité à transformer, à transfigurer même, le son, la cohésion de n’importe quel orchestre placé sous sa direction. Hôte régulier de l’Orchestre national de France, une formation qui ne brille pas toujours par sa régularité, Muti en obtient toujours des merveilles, de surcroît dans des programmes qui ne sont jamais banals.

L’orchestre symphonique de Chicago et l’Opéra de Rome ont été bien inspirés de le choisir comme directeur musical à partir de 2010. Et les Liégeois n’ont peut-être pas mesuré la chance qu’ils ont eue de recevoir hier un chef de cette classe, de cette envergure, de cette exigence musicale.

Berlioz et Colin Davis

Saturday, November 7th, 2009

Je dois avouer que j’étais très excité, jeudi soir, à la perspective de voir et d’entendre en “live” un chef d’orchestre que j’admire depuis très longtemps, Colin Davis. Surtout dans un programme tout Berlioz, un compositeur qui lui doit une véritable résurrection au disque. L’intégrale Philips est restée justement fameuse et, pour bien des pièces, insurpassée.

C’est grâce à ces enregistrements que j’ai, pour ma part, découvert l’essentiel de l’oeuvre de Berlioz, hors Symphonie fantastique. Par exemple ses ouvertures, qu’on ne joue quasiment jamais au concert (à l’exception du Carnaval romain ou du Corsaire). Jeudi soir, à l’Opéra Comique, Colin Davis avait choisi une oeuvre de jeunesse, pleine d’une fougue irrésistible - et qui met à rude épreuve tous les pupitres de l’orchestre ! - Waverley, d’après Walter Scott.

Puis le sublime cycle de mélodies Les nuits d’été, sur des poèmes de Théophile Gautier, et enfin Harold en Italie, cette symphonie avec alto principal écrite par Berlioz pour Paganini.

Simon Corley a publié une critique de ce concert, que je pourrais mot pour mot reprendre à mon compte :

Simon Corley dans ConcertoNet.com

Déception ? Non, pas vraiment. Je garde mon admiration intacte pour Sir Colin. En revanche, je trouve une fois de plus dommage qu’une chanteuse francophone se montre aussi peu concernée par le texte qu’elle chante. Quand je me rappelle Susan Graham dans ces mêmes Nuits d’été, en tournée avec l’OPL en Amérique du Sud en août 2008, la perfection de sa diction française et de sa déclamation - alors que  la dame, Texane de naissance, ne parle quasiment pas un mot de français dans la conversation courante -, je m’interroge sur l’enseignement du chant en France, à des Français par des Français !

Avalanche

Saturday, October 24th, 2009

Le concerto pour violon de Beethoven est à la mode. La “crise du disque” (!) aidant, on voit surgir coup sur coup une floraison de nouvelles versions. Chaque label la sienne, avec “sa” star montante du violon.

Je n’ai pas eu l’envie ni le courage d’écouter toutes ces versions dues à de jeunes artistes incontestablement doués. Mais les critiques que j’ai lues ici et là, dans les revues spécialisées (Diapason de novembre) ou sur des sites ou blogs (www.resmusica.com ou www.tritrileblog.blog.com) vont toutes, malheureusement, dans le même sens. On dénonce, dans un cas, l’apathie de l’accompagnement orchestral (Nézet-Séguin avec Capuçon, Andris Nelsons avec Steinbacher… et même Paavo Järvi avec Jansen !), un jeu froid, distant, voire “clinique”… ou trop approximatif (Kopatchinskaia).

C’est sans doute injuste, et on ne peut en vouloir aux solistes eux-mêmes. Peut-être aux directeurs artistiques des maisons de disques? J’ai souvent parlé de cette oeuvre avec de grands violonistes: ils la redoutent, à juste titre. Et la plupart attendent longtemps avant de l’enregistrer, Mullova, Repin, Vengerov…

J’ai réécouté récemment la version de Nathan Milstein (qui vient d’être rééditée dans un précieux coffret EMI). La force de l’évidence !

Objectivité

Tuesday, October 20th, 2009

Les derniers jours m’ont rappelé (cf.mon billet du 16 octobre) les limites d’un blog. Et incité à relire le texte que j’avais écrit ici même le 10 janvier 2008 : Vertus et limites du blog.

Je n’ai rien à ajouter ni à retrancher de ce texte.

Certains ne manqueront pas de relever que je me suis pris à mon propre piège : je ne parle pas d’un concert auquel j’ai assisté (et - souvent - organisé), c’est suspect, j’en pense sûrement du mal; j’en parle en termes élogieux, c’est tout aussi suspect, puisque j’encense des artistes que j’emploie ou que j’ai engagés. Dilemme !

Mais, sous prétexte d’objectivité et de “devoir de réserve”, devrais-je taire mes enthousiasmes ou mes déceptions sur ce qui fait le coeur de mon existence et de ma vie professionnelle ? Les musiciens, ceux de l’OPL, comme les autres, savent, depuis longtemps, que je suis incapable de mentir, ou pire d’être indifférent. Quand j’aime, je ne mesure pas mes compliments, quand j’aime moins, je ne cache pas mes critiques. J’ai la faiblesse de penser que si j’ai une petite légitimité dans ce métier et dans le monde musical, c’est parce que je suis entier, direct…et profondément respectueux des artistes.

Alors ? Je n’ai pas encore dit un mot du concert - exemplaire - de vendredi dernier (cf. mon billet du 15 octobre). Suspect…

Pas le moins du monde : j’ai admiré l’orchestre et François-Xavier Roth d’un bout à l’autre de ce programme. Le chef avait renoncé à certains “accessoires” qui avaient beaucoup fait parler dans ses Royal fireworks de Haendel lors du concert d’ouverture, la suite des Indes galantes de Rameau n’en était pas moins pertinente et “baroqueuse” à souhait. Du 5e concerto de Saint-Saëns, j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de l’interprétation de Cédric Tiberghien, je peux rajouter que, comme toujours, les musiciens de l’OPL ne se sont pas contentés d’être de simples “accompagnateurs”.

Mais j’ai été véritablement bluffé par Alborada del gracioso de Ravel et Iberia de Debussy qui formaient la deuxième partie. Des partitions extrêmement délicates, qui exposent l’orchestre en pleine lumière, et qui ne tolèrent aucune approximation.

Rarement entendu interprétation aussi idéale d’Iberia. Bravo !

Piano 5*

Monday, October 19th, 2009

La musique n’échappe pas aux classements de toutes sortes. On sait ce que j’en pense. Le titre de cet article est donc une petite provocation.

Pour évoquer deux artistes, Cédric Tiberghien et Jean-Frédéric Neuburger, qui ont joué vendredi et samedi à Liège, et ont conquis le coeur du public.

Pour l’un - Cédric Tiberghien - c’était une “première”, aussi étrange que cela paraisse pour un pianiste qui joue fréquemment en Belgique, qui a déjà joué avec l’OPL, à Bruxelles et à Saint-Hubert, et qui est le soliste des Djinns et des Variations symphoniques de Franck, dans l’enregistrement des oeuvres symphoniques du compositeur que l’OPL et François-Xavier Roth ont entrepris. Au programme de vendredi soir, le 5e concerto pour piano de Saint-Saëns, dit “L’Egyptien” (dont le 2e mouvement, bissé d’ailleurs, évoque la Méditerranée, le Nil, l’exotisme). Non seulement, Cédric Tiberghien a la technique, la virtuosité requises, mais il domine la partition, comme s’il la pratiquait depuis toujours. Or c’était aussi pour lui une première en concert… On en redemande !

J’espère que, malgré les inévitables arguments de la “crise du disque”, on donnera à Cédric la possibilité d’enregistrer d’autres oeuvres concertantes. Dans sa discographie déjà riche, je relève ces quelques perles :

Quant à Jean-Frédéric Neuburger (22 ans!), c’est un personnage à part dans la galaxie encombrée des jeunes talents qui montent.. En janvier 2007, il n’avait pas craint d’apprendre la redoutable partie de piano de l’oeuvre-fleuve de Messiaen Des canyons aux étoiles. A New York, à Tokyo, il a remporté des triomphes avec des programmes qui lui ressemblent : exigeants, surprenants. Et à Liège, il a proposé un programme d’athlète : Prélude, choral et fugue de Franck (voilà un pianiste qui n’a pas oublié que le père César est né à Liège !), Sonate de Dutilleux… et, en toute simplicité, la monumentale sonate Hammerklavier de Beethoven. “Dantesque”, comme il me le disait lui-même, mais donné sans effort apparent, avec une maîtrise incroyable des ressources de son piano. Et, si le terme n’était pas aussi galvaudé, une “maturité” digne des plus grands interprètes. Un musicien à suivre absolument !

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Le tsar et le sorcier

Friday, November 9th, 2007
Je ne sais quel superlatif utiliser pour qualifier le concert d’hier soir à Liège. Extraordinaire, exceptionnel,  sont en dessous de la réalité. Dans ma vie de mélomane, j’ai eu peu d’occasions d’être touché, ému, remué comme her.

Les acteurs? L’orchestre philharmonique de Liège d’abord, qui semble être resté dans le même état d’esprit que le dernier concert espagnol. Un soliste qui justifie pleinement le surnom de “nouvel Horowitz” : Denis Matsuev, un chef qui, concert après concert, se révèle l’un des meilleurs: Patrick Davin.

Sur Matsuev, on peut aligner tous les clichés. Comme Repin, il est originaire de Sibérie, et a cet aspect de géant massif éclairé par un sourire d’enfant. Formidable virtuosité, un son dense, riche, charnu et sensible. Il jouait le 1er concerto de Tchaikovski, trop fameux “cheval de bataille” de toutes les bêtes à concours. Jamais je ne l’avais entendu ainsi interprété. Pas seulement estomaqué par la puissance, la technique et l’intelligence du discours, mais plus d’une fois ému jusqu’aux larmes par tout ce qui affleurait de l’âme russe la plus secrète.
Matsuev n’est pas un broyeur d’ivoire de plus, pas non plus une de ces stars lancées à grands coups de pub (Lang Lang ou Hélène G.). Pas une star, un tsar !  Il rejoue ce soir à Luxembourg avec l’OPL, et surtout - à ne manquer sous aucun prétexte !- il donne demain samedi à 15 h un récital à Liège (programme à sa mesure : Sonate de Liszt, 7e sonate de Prokofiev, Scènes d’enfants de Schumann et Méphisto Valse de Liszt, rien que ça !). Et pour ceux qui le manqueraient, ils ont encore la possibilité d’assister aux débuts de Matsuev en récital au Carnegie Hall de New York le 17.. avec le même programme !!

Sur Davin, on pourrait aussi le réduire à l’étiquette de “meilleur chef belge”. Le talent n’a pas de nationalité, et Patrick Davin est un grand chef, un point c’est tout. Diriger, comme il l’a fait hier soir, une oeuvre aussi étonnante, profuse, parfois bavarde, que la 1ere symphonie de Rachmaninov, obtenir cette communion de tous les pupitres de l’orchestre pour donner une interprétation aussi magistrale, c’est la marque d’un très grand musicien. Presque d’un sorcier !

Bonnes nouvelles

Monday, November 5th, 2007

Pas envie d’en rajouter sur l’équipée dominicale du président français au Tchad. Le seul commentaire intelligent que j’ai  entendu sur le sujet vient de… Louis Michel, le commissaire européen belge à la Coopération: “Le procédé est inhabituel, mais Nicolas Sarkozy l’a fait; que n’aurait-on dit dans le cas contraire?” Sept hommes et femmes sont tirés d’affaire, rentrés chez eux. Il y a de bonnes raisons de penser que les zozos de Zoé suivront.

C’est pour aujourd’hui lundi ! C’est sûr et certain. L’annonce du nouveau gouvernement belge? Non, faut pas rêver quand même! La proclamation du prix Goncourt. Intéressants les sujets de plusieurs journaux récents sur ceux que le Goncourt a détruits, soit parce qu’ils ont très mal vécu leur soudaine notoriété, soit parce qu’ils l’ont frôlé sans jamais l’obtenir…

Enfin, petit jeu de devinettes:
Qui a écrit:
1. “a new benchmark”
2. “the interpretation of the Franck could hardly be more idiomatic… subtle nuances…splendid dramatic bite”

Réponse: les deux plus importants ouvrages de référence sur les CD/DVD de musique classique, le Guide GRAMOPHONE 2008 (1) et le PENGUIN Guide to recorded classical music 2008 (2)qui viennent de sortir et que j’ai trouvés dans une grande librairie anglaise d’Amsterdam. A propos d’un CD de l’OPL: les Symphonies de Franck et Chausson dirigées par Louis Langrée et parues chez Accord/Universal en 2005.

Routine et grand luxe

Saturday, November 3rd, 2007

L’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam est un des plus beaux du monde. Sa discographie l’atteste à foison. J’ai eu la chance de l’entendre relativement souvent en concert à Paris ou Bruxelles, mais deux fois seulement dans sa propre salle, l’une des plus belles du monde aussi (avec le Musikverein de Vienne)

C’était la troisième hier. J’aurais préféré le programme annoncé pour la semaine prochaine (mais on donne à Liège le même jour un très beau concert avec l’OPL!): Benjamin, Dalbavie et Messiaen sous la baguette du fantastique et fantasque George Benjamin. Mais je n’ai pas boudé mon plaisir d’entendre cet orchestre dans du très classique: les deuxièmes symphonies de Schumann et Tchaikovski. Avec un vétéran au pupitre: Kurt Masur.
Plaisir aussi de retrouver, dans le pupitre des flûtes, celui qui fut, trop peu de temps, un merveilleux premier soliste… de l’OPL.

Impressions mitigées: comme s’il l’avait trop souvent dirigée, Masur est passé sur la 2e de Schumann comme de l’eau sur un canard. Calme plat, morne plaine. Les Anglais diraient qu’il n’était pas “concerné”. Un entracte plus tard, c’est un autre orchestre et un autre chef qu’on retrouve dans Tchaikovski et sa trop rare deuxième symphonie. Les thèmes fusent, plus russes que nature, tous les pupitres chantent et brillent de tous leurs feux (quelles basses, quels violoncelles!…). Standing ovation pour le vieux chef et son magnifique orchestre.

Petit bémol, qui aurait fait frémir le vigilant directeur de salle de Liège: de manière tout à fait inexplicable, le public ne pouvait sortir que par une seule porte à demi-ouverte. Cohue indescriptible, énervement justifié. Dommage… alors que la salle qui a bénéficié d’une restauration récente dispose de nombre d’espaces conviviaux, de cafés et bars, qui rendent l’avant-concert et l’entracte très agréables.

Lucia di Amsterdam

Friday, November 2nd, 2007
Dans le métier qui est le mien, comme responsable d’un orchestre mais aussi d’une salle de concerts, il faut toujours regarder et écouter ce que font les autres, et comment ils le font. Il faut aussi prendre le temps de découvrir de nouveaux artistes, ou d’aller entendre en « live » des interprètes qu’on ne connaît que par le disque…ou la réputation !
Les occasions sont malheureusement trop rares.
Ce week-end de Toussaint étant chômé à Liège, j’ai décidé de mettre le cap au nord, et de me poser trois jours à Amsterdam, où je n’étais plus venu depuis de longs mois.
Inutile de dire que la vie culturelle et musicale y est foisonnante. 

Hier soir, j’ai fait plusieurs découvertes. D’abord l’opéra d’Amsterdam…où je ne n’avais jamais mis les pieds. Pourtant j’avais déjà constaté la qualité et la richesse de la programmation de Pierre Audi, le directeur artistique (un Français !). C’était la « première » d’une nouvelle production de Lucia di Lammermoor de Donizetti, qui n’est pas – ou n’était pas jusqu’à présent – ma tasse de thé en matière d’opéra. J’ai rendu les armes devant une mise en scène magnifique d’intelligence, des décors et lumières splendides (des camaïeux de blanc gris et noir), des interprètes exceptionnels, tous des quasi-inconnus (sauf des spécialistes sans doute). Une metteuse en scène, Monique Wagemakers, néerlandaise comme ses compères de la régie, un chef italien, Paolo Carignani, dont le nom m’avait jusqu’alors échappé, une Lucia tenue par une jeune Espagnole Mariola Cantarero – qui me faisait penser à Montserrat Caballé jeune ! -,un Edgardo que j’avais déjà repéré dans… « Le chanteur de Mexico » au Châtelet, Ismaïl Jordi. Ces deux-là ont obtenu un triomphe amplement mérité, et l’un comme l’autre feraient d’aussi belles (meilleures ?) affiches au disque que les Netrebko et Villazon qu’on nous sert à toutes les sauces.

Beethoven russe

Thursday, November 1st, 2007
Beethoven appartient à tout le monde et n’est plus, depuis longtemps, l’apanage des orchestres germaniques. Curieusement, aucun orchestre russe n’avait jusqu’à présent tenté l’intégrale des symphonies (il y a d’extraordinaires versions isolées dues à Mravinski, Kondrachine, Svetlanov…). Le jeune Orchestre National de Russie et son chef, le pianiste Mikhail Pletnev (prononcer Pletnioff !) viennent de publier les 9 symphonies chez Deutsche Grammophon (les concertos pour piano suivent).

Pletnev explique sa démarche dans le livret, insiste sur le fait que Beethoven était un immense improvisateur et jouait ses propres oeuvres avec une liberté, une imagination… qui devraient être le lot des interprètes d’aujourd’hui!
J’ai donc écouté ces symphonies, et j’ai été tour à tour intrigué, irrité, passionné, enthousiasmé, comme le critique de la revue Gramophone qui consacre toute une page de l’édition de novembre à cette nouvelle intégrale. Enregistrée à Moscou dans la foulée d’une tournée de concerts, elle est mille fois plus intéressante que l’intégrale enregistrée, dans les mêmes conditions, avec l’Orchestre philharmonique de Vienne par une star de la baguette, Simon Rattle.

Mais ce qu’on pardonne à Rattle, on le dénie à Pletnev, en tous cas dans la presse française spécialisée. L’un des mensuels donne à l’intégrale Pletnev la plus basse note possible et la taxe de “honte” (un “ensemble plat et brutal”), et s’interroge sur le fait que la célèbre marque jaune (qui détient les enregistrements légendaires de Furtwängler, Karajan, Abbado, Bernstein et d’autres) “tolère” dans son catalogue un chef et un orchestre qui n’ont pas leur brevet de beethovéniens patentés. Rattle au moins c’était avec Vienne, pas avec des sauvages…

Un conseil aux critiques grincheux…et aux autres: écoutez un peu de Beethoven en ce jour de Toussaint, par Pletnev ou d’autres ! Ca ne peut pas faire de mal à l’âme…